Sarkozy et Brown lancent "l'Entente formidable"

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Au cours de la conférence de presse commune qui a clôturé le sommet franco-britannique, le président de la république et le Premier ministre ont réaffirmé leur coopération politique dans au moins quatre grands domaines : l'économie globale, la sécurité, le climat et l'Afrique. Ils ont plaidé pour une Europe ouverte sur le monde et associée aux Etats-Unis, jouant un rôle actif dans la globalisation.

A l'image du match amical de football qui a eu lieu au stade de France mercredi, la France et la Grande-Bretagne ont tenu ce jeudi un sommet tout aussi amical à l'Emirates Stadium de Londres. Relaxés et souriants, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown se sont présentés en conférence de presse, à l'issue d'un entretien à deux et juste avant un déjeuner ouvert aux deux délégations, dans les locaux du stade de l'équipe d'Arsenal.

Gordon Brown a repris et amplifié les propos énoncés hier par Nicolas Sarkozy devant le parlement britannique, appelant Paris et Londres à transformer l'Entente cordiale en Entente amicale: il a assuré que lorsque les deux pays travaillent ensemble, ils sont capables de créer une "Entente formidable".

Le décor de ce sommet franco-britannique était en soi exceptionnel. Avant la conférence de presse, Sarkozy et Brown ont traversé la pelouse accompagnés d'Arsène Wenger, l'entraîneur français d'Arsenal (le président a même touché le ballon d'un coup de talon). La modernité du stade Emirates, inauguré en 2006, a fait écho au président de la république qui, avec Gordon Brown, a évoqué un partenariat entre les deux pays "pour le monde du XXIème siècle".

Concrètement, les deux hommes se sont mis d'accord pour travailler ensemble sur la réforme des institutions internationales, sur un agenda commun en Europe, sur les questions de sécurité et sur le développement en Afrique. "Nous partageons une même analyse sur la gouvernance internationale", a dit Gordon Brown.

Le G8 doit ainsi continuer de s'ouvrir aux grands pays émergents, alors que le Conseil de sécurité de l'ONU doit s'élargir à terme à cinq nouveaux membres permanents : l'Allemagne, l'Inde, le Japon, le Brésil et un pays africain. Le Fonds monétaire international (FMI) est appelé quant à lui à élaborer un système d'alerte efficace sur les risques financiers globaux.

Sarkozy et Brown sont aussi d'accord sur le principe d'une plus forte identité européenne de défense, dans le cadre de l'Otan. Le communiqué final fait état d'une volonté de coopération dans le renforcement des "capacités" européennes", que ce soit pour les porte-avions, les avions de transport militaires (A400M) ou les hélicoptères. Le sommet n'a cependant pas donné lieu à des accords industriels entre entreprises, ni permis d'avancer sur les projets de part et d'autre des nouveaux porte-avions.

Mais la France a affiché sa volonté de voir des acteurs comme Thales, déjà fortement implanté outre Manche, participer davantage aux appels d'offres du ministère de la défense britannique. "Nos deux pays représentent deux tiers de la recherche dans le domaine de la défense en Europe", a souligné Nicolas Sarkozy, qui veut développer à partir de ce constat une plus grande coopération au niveau des achats, de la maintenance des équipements et de l'interopérabilité. Paris et Londres vont affecter 50 millions d'euros chacun à la recherche commune.

Coté aide au développement, les deux pays s'engagent à faciliter l'accès scolaire de 16 millions d'enfants africains d'ici 2010 ("l'année de la Coupe du monde de football en Afrique", a précisé Gordon Brown) et de chaque enfant africain à l'horizon 2015.

Parmi les autres thèmes développés dans le communiqué de quinze pages, figure le pacte européen sur l'immigration, la lutte contre le changement climatique, une politique européenne de l'énergie et un effort conjoint dans l'éducation et la formation.

Au-delà du communiqué, Brown et Sarkozy ont voulu signifier que les deux pays étaient désormais prêts non seulement à explorer toutes les possibilités de coopération commune, mais aussi à discuter sans préjugés des dossiers qui fâchent, comme la Politique agricole commune. "Nous en parlerons, en vue de rapprocher nos positions", a dit Sarkozy.

Le président a cité, en exemple de dialogue constructif, le fait que Londres et Paris sont désormais d'accord sur le rôle que doit jouer l'Europe dans le monde : celui d'un continent ouvert, associé aux Etats-Unis. Sur la mondialisation aussi, a affirmé Sarkozy, "nous avons fait chacun un pas vers l'autre : Gordon mettait dans ses propos le monde avant l'Europe, moi je parlais avant tout d'Europe ; nous sommes aujourd'hui d'accord pour le développement d'une Europe mondiale".

Gordon Brown aurait donc accepté que l'Europe peut être un outil actif pour façonner la globalisation. De même, Nicolas Sarkozy a accepté le principe cher à Gordon Brown que la mondialisation apporte des bénéfices, mais il aussi convaincu son interlocuteur de la nécessité de la "réciprocité", afin de garantir une "concurrence loyale" entre les pays et les régions du monde.

Enfin, Nicolas Sarkozy s'est dit très ému de l'accueil chaleureux que la reine Elizabeth II et "tout le peuple britannique" ont réservé a son épouse et à lui-même. Il a ajouté que Carla Bruni-Sarkozy a démontré à l'occasion de cette visite toutes ses qualités, et que "justice lui a été rendue".

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