Une semaine marquée par les prévisions de croissance en berne

A la une de l'actualité cette semaine, les prévisions pessimistes de l'Insee sur la croissance et le pouvoir d'achat en France. Le retournement du marché immobilier, la remise en question du contrat entre EADS et le Pentagone, le Livre Blanc sur la défense et les mauvais résultats des banques américaines ont également fait les gros titres.

L'INSEE PREVOIT UN "COUP DE FREIN" SUR LA CROISSANCE ET UNE STAGNATION DU POUVOIR D'ACHAT

La résistance de l'économie française au premier trimestre n'était-elle que provisoire ? L'Insee semble le penser. L'institut de la statistique estime en effet que la croissance va subir un "net coup frein" en 2008 pour se limiter à 1,6%. C'est au troisième trimestre que l'économie française souffrira le plus, avec un PIB en stagnation voire une possible "incursion en territoire faiblement négatif". Le gouvernement table pour sa part sur une croissance comprise entre 1,7% et 2% cette année. Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, n'a donc pas tardé à réagir, jugeant ces prévisions "exagérément pessimistes". Le premier ministre François Fillon estime pour sa part que l'objectif du gouvernement est "extrêmement réaliste". Mais pour l'Insee, de nombreux facteurs devrait pénaliser fortement l'économie française: le ralentissement de l'activité mondiale, la crise financière, le retournement du marché immobilier, l'euro fort ou encore la flambée des prix des matières premières.

Selon l'Insee, la consommation des ménages devrait surtout souffrir de l'inflation. Après un pic à 3,6% en rythme annuel en juillet, la progression de l'indice des prix devrait s'établir à 3,2% sur l'ensemble de l'année, au plus haut depuis 1991. Du coup, le pouvoir d'achat par unité de consommation pourrait connaître une croissance nulle. La consommation des ménages, principal moteur la croissance, n'augmenterait alors que 1,3% en 2008, contre 2,5% l'an passé. La consommation alimentaire devrait même baisser de 1,1% malgré une modération des prix prévue par l'Insee sous l'effet de la loi de modernisation de l'économie. Quant au chômage, "la baisse, encore sensible au premier trimestre, devrait quasiment s'interrompre" estime l'institut, qui table sur un taux de 7,1% à la fin de l'année, contre 7,2% au premier trimestre.

LE MARCHE IMMOBILIER FRANÇAIS TOUCHE A SON TOUR PAR LA CRISE

Le retournement du marché immobilier français se confirme. Les promoteurs immobiliers tablent ainsi sur un recul de 15 à 20% des ventes logements neufs cette année. Au premier trimestre, ces dernières ont déjà chuté de 28%. Une tendance confirmée par l'Insee qui prévoit une baisse importante de l'investissement résidentiel des ménages. Première victime: le promoteur immobilier Kaufman and Broad avec une chute de 71,3% de son bénéfice net au premier semestre qui a entraîné jeudi un plongeon de 17% de son action à la Bourse de Paris. "La baisse de l'activité est due essentiellement au changement d'attitude des banques dans l'octroi des crédits, à la montée des taux d'intérêt et à l'attentisme des acquéreurs, plus marqué au deuxième trimestre," explique son PDG Guy Nafilyan.

De fait, le volume des offres de crédits acceptés par les banques a baissé de 10% au premier trimestre alors que le taux fixe moyen des prêts immobiliers a franchi la barre des 5%. "Un niveau jamais atteint depuis 2003", selon le courtier Empruntis. Les mises en chantier devraient également reculer cette année après avoir connu une chute de 19% au premier trimestre. Mais si les stocks de logements neufs invendus sont au plus depuis 1992, les prix ne devraient en revanche pas fortement baisser.

LES BANQUES AMERICAINES TOUJOURS PENALISEES PAR LA CRISE FINANCIERE

La finance américaine n'est pas encore sortie de la crise. Mardi, Goldman Sachs a jeté un nouveau pavé dans la mare en estimant que les banques américaines vont devoir lever jusqu'à 65 milliards de dollars de capitaux pour consolider leurs comptes. En cause: la crise du crédit qui devrait se poursuivre au moins jusqu'au début de l'année 2009. Cette somme s'ajoute aux 120 milliards de dollars déjà levés par le secteur depuis l'été 2007. La banque a également revu à la baisse ses objectifs de cours pour 14 établissement américains et réduit sa prévision de résultat sur 11 d'entre elles. Un pessimisme qui a fait chuter les valeurs bancaires à Wall Street. Et les mauvais résultats de Lehman Brothers et de Morgan Stanley ne rassurent pas non plus les marchés.

Comme annoncé la semaine dernière, Lehman Brothers a publié lundi sa première perte trimestrielle depuis son introduction en bourse en 1994. La banque a perdu 2,8 milliards de dollars, la faute à 4 milliards de dollars de dépréciations, dont 2,4 milliards liés aux crédits hypothécaires, les fameux subprimes. De son côté, Morgan Stanley a dégagé un bénéfice net de 1,02 milliard de dollars sur son premier trimestre, en baisse de 57% par rapport à l'an passé. Seule Goldman Sachs parvient à résister à la crise. La première banque d'investissement américaine a certes publié un repli de 11% de son bénéfice net au premier trimestre, à 2,1 milliards de dollars, mais elle a largement dépassé les attentes des analystes. A l'inverse, Wall Street craignait vendredi un "profit warning" de Merrill Lynch et s'inquiétait des dégradations de note financières des réhausseurs de crédit Ambac et MBIA.

LE CONTRAT D'EADS AVEC L'ARMEE AMERICAIN REMIS EN QUESTION

Mauvaise nouvelle pour le groupe européen d'aéronautique, d'espace et d'armement EADS, la maison-mère d'Airbus. Son contrat avec l'US Air Force est en suspens après le verdict rendu mercredi par le Government Accountability Office (GAO). L'équivalent américain de la Cour des Comptes a en effet donné raison à Boeing dans son recours contre l'attribution au groupe européen et à son partenaire américain Northcorp Grumman d'un contrat de 35 milliards de dollars pour la fourniture de 179 avions ravitailleurs. "Notre étude nous a conduits à conclure que l'Armée de l'air a commis nombre d'erreurs significatives qui pourraient avoir affecté le résultat d'une compétition qui était serrée entre Boeing et Northrop Grumman", estime le GAO dans son rapport. Cet avis n'est consultatif et US Air Force a 60 jours pour décider de suivre ces recommandations ou d'entériner ce contrat. Le Pentagone avait annoncé avant le verdict que tout nouveau délai dans le renouvellement des avions ravitailleurs poserait un véritable problème, alors que le programme a déjà dix ans de retard.

Pour autant, la décision du GAO devrait être suivi par les pouvoirs publics. D'autant plus que le dossier est devenu un véritable enjeu électoral, sur fond de protectionnisme. L'enjeu est en tout cas de taille pour EADS. Car ce contrat ne marque qu'une première étape pour le groupe européen. A terme, ce sont près de 500 avions ravitailleurs qui devront être remplacés par l'Air Force. Plus de 100 milliards de dollars sont en jeu. EADS avait ouvert une première porte en s'immisçant sur un marché jusqu'à présent réservé aux groupes américains. Il espère désormais que le verdict du GAO n'a pas refermé cette porte à clé.

DEFENSE NATIONALE : 54 000 POSTES SUPPRIMES ET NOUVELLES PRIORITES STRATEGIQUES

Moins d'hommes mais plus d'équipements. C'est en substance le message délivré par Nicolas Sarkozy lors de la présentation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. 54.000 postes seront ainsi supprimés en six ou sept ans dans les effectifs militaires et civils du ministère de la Défense, dont 46.000 pour les armées. Dans le même temps, la réforme de la carte militaire prévoit la fermeture de dizaines de bases et de casernes, dont "20 ou 30 sites majeurs" en France, selon le ministre Hervé Morin. Ces annonces ont immédiatement été suivies par des appels à la grève des 75.000 agents civils du ministère. Sous couvert d'anonymat, des officiers ont vivement critiqué les "incohérences" du Livre blanc. "Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées, à peine compensée par d'hypothétiques innovations technologiques et organisationnelles: il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire", dénonce ce groupe d'officiers, autobaptisé Surcouf.

Les économies générées par ces suppressions de postes seront réaffectées au budget de la Défense, stable en volume jusqu'à 2011 puis augmenté d'1% par an entre 2012 et 2020. C'est le budget des équipements qui profitera de ce redéploiement. Il sera porté à 18 milliards d'euros en moyenne par an, contre 15,5 milliards en moyenne lors de la période 2003-2008. De 2009 à 2015, les investissements porteront essentiellement sur le renseignement, notamment spatial, ou encore sur les avions ravitailleurs. Les dix années suivantes seront consacrées au renouvellement de la flotte de surface et à la modernisation de l'aviation.

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