La population urbaine africaine devrait augmenter de près de 700 millions de personnes d’ici 2050. Le continent comptera alors plus de 1,4 milliard d’habitants en ville.
Avec la pression démographique dans leurs capitales, plusieurs pays africains changent d’échelle dans les transports urbains. Métros, busway, bus électriques et interconnexion des réseaux s’imposent progressivement comme des outils de compétitivité économique, autant que de transition écologique.
Le Rwanda a amorcé la semaine dernière une nouvelle étape de la modernisation des transports dans sa capitale Kigali, avec l’approbation en Conseil des ministres d’un projet de loi ratifiant un financement de 100 millions USD (environ 87,3 millions d'euros) pour la mobilité urbaine. Cette décision confirme une tendance de fond dans plusieurs grandes villes d’Afrique subsaharienne, où les gouvernements cherchent à investir dans de véritables systèmes de transport de masse pour accompagner la croissance de la population urbaine.
Selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié en mars 2025, la population urbaine africaine devrait en effet augmenter de près de 700 millions de personnes d’ici 2050. Le continent comptera alors plus de 1,4 milliard d’habitants en ville. Chaque année, des dizaines de millions de nouveaux citadins viennent grossir les rangs des métropoles.
Cette croissance est particulièrement visible à Abidjan ou Dakar, qui concentrent une part croissante des emplois, des services et des investissements de leurs pays respectifs. La mobilité quotidienne y reste toutefois dépendante de réseaux routiers saturés et de transports informels qui entrainent des trajets longs ou coûteux.
Abidjan et Dakar changent d’échelle
Pour faire face à ces défis, plusieurs pays africains organisent une restructuration profonde des modes de déplacement dans leurs grandes villes. Dans le Grand Abidjan, la transformation repose sur deux infrastructures majeures. La ligne 1 du métro, longue d’environ 37 kilomètres, doit transporter plus de 500 000 passagers par jour lors de sa mise en service prévue en 2029. Elle s’ajoute au projet de BRT entre deux communes de la capitale économique ivoirienne, Yopougon et Bingerville. Ce corridor d’environ 20 km doit offrir une alternative plus efficace aux déplacements est-ouest dans l’agglomération.
Avec ces chantiers, le gouvernement ivoirien entend réduire la dépendance à la voiture, aux taxis communaux et aux minibus informels pour construire une véritable colonne vertébrale de transport collectif. Dans une ville qui pourrait dépasser les 12 millions d’habitants à l’horizon 2050, l’enjeu dépasse largement la question de la circulation. Il s’agit d’éviter que la croissance urbaine ne se traduise par une dégradation continue des temps de trajet et de la productivité économique. D’après la Banque mondiale, cette congestion des grands axes urbains coûterait déjà à la Côte d’Ivoire jusqu’à 4 à 5 % de son revenu national.
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Dakar suit une trajectoire comparable, avec une avance notable dans l’intégration des différents modes de transport. La capitale sénégalaise dispose déjà du Train express régional et du BRT électrique reliant Guédiawaye à Petersen. Ce dernier, long de 18,3 kilomètres, est conçu pour transporter jusqu’à 300 000 voyageurs par jour tout en réduisant fortement les temps de parcours. Une nouvelle enveloppe de 100 millions USD approuvée en 2025 par la Banque mondiale doit désormais permettre de mieux connecter le BRT et le TER à des réseaux de bus restructurés.
Le Plan de mobilité urbaine durable de Dakar prévoit aussi de nouvelles lignes de transport en commun circulant sur des voies réservées aux bus ou aux transports collectifs, des pôles multimodaux ainsi que des aménagements dédiés à la marche et au vélo.
Kigali prend de l’avance
Kigali ne connait pas encore les difficultés de mobilité observées à Abidjan ou Dakar. La capitale rwandaise reste moins étendue et moins saturée, avec 1,7 million d’habitants aujourd’hui. Ce chiffre pourrait néanmoins atteindre 3,8 millions d’ici 2050, et le gouvernement cherche donc à structurer le système de transport avant que l’étalement urbain et les difficultés d’accès à l’emploi ne deviennent des freins majeurs. La problématique est d’autant plus importante que la Banque mondiale estime qu’un tiers seulement des emplois de la capitale sont accessibles en moins d'une heure par les transports publics.
Le financement approuvé le lundi 8 juin par le gouvernement a été négocié auprès de l’Association internationale de développement en faveur du Projet d’amélioration de la mobilité urbaine (RUMI). Cofinancé par la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Union européenne, il prévoit l’aménagement du pôle multimodal de Nyabugogo, la création de voies réservées aux bus, l’élargissement des trottoirs et des pistes cyclables ainsi que le déploiement de bus électriques. Kigali ne cherche pas encore à construire un métro ou un réseau BRT, mais veut structurer une mobilité plus propre et mieux connectée aux bassins d’emploi.
Au-delà de ces trois cas, la dynamique se développe aussi ailleurs sur le continent. À Dar es Salaam, la première phase du BRT a fait de la ville tanzanienne une référence régionale avec un corridor de 21 kilomètres transportant environ 170 000 passagers par jour. À Nairobi au Kenya, les autorités préparent un réseau BRT autour de cinq corridors avec l’appui de partenaires internationaux, dont la BEI et l’Agence française de développement.
Ces expériences traduisent une même évolution. Les grandes villes africaines ne peuvent plus compter uniquement sur l’élargissement des routes pour absorber leur croissance démographique. Le défi consiste à financer durablement les réseaux, intégrer les opérateurs existants, assurer la maintenance des équipements et maintenir des tarifs abordables.