Faut-il encore jouer les marchés émergents ?

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Le récent coup de torchon a vivement affecté les marchés émergents, les ramenant à des valorisations jugées attrayantes pour la plupart des spécialistes. La vigueur économique de ces régions reste un atout indéniable. Mais mieux vaut surveiller de près vos investissements sur ces marchés.

L'Inde, aujourd'hui 12ème puissance mondiale, devrait être selon un récent rapport du courtier Goldman Sachs la 3ème puissance économique mondiale en 2050! La Chine, au deuxième - ou troisième - rang mondial en termes de PIB suivant la méthode de calcul retenue, devrait encore afficher en 2008 une croissance à deux chiffres après +11,4% en 2007, son plus haut niveau depuis 14 ans. Et l'indice Shanghai A shares a gagné 96% l'an dernier, le Shenzen A shares bondissant de 167%... quand le CAC grappillait 1,3%!

Ces places ont certes reperdu une partie du terrain par rapport à leur niveau de la fin de l'année au terme de la correction de janvier avec des plongeons et des rebonds ahurissants: Shanghai perd environ 16% depuis le début de l'année, Shenzen 8%. Mais indéniablement la croissance en 2008 penchera encore en faveur des économies émergentes. Malgré la récente et sévère correction ces Bourses restent chères. Et surtout volatiles. Dans ces conditions, cela vaut-il encore la peine de miser sur ces pays?

Dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale, jouer le dynamisme persistant des économies émergentes - où l'on trouve encore des croissances à deux chiffres - est un pari tentant, que jouent nombre de gérants. Longtemps considérés comme des zones à risques, les émergents ont gagné en reconnaissance grâce à la maîtrise de leurs économies en termes d'inflation, d'évolution de leurs devises, de déficit extérieur et domestique, et enfin de profondeur et de liquidités de leurs marchés boursiers. Du coup, paradoxalement, jouer la croissance des pays émergents paraît moins risqué aujourd'hui que de miser sur une croissance ralentie en Europe, et probablement négative aux Etats-Unis ...

Plus qu'un découplage des économies émergentes par rapport aux développées, il faut aujourd'hui probablement parler de rééquilibrage de la croissance mondiale: le centre de gravité s'est déplacé vers les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). La Chine, dont les exportations continuent d'exploser, vient d'ailleurs de publier des statistiques record d'investissements directs étrangers dans le pays! Ces investissements en Chine ont en effet encore bondi de 13,8% l'an dernier au niveau record de 82,7 milliards de dollars.

La Française des Placements dans sa lettre de janvier sur les marchés émergents, préconise une "augmentation de l'exposition globale en actions avec une réduction de moitié de la couverture en futures (sur l'indice MSCI Emerging markets)... avec notamment un renforcement des positions sur la Corée et le Brésil". Dans l'ensemble - et avec des divergences très fortes - l'établissement estime le ratio cours/bénéfices moyens de ces pays émergents à 13,5 fois, sur la base d'une croissance des profits attendus de 20%.

Les marchés émergents ont bien entendu aussi retenu l'attention des gérants alternatifs. Dans une étude récente sur les hedge funds de Standard & Poor's, le chef analyste Randal Goldsmith souligne: "il est assez ironique de noter que les gérants de fonds de fonds de gestion alternative affichent de fortes convictions géographiques et sectorielles, plutôt que sur des stratégies spécifiques. Leur optimisme sur les marchés émergents et l'Asie en particulier reflète le fait qu'il y a davantage d'inefficiences de marchés dont on peut tirer profit sur les marchés émergents que dans les économies développées".

Mais le récent coup de torchon a pour certains renforcé les inquiétudes. "Nous ne sommes pas encore rassurés par les small et mid caps, malgré la baisse de leur niveau de valorisation. Les pays émergents, pour les mêmes raisons, nous semblent encore vulnérables à court terme (Chine), mais présentent parfois des niveaux d'achat", écrivait le 22 janvier Vincent Guenzi, responsable de la stratégie d'investissement chez Cholet Dupont.

Mais pour Dominic Rossi, à la tête de l'investissement actions internationales chez Threadneedle, "les marchés actions que nous préférons demeurent l'Asie et les marchés émergents. Car ces régions ressentiront les effets du ralentissement économique américain. Mais la vigueur persistante de la consommation domestique devrait leur permettre de continuer d'afficher une solide croissance, supérieure à celle des économies développés".

"Bien que les marchés actions du sud-est asiatiques soient susceptibles de demeurer volatils à court terme, les perspectives à moyen terme restent solides. Les économies vont continuer de croître à un rythme élevé, soutenant ainsi les bénéfices des sociétés", estime Alan Liu, gérant du fonds South East Asia Fund de Fidelity. "J'identifie des opportunités d'investissements dans de multiples secteurs tels que ceux des métaux, de la mine, du pétrole, du gaz, des services de télécommunications, de l'industrie, de la banque et de l'assurance", poursuit-il.

La plupart des spécialistes pensent en effet que les émergents continueront de remplir leur fonction d'amortisseur des soubresauts de l'économie mondiale. Mais comme l'a rappelé la récente correction, ces placements doivent être surveillés "comme le lait sur le feu"! Car une nouvelle correction interviendra à plus ou moins longue échéance. "La digue émergente a tremblé en début de semaine, avec des baisses de 10 à 15% sur les marchés chinois et indien. D'un point de vue géographique, nous privilégions les marchés développés", écrivait Roland Lescure, directeur des gestions de Groupama AM le 24 janvier.

"Nous ne croyons pas à la poursuite du "decoupling", c'est-à-dire du découplage entre économies développées et émergentes", expliquait à la fin de l'année Didier Bouvignies, directeur de la gestion chez Rothschild & Cie Gestion, qui recommande un grande prudence sur les secteurs exposés à la thématique émergente. Il faut donc rester vigilant... et prêt à sortir rapidement de ces marchés!

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