Chet Baker, poète perdu de la trompette

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Disparu en mai 1988, Chet Baker mena une vie de rêves et de cauchemars. Une biographie retrace le parcours chaotique d'un trompettiste aérien.

Ce 13 mai (1988) est aussi important pour les fans de jazz que le 13 mai (1958) pour les gaullistes. Ce matin-là dans une ruelle d'Amsterdam, un passant découvre un cadavre, le crâne fracassé. Ce sans-papier est vite identifié, Chet Baker. Les circonstances de sa mort restent encore aujourd'hui sujettes à débat: tombé par la fenêtre de sa chambre d'hôtel, assassiné par un dealer?

Qu'importe, Chet Baker n'avait pas besoin de cette fin de série noire pour inscrire son nom dans la grande histoire du jazz. Il avait à peine plus de 20 ans quand Charlie Parker l'invita à prendre la place de Miles Davis. Il était déjà l'idole des californiens et surtout des californiennes, avec son style détendu et aérien - les caractéristiques du jazz "cool"- et sa gueule d'ange qui lui valut le surnom de "James Dean du jazz".

Quarante ans plus tard, James Dean s'était mué en Jack Palance, celui de Bagdad Café, aux traits d'un vieil indien. La vie était passée par là. Ce parcours chaotique des sommets des hit-parades aux geôles d'Italie, Allemagne et Etats-Unis, James Gavin, journaliste américain, le raconte par le menu dans "La longue nuit de Chet Baker", qui vient de sortir en français (Denoël, Editions Joelle Losfeld).

Aucun détail ne nous est caché de la vie personnelle de Chesney Henry Baker Jr (1929-1988), ses amours (multiples) et ses "problèmes personnels" selon la formule consacrée (évoquées dans le film de Bruce Weber "Let's get lost", présenté au festival de Cannes en 1987). Avec la rigueur et la précision des biographies à l'américaine, James Gavin nous raconte par le menu ses relations avec la drogue, sans éviter les descriptions les plus crues (âmes sensibles, s'abstenir!). Un éclairage sans fards sur une personnalité aussi adulée que solitaire.

Reste l'essentiel, son oeuvre. Instrumentiste économe, fuyant les effets, chanteur intimiste, Chet Baker dévoile ses fragilités. Fidèle ainsi à sa ligne de conduite: "créer une musique belle et toujours simple".

"La longue nuit de Chet Baker". James Gavin (traduction de Frannck Médioni et Alexandra Tubiana). Denoël, Editions Joelle Losfeld (mai 2008). 472 pages. 29 euros.

-A l'occasion des 20 ans de la disparition de Chet Baker, France Musique consacre une nuit entière au trompettiste le 17 mai de 23 h à 7 h du matin par Franck Médioni, Philippe Carles et Alex Dutilh, comprenant des entretiens avec des musiciens qui l'ont connu, René Urtreger, Riccardo Del Fra, Micheline Graillier... On écoutera aussi une sélection "Chet Baker memory" ( Columbia- Sony BMG) avec entre autres de nombreux titres des premières années (54-56) dont le thème fétiche, "My funny Valentine", de Rodgers & Hart.

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