La direction du Monde reste déterminée
La Tribune
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Le Monde n'était pas ce midi dans les kiosques et il ne sera pas demain matin en province. Pour la première fois de l'histoire du quotidien, les salariés étaient en grève pour dénoncer le plan de relance drastique qui prévoit 130 suppressions d'emplois au quotidien dont près de 90 à la rédaction.
Mais la très forte mobilisation des salariés n'a pas fait changer de position la direction du groupe de presse. Le président du directoire du Monde, Eric Fottorino, a déclaré cet après-midi à l'AFP-TV "comprendre l'émotion des salariés du Monde, et même la partager", avant d'ajouter qu'il était "déterminé" à mener à bien le plan de redressement. Cette grève est un moment "exceptionnel, grave" et "à la mesure de l'ampleur de la décision que je suis emmené à prendre pour redresser à la fois ce journal et ce groupe", a-t-il ajouté. "C'est la réussite du Plan qui conditionnera l'indépendance du Monde", a insisté Eric Fottorino.
Le président du directoire du Monde s'est dit "tout à fait ouvert sur les discussions sur les modalités de ce plan", mais a estimé que les syndicats n'avaient pas proposé de solutions "qui soient acceptables aujourd'hui". Pour les syndicats, les 130 suppressions d'emploi doivent se faire sur la base du volontariat. Pas possible pour Eric Fottorino qui explique qu'il était de sa "responsabilité d'inscrire dans ce plan l'hypothèse de départs contraints".
Alors que les journalistes s'inquiètent sur les conséquences de ces futurs départs sur la qualité du journal, Eric Fottorino a affirmé qu'il n'était "pas question de céder en exigence" sur le plan éditorial, précisant qu'il y aura des "arbitrages" sur la pagination. "Nous serons toujours plus de journalistes aujourd'hui qu'on ne l'était en 1995 pour un journal qui faisait dix pages de plus", a-t-il noté. "C'est ma responsabilité de faire en sorte que ce plan ne soit pas un plan d'abaissement du Monde mais au contraire de reconquête, même si au passage, il y a des efforts économiques importants à faire" , a-t-il ajouté, rappelant que Le Monde avait accusé sept exercices consécutifs de pertes.
Enfin, sur les demandes des syndicats que la question des salaires et avantages de la direction soient inclue dans le plan d'économies, Eric Fottorino a répliqué qu'il ne pensait pas "qu'il y ait un train de vie somptuaire de la direction". "Les efforts seront partagés par toutes les entités du groupe, mais aussi de l'entreprise, c'est-à-dire que les directions feront des efforts comme le font les salariés", a-t-il ajouté.
Toutes ces explications sont loin d'avoir satisfait l'intersyndicale des journalistes SNJ, SNJ-CGT et USJ-CFDT qui saisit aujourd'hui les pouvoirs publics. Ces derniers "ne peuvent ignorer la grave crise que traverse la presse" et que "le droit à l'information des citoyens est menacé aujourd'hui", écrivent les syndicats du Monde dans leur communiqué de presse. Pour eux, "le chantage à "la recapitalisation contre les emplois" a déjà depuis plusieurs années montré ses effets dévastateurs. C'est le droit à l'information des citoyens qui est menacé aujourd'hui".
Depuis 7 ans, Le Monde n'arrive pas à relever la tête hors de l'eau en présentant année après année, des exercices déficitaires. En 2007, le groupe de presse, dont l'endettement s'élève à 150 millions d'euros, a accusé une perte de 20 millions d'euros. En 2006, la perte nette était déjà de 14,3 millions d'euros. Face à cette situation, le groupe Lagardère (actionnaire à hauteur de 17% du Monde SA et à 34% du Monde Interactif) est aux aguets. Il ne cache plus sa volonté de prendre le contrôle du groupe de presse avec l'espagnol Prisa (actionnaire à hauteur de 15%) si une recapitalisation est ouverte. Une option qui provoque l'ire des salariés du Monde attachés plus que jamais à leur indépendance.
La précédente équipe, composée de Jean-Marie Colombani, président du directoire, et Alain Minc, président du conseil de surveillance, est la grande responsable de la situation financière catastrophique du Monde. Au prix d'en endettement aujourd'hui plus que conséquent, ils ont, durant des années, racheté de nombreuses entreprises de presse pour constituer un groupe de presse toujours plus puissant. Bilan : la nouvelle équipe est en passe de revendre où a déjà revendu les actifs rachetés durant l'ère Minc-Colombani. Les Journaux du Midi ont été vendus et le groupe des Publications de la Vie Catholique finit d'être dépecé. Le Monde ne gardera plus que le très lucratif Télérama ainsi que La Vie. Fleurus Presse (douze magazines jeunesse), les Editions de l'Etoile (société éditrice des Cahiers du Cinéma), le mensuel Danser et le réseau de librairies spécialisées en littérature religieuse La Procure cherchent officiellement un repreneur....
Un comité d'entreprise extraordinaire est prévu demain matin au Monde et les salariés espèrent en savoir un peu plus car aujourd'hui, confie une journaliste, "les gens sont inquiets et sont dans l'attente".
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