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L'odyssée du train de l'Otan quelque part en Roumanie

La Tribune

Publié le 02 janvier 2008 à 08:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:28

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Quoique inachevé, "California Dreamin'", premier long métrage du jeune et regretté Christian Nemescu, décédé accidentellement en 2006, à 27 ans, confirme l'extraordinaire vitalité du nouveau cinéma roumain. Basé sur un fait réel, le film retrace l'histoire, désopilante, d'un train de matériel militaire de l'Otan bloqué dans un petit village de Roumanie par un chef de gare maffieux qui impose sa loi.

"Bien qu'il ne soit pas totalement achevé... , le film est de loin la proposition de cinéma la plus puissante, la plus vivante, la plus libre qu'il nous ait été donnée à voir ces dix derniers jours". On ne peut que souscrire à cet avis de la cinéaste Pascale Ferran, présidente du jury Un Certain Regard au dernier festival de Cannes, qui en fin de compétition lui accordait le prix de cette sélection. Avec la palme d'or obtenue par un autre réalisateur des Carpates, Cristian Mungiu, pour "Quatre mois, trois semaine et deux jours", le nouveau cinéma roumain s'imposait avec éclat sur la Croisette.

Toutefois, la réussite de "California Dreamin'" est entachée par un drame : alors qu'il achevait le montage de ce premier long métrage, en août 2006, Christian Nemescu, déjà remarqué dans les festivals pour ses courts métrages, disparaissait à 27 ans dans un terrible accident de la circulation.

L'histoire de "California Dreamin'", qui reprend le titre d'une fameuse chanson de la grande époque hippie, est basée sur un fait réel. En 1999, pendant la guerre du Kosovo, un train transportant des équipements militaires envoyés par l'Otan a reçu l'accord verbal du gouvernement de la Roumanie pour traverser le pays en direction de la frontière serbe. Mais le convoi, placé sous la protection de soldats américains, est bloqué quelques heures dans un gare perdue du centre du pays. Sur ce canevas Christian Nemescu a brodé un scénario très crédible et a donné vie à une foule de personnages hauts en couleur, emblématiques de la Roumanie post-communiste. Rondement mené, le film raconte les cinq journées de stand-by du convoi dans la petite gare de Capalnita, où règne l'intraitable Doiaru.

Drôle de personnage que ce chef de gare qu'on découvre très vite corrompu notoire qui a partie liée avec la police et qui prélève sa quote-part sur tout ce qui passe dans sa gare. En l'occurrence, il n'y a rien à prendre dans le train de l'Otan. Mais Doiaru (Razvan Vasilescu), homme antipathique et aigri, a décidé de faire du zèle et de bloquer le convoi tant qu'il n'aura pas les papiers de douane requis.

En réalité ce veuf qui voit sa fille faire les yeux doux aux soldats américains a un vieux contentieux avec l'Amérique. Cela remonte à sa toute petite enfance, à la fin de la guerre, lorsque sous les bombardements il attendait l'arrivée des Américains qui devaient lui rendre ses parents, partis pour échapper aux Russes, et l'usine familiale, confisquée par les communistes. Mais il ne retrouvera ni les uns ni l'autre et les Américains n'arriveront que cinquante plus tard, juste au moment où il va enfin pouvoir mettre la main sur l'usine en faillite. Au grand dam des ouvriers qui n'apprécient guère ce grand bond en arrière.

Face à ce fonctionnaire borné, le capitaine Jones (Armand Assante), responsable du train, a beau faire de gros efforts de diplomatie, il a du mal à garder son calme. D'autant qu'il voit ses marines se disperser dans la nature, derrière les jupes des jeunes villageoises qui rêvent toutes de prendre la file de l'air. De son côté, le maire du patelin profite de l'occasion pour en découdre avec son vieil ennemi et rival, le chef de gare, et attire les Américains dans une fête de village homérique qui tourne à la bacchanale.
Au matin du cinquième jour, les choses vont enfin se dénouer. Non sans mal...

La Tribune

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