Démantèlement des champions énergétiques : un compromis européen se dessine

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Le compromis actuellement sur la table sauverait de nombreux groupes européens du découpage. Il avalise l'idée de rendre les opérateurs de réseaux énergétiques très indépendants de leur maison mère, sans pour autant couper le cordon ombilical.

Les ministres de l'Energie de l'UE, l'Union européenne, tenteront vendredi de s'entendre sur une alternative au plan radical de Bruxelles de démanteler les champions énergétiques nationaux de pays comme la France ou l'Allemagne, visant à insuffler plus de concurrence sur le marché européen.

Deux camps se déchirent depuis des mois sur ce dossier à la fois technique et hautement idéologique. Faut-il libéraliser le marché en brisant les monopoles historiques ou plutôt mieux encadrer leurs activités?

La présidence slovène de l'UE, qui a rédigé une solution de compromis, se dit "optimiste". Londres et Paris jugent qu'un accord est proche à certaines conditions (souvent divergentes), Berlin se montre plus partagé, résument des sources européennes.

Un accord sur les grandes lignes aboutira vendredi ou prendra deux années de retard, ce qui pourrait pousser certaines capitales pressées à mettre de l'eau dans leur vin.

La France, qui présidera l'UE pour six mois à partir de juillet, se concentrera en effet alors sur le plan européen de lutte contre le réchauffement climatique. Suivra ensuite une année de transition, avec le renouvellement du Parlement européen et de la Commission.

Paris, actuellement en pleine opération de fusion entre les groupes Gaz de France et Suez, n'a pas non plus intérêt à trouver à tout prix vendredi un accord qui ne la satisferait pas, jugent plusieurs analystes économiques.

Bruxelles a proclamé depuis des mois sa volonté de casser les groupes énergétiques qui n'ouvriraient pas suffisamment à la concurrence leurs gazoducs ou lignes à haute tension.
Idéalement, elle aimerait scinder la production d'énergie des grands réseaux de transport, en procédant à leur vente pure et simple.
La Commission pourrait d'ailleurs y parvenir en continuant tout simplement à attaquer un à un les fleurons européens.

Prenant complètement à revers le gouvernement de la chancelière Angela Merkel, EON a récemment choisi de vendre son réseau électrique et RWE son réseau de gazoducs. Des pactes scellés avec la commissaire européenne à la Concurrence Neelie Kroes pour échapper à d'énormes amendes liées à des enquêtes.

La commissaire --qui avait fustigé début 2007 "la trop forte concentration de la plupart des marchés nationaux"-- vient aussi d'ouvrir une enquête contre le français Gaz de France (GDF), soupçonné de comportements anti-concurrentiels.

Après avoir multiplié ces coups d'éclat, la Commission a finalement accepté de travailler sur une voie alternative réclamée par huit pays rebelles, menés par la France et l'Allemange, qui ont l'avantage de disposer d'une minorité de blocage.

Le compromis actuellement sur la table sauve de nombreux groupes européens du découpage. Il avalise l'idée de rendre les opérateurs de gazoducs très indépendants de leur maison mère, sans pour autant couper le cordon ombilical.
Ses partisans souhaitent que les compagnies d'électricité soient soumises aux mêmes règles de non démantèlement, un débat non tranché.

La pleine séparation du capital existe déjà dans onze pays de l'UE pour l'électricité et dans sept pays pour le gaz. Parmi eux, la Grande-Bretagne, l'Espagne, le Danemark ou les Pays-Bas défendent mordicus le modèle qu'ils ont déjà adopté.

Certains ont toutefois baissé la garde. Londres aurait certes souhaité limiter dans le temps "l'alternative" au démantèlement, mais une telle idée serait rejetée par Berlin et Paris.
Le texte de compromis évoquera "une clause de rendez-vous" au bout de cinq ans, qui donnerait lieu à une analyse du fonctionnement du marché. Les partisans du démantèlement chercheront vendredi à formuler cette clause d'une manière aussi stricte que possible.

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