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Un festival'In' sous l'empire des sens

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Publié le 22 juillet 2008 à 01:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:12

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Entre un paradis ("Paradiso") plus infernal que jamais et des Shakespeare à faire rougir pas mal de nos 'grands politiciens' contemporains en passant par l'empire d'autres sens comme dans "Ricercar" ou "Stifters Dinge", le "In" 2008 fera date dan l'histoire d'Avignon. Et pendant ce temps le "Off" élargit impassiblement sa route.

"Paradiso" ou l'impossible bonheur

Pour le troisième et dernier volet de son adaptation très personnelle de "La Divine Comédie" de Dante qu'il crée à Avignon, Romeo Castellucci frappe une nouvelle fois d'un revers ravageur. D'un paradis ici, il est bien question mais c'est une sacrée claque que l'on reçoit.

Dans l'Eglise des Célestins, il faut d'abord passer par un noir quasi absolu et périlleux avant d'atteindre une lumière. Et encore, devons nous la saisir par petit groupe de quatre spectateurs en s'accroupissant devant un grand hublot sans vitre. De là jaillit une image magnifique. Le sol de l'église est recouvert d'une légère épaisseur d'eau qui reflète les voutes. Le fond métallique accentue la pâleur de l'espace nappé d'une brume légère. Au centre de l'édifice trône un piano à queue brillant de mille feux.

Le ravissement est de courte durée. Un immense drap noir vient claquer à plusieurs reprises cet immense trou de serrure comme pour rejeter et effrayer le voyeur que nous sommes. En trois minutes, l'affaire est faite. Sortie obligatoire... Le paradis est inaccessible ou plutôt fugitif, ou éphémère. Mais laisse un souvenir indélébile. Castellucci aura su jouer avec nos certitudes pour la troisième fois pendant ce festival après "Inferno" et "Purgatorio". Chapeau!

Jusqu'au 26 juillet à Avignon (04 90 14 14 14). Tournée en France à Poitiers (22-25 janvier 2009), à Strasbourg au Maillon (31 janv- 4 fév 2009), etc.

Ce fou d'"Hamlet"

Thomas Ostermeier, metteur en scène et patron de la Schaubühne de Berlin, était de retour dans la Cour d'honneur du Palais des Papes avec "Hamlet", après son "Woyzeck" (Büchner) en 2004. On pourra (re)découvrir cette adaptation très particulière, notamment vers le début de 2009 sur la scène des Gémeaux à Sceaux près de Paris.

Le parti pris d'Ostermeier et clair. Le héros de Shakespeare est fou. D'une folie qui va aller en s'empirant. Sa proposition ne manque pas d'intérêt, sauf pour les tenants de la tradition. Parce qu'il pousse le bouchon jusqu'à faire comprendre que l'amour de Hamlet pour Ophélie peut se confondre avec celui qu'il porte à sa mère Gertrude. Que derrière le masque du spectre de son père il peut retrouver la figure de son oncle meurtrier Claudius...

Du coup, Ostermeier réduit sa troupe à six acteurs, cinq jouant chacun deux rôles, seul Lars Eldinger prend les habits d'Hamlet. Et il installe ce petit monde dans une sorte de théâtre ambulant, un cadre qui avance ou recule d'où pendent des lames de plastique agissant comme rideau de scène. Rideau qui devient grand écran, à l'occasion, pour recevoir des images très expressionnistes des personnages. Le metteur en scène bouleverse aussi le texte, notamment en faisant entendre plusieurs fois "Sein, oder nicht sein" (Être ou ne pas être ...).

Le jeu des acteurs va parfois jusqu'au burlesque, au grotesque. Comme cette mise en terre du cercueil du Roi, ou les éructations d'Hamlet, ou encore la scène de théâtre où Hamlet lui-même et Horatio jouent en travesti déchaînés les rôles du ro et de la reine... Outrances ou outrage, il n'en ait pas moins vrai que Ostermeier fait une vraie et intéressante proposition sur la pièce. Sur ce qu'elle dit de la nature des pouvoirs. Il est servi en cela par des comédiens remarquables.

Du 28 janvier au 8 février 2009 aux Gémeaux à Sceaux...

"Tragédies romaines" ou Shakespeare à l'heure de l'électronique

Un des grands événements de ce festival a été la présentation par le metteur en scène néerlandais Ivo van Hove et sa bande de comédiens exceptionnels du Toneelgroep d'Amsterdam d'une mise en perspective des trois pièces de Shakespeare "Coriolan", "Jules César" et "ntoine et Cléopâtre".

Nous le signalons rapidement parce que ce travail qui installe sans effets spéciaux mais totalement dans la modernité de nos outils de communication du XXIè siècle (journal électronique donnant des éléments d'information en direct, débats télévisés, perturbations sur la scène, plans décalés...) et qui s'inscrit au coeur des préoccupations permanentes de l'humanité, mériterait qu'il soit vu par le plus grand nombre. Trois soirées à Avignon dans une salle bondée ne suffisent pas. C'est une grosse production avec beaucoup de monde sur le plateau organisé comme différents lieux de réunion, de studios télé, de champs de bataille, etc. Un spectacle total sans être racoleur. Rare.

"Ricercar" sans dessus-dessous

Reprenons quelques intentions du Théâtre du Radeau qui propose ce "Ricercar". L'intitulé, "s'il évoque ces mouvements d'entrelacs, de reprises, de diversité des sources et des dynamismes sonores, sera ici l'indication d'un "milieu", dérivé du mot lui-même. Ricercare: "rechercher, faire le tour de, parcourir...". Donc ne cherchons pas trop le pourquoi du comment. Il faut se laisser aller dans le déroulé de la pièce.

Des parois amovibles. Des tables. Des chaises. Des lumières tamisées. Des femmes habillées très XVIIIè. Des hommes au chapeau feutre. La parole est feutrée. Les courses-poursuites aussi. C'est parfois en italien ou en allemand. Coquin ou inquiétant. Bref, on ne saisit pas grand chose si on n'a pas lu un temps soit peu la liste astronomique des auteurs sérieux cités. Mais la poésie court sur la scène.

Jusqu'au 25 juillet à Avignon (04 90 14 14 14). Puis à l'Odéon-Berthier à Paris (23 sept - 19 oct) dan le cadre du Festival d'Automne, puis en tournée (TNS Strasbourg...).

"Stifters Dinge" ou l'empire des sens

Il y a des images, des lumières, des bruits, des voix, des sons. On entend le vent. On voit le brouillard, l'eau. Des pianos bougent mais il n'y a pas de pianistes, pas d'acteurs, pas de performers. Heiner Goebbels est d'abord un musicien, un compositeur. Il est aussi un metteur en scène réputé. Il met en scène ce "Stifters Dinge" qu'il traduit littéralement par 'Les choses de Stifter'.

Adalbert Stifter est un auteur romantique allemand de la première moitié du XIXè siècle. De son oeuvre Heiner Goebbels en fait une partition remarquable. Un concert qui met tous nos sens en émoi.

En tournée notamment à Paris en Janvier 2009 au Théâtre de Gennevilliers et en mars à La Filature de Mulhouse.

Et dans le Off qui ferme ses nombreuses portes fin juillet ? Allez voir "Les Justes" d'Albert Camus dans une mise en scène de Diastème. Ici, le texte prime sur le mouvement pour suivre le groupe de terroristes qui veulent faire sauter en l'air le grand-duc Serge, oncle du tsar. Si on reste un peu figé dans la parole, les jeunes comédiens savent la faire entendre, notamment Jeanne Rosa dans le rôle de Dora (au Chêne Noir). Dans le même théâtre, Philippe Caubère, alias Ferdinand Faure, revient avec "L'Epilogue à l'Homme qui danse" créé au Rond-Point à Paris il y a près d'un an.

Pour entendre un peu d'Espagne et Federico Garcia Lorca, Daniel Prévost a écrit un texte intime illustré par des musiques joliment interprétées sur scène (au Chien qui Fume). Pour rester en Ibérie, le spectacle de Jean-Philippe Bruttmann "Mi flamenco" mélange allègrement musique et danse (théâtre La Luna-Buffon). A l'espace Alya, musique aussi mais accompagnée d'une toute autre histoire, celle des camps nazis. Raymond Yana met en scène avec marionnettes et images cette bouleversante et terrible vie de l'orchestre de femmes à Auschwitz. Notons encore le retour de Laura Benson avec la suite de "George" le chat, ici dans "Une vie de chien" (au théâtre du Petit Chien, bien sûr)... password

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