Société Générale : la Banque de France n'avait pas informé la Réserve fédérale américaine avant sa baisse de taux

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Selon Christian Noyer, gouverneur de la banque centrale française, la BCE et la Fed ont été informées de la crise intervenue à la Société Générale mercredi dernier seulement. Le gouverneur estime que tous les contrôles au sein de la Générale "ne semblent pas avoir fonctionné" comme ils auraient dû.

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a informé la Banque Centrale Européenne et la Réserve fédérale américaine de la crise intervenue à la Société Générale le mercredi de la semaine dernière, c'est-à-dire la veille de l'annonce publique, a-t-il affirmé aujourd'hui lors d'une audition au Sénat. Une déclaration qui confirme que la Réserve fédérale n'était pas informée de l'affaire quand elle a pris sa décision de baisse d'urgence de ses taux d'intérêt le mardi. Le gouvernement français, pour sa part, a été informé le mercredi matin, 24 heures avant le marché.

Le mardi 26 janvier, la Réserve fédérale a pris la décision exceptionnelle de réduire son taux de référence de trois-quarts de point, partiellement en réponse à la tornade qui s'était abattue la veille sur les marchés boursiers de la planète. Or, on sait maintenant que la chute des Bourses a été amplifiée par les ventes massives effectuées par la Société Générale pour solder le plus vite possible les positions ouvertes par son trader Jérôme Kerviel. Une information dont ne disposait pas la Fed quand elle a pris sa décision.

Revenant sur les circonstances de cette affaire, le gouverneur de la Banque de France a affirmé que "tous les contrôles permanents au sein de la Société Générale ne semblent pas avoir fonctionné comme ils auraient dû". En outre, "ceux qui ont fonctionné n'ont pas toujours fait l'objet d'un suivi approprié", a-t-il ajouté.

Christian Noyer, qui préside la Commission bancaire chargé du contrôle des banques françaises, a fait valoir que 17 contrôles ont été effectués dans le groupe bancaire entre 2006 et 2007 et que ces inspections ont donné lieu à des recommandations préconisant un renforcement des contrôles internes.

Selon lui, ces recommandations avaient une "portée générale" mais ne concernaient pas les produits "relativement simples" sur lesquels a porté la fraude. Elles demandaient à la Société Générale de renforcer les moyens humains et techniques de surveillance des risques de marchés, un objectif considéré comme devant être "une priorité du groupe".

Intervenant lors de la même audition, Michel Prada, président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), a estimé qu' "il aurait été dangereux de faire une annonce sur la fraude identifiée sans avoir apporté les réponses appropriées". Nous aurions pu assister autrement à un "séisme important", a-t-il affirmé, justifiant ainsi les quelques jours de délai entre la découverte du problème et son annonce publique. Pour le président de l'AMF, en tout cas, "la Société générale a traité aussi bien que possible cette très grave crise". "M. Bouton s'y est attaqué avec notre accord: en trois jours, il a coupé ses positions", c'est-à-dire liquidé les engagements pris par son trader, et organisé "une augmentation de capital" pour renflouer les fonds propres de la banque, a-t-il rappelé. Si bien que "quand il a été en mesure de présenter l'ensemble du dispositif, les réactions du marché ont été modérées", a jugé M. Prada.

Sur cette même question de la période utilisée par la Générale pour solder ses positions, Christian Noyer a précisé devant la commission avoir "accepté dimanche (20 janvier, NDLR) le principe d'un débouclage rapide des positions" de la Société générale. L'objectif était "la stabilité financière" et de "protéger les clients" de la banque, une fois identifiée la "fraude" massive qu'elle avait subie, a-t-il indiqué. "C'est la raison pour laquelle j'ai accepté dimanche après-midi ce qui a été décidé par la Société générale, c'est à dire le débouclage rapide et secret de cette opération".

Au chapitre des enseignements à tirer de la crise, le gouverneur de la Banque de France a annoncé qu'il allait faire effectuer "une révision générale dans l'ensemble du système bancaire sur les limites fixées aux traders". Déterminer comment le trader a constitué une position aussi importante est en effet au coeur de l'enquête de la Commission bancaire, a-t-il souligné.

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