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Jean-Paul Agon : "la marge d'exploitation de L'Oréal atteint un niveau record"

La Tribune

Publié le 30 août 2008 à 00:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:22

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Latribune.fr publie l'intégralité de l'entretien que le directeur général du groupe français a accordé à La Tribune de ce vendredi 29 août, à l'occasion de la publication de ses résultats semestriels.

La Tribune : Comment analysez-vous les résultats de ce premier semestre ?

Jean-Paul Agon : Ce sont de bons résultats, compte tenu d'une conjoncture extrêmement difficile et perturbée. Il faut en effet les lire en excluant des effets monétaires qui ont été forts, massifs, volatils, adverses. Le dollar et la Livre ont reculé de 13%, le yuan chinois et le peso mexicain de 5 à 10%. En euros, notre chiffre d'affaires ne progresse que de 1,6%. Mais en réalité, notre croissance est de 7,1% à taux de change constant. Et nous avons été capables d'augmenter de 12,3% notre bénéfice net par action à taux de change constant, ce qui est spectaculaire. Enfin, notre résultat d'exploitation est en progression de 40 points de base, à 17,3% du chiffre d'affaires. C'est un niveau record dans l'histoire du groupe, que ce soit pour un semestre ou pour une année.

Ce sont des chiffres en ligne avec les prévisions des analystes ?

Oui. Et comme nous avons eu de bonnes nouvelles fiscales dans certains pays, où notre taux d'imposition s'est réduit, notre résultat net est supérieur aux prévisions

Vous avez ramené en juillet à 6% votre prévision de progression de chiffre d'affaires organique. Confirmez-vous ce chiffre ?

Il y a deux ans, j'avais indiqué que notre objectif à moyen et long terme était d'atteindre 6 à 8 %. Cette ambition au dessus de 6% me paraissait volontariste et réaliste. Au premier semestre nous avons été très proches de cet objectif, puisque nous avons réalisé une croissance de +5.3%, bien que cette année soit particulièrement bouleversée d'un point de vue économique. Je suis très confiant dans notre capacité à revenir progressivement au dessus des 6%.

L'Oréal, après des années de croissance régulière, doit composer avec des temps nouveaux plus durs ?

Nos performances, ces vingt dernières années, ont été variables. Peut-être que, vu de l'extérieur, cela donnait l'impression d'un long fleuve tranquille. La réalité était plus complexe.

On ne peut donc pas parler de rupture ?

Non. Notre objectif est chaque année de croître plus vite que le marché. En 2007, le marché cosmétique mondial a crû de 5% et nous de 8%. Sur les six premiers mois de l'année 2008, il est en léger ralentissement, à +4%, et nous sommes à +5,3%. Avec les acquisitions, nous sommes à +7,1%. Fin 2007, notre part de marché était aux alentours de 15,4% ; à fin juin, elle sera aux alentours de 15,7% et, vraisemblablement à 16% fin 2008.

Vous évoquiez les effets de change, vous couvrez-vous sur le dollar ?

Oui. Chaque année, nous nous couvrons pour l'année suivante. Nous ne faisons pas de couvertures anticipées sur plusieurs années. Sur les quatre dernières, avec un dollar systématiquement négatif d'une année sur l'autre, les couvertures ont été moins bonnes que l'année précédente. Il y a donc un effet sur les marges brutes.

Vous évoquiez les phénomènes monétaires et leurs conséquences sur vos résultats. Qu'en est-il en terme de production ?

Depuis toujours, L'Oréal a localisé ses productions pour une raison très simple : vous ne faites pas voyager à travers le monde des produits de grande consommation comme des shampoings, laques, colorations... Ce sont des usines aux Etats-Unis qui produisent pour notre affaire américaine ; des usines brésiliennes pour l'Amérique latine, chinoises pour la Chine... Nous n'avons jamais délocalisé, mais toujours localisé. De ce fait, pour nous, l'euro fort n'est pas un problème d'exportation de marchandises, mais comme je le disais, un pur problème de conversion des résultats.

Quelle est votre analyse du ralentissement de la consommation, dans la zone euro et outre-Atlantique ?

Avec 2,5% de croissance, les marchés en Europe de l'Ouest, -Allemagne et Scandinavie notamment-, se sont plutôt bien comportés au premier semestre. En revanche, le marché nord-américain a un peu ralenti, mais est resté positif, ce qui est plutôt une bonne nouvelle, compte tenu de la conjoncture outre-Atlantique.

Mais n'oublions pas les autres marchés. On a trop tendance à considérer le reste du monde comme la cerise sur le gâteau. Or, pour la première fois en 2007, et cela s'est accentué début 2008, l'Asie, l'Europe de l'Est et l'Amérique latine devancent, avec 35% du marché mondial, l'Europe occidentale (32%) et l'Amérique du Nord (20%) ! Surtout, ces pays émergents génèrent 75% de la croissance du marché mondial. Avant 10 ans, ils en représenteront la moitié. On ne parle plus du tout de la cerise, mais vraiment du gâteau.

Craignez-vous le retour de la guerre des prix en France ?

Tout ce qui dynamise la consommation est une bonne chose. Nous sommes donc satisfaits de voir les distributeurs rivaliser d'initiatives et d'offres promotionnelles pour stimuler la consommation. Ces dix dernières années, le marché cosmétique français a plutôt souffert d'un manque d'initiatives et de concurrence.

Les récentes réformes devraient alors avoir des effets positifs ?

C'est incontestable pour la réforme de la loi Galland. On a tort de vouloir opposer fabricants et distributeurs. En fait, ils sont partenaires. J'ai travaillé dans beaucoup de pays et j'ai été marqué par mon expérience aux Etats-Unis, où nous avions toujours une excellente collaboration avec Wal Mart.

N'avez-vous pas payé trop cher l'acquisition d'Yves Saint-Laurent Beauté bouclée cet été pour 1,115 milliard d'euros ?

Nous l'avons payé un juste prix ; c'est une très belle affaire, c'est une très belle marque, l'une des plus belles du monde. C'était vraiment la pièce qui manquait à notre puzzle dans notre division luxe. Nous avions des marques de grands couturiers italien avec Giorgio Armani ou américain avec Ralph Lauren, mais pas de français. Achetée au 1er juillet, YSL Beauté est en train d'être consolidée dans tous les pays du monde. Nous sommes très confiants pour l'avenir d'une affaire qui est très reconnue sur le marché du maquillage. Nous pensons l'aider à renouer avec le succès en matière de parfumerie.

Enfin, dans le domaine des soins de la peau, crucial en Asie, il y a beaucoup à faire. Nous procéderons à des lancements sur ces trois marchés à partir de 2009.

La Tribune

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