Les stablecoins sont des actifs numériques conçus pour conserver une valeur stable, le plus souvent en étant adossés au dollar. En Afrique, leur utilisation progresse notamment dans les transferts transfrontaliers, où ils sont présentés comme une alternative plus rapide et parfois moins coûteuse aux circuits de paiement traditionnels.
Flutterwave a annoncé le mardi 16 juin l’entrée de Ripple à son capital dans le cadre d’une levée de fonds de série E qui valorise la fintech nigériane à 3,2 milliards USD (environ 2,759 milliards d’euros). Elle n’a toutefois précisé ni le montant investi, ni la taille de la participation de l’entreprise américaine spécialisée dans les paiements numériques fondés sur la blockchain.
Une alliance dans les paiements numériques
Selon les informations disponibles, le partenariat prévoit l’intégration du stablecoin RLUSD de Ripple, du réseau Ripple Payments et du XRP Ledger dans l’infrastructure de Flutterwave. Le RLUSD est un jeton numérique adossé au dollar américain, tandis que le XRP Ledger est une technologie de registre numérique qui permet d’enregistrer et de régler des transactions sur une blockchain.
Concrètement, les deux entreprises veulent utiliser ces outils pour faciliter les paiements transfrontaliers, les règlements entre entreprises et les transferts via Send App, le service de Flutterwave destiné aux envois d’argent. L’objectif annoncé est d’améliorer la rapidité des transactions, la liquidité disponible et la prévisibilité des coûts.
« En accélérant les paiements et en permettant des paiements transfrontaliers moins coûteux, nous mettons en place une infrastructure de paiement à grande échelle qui relie directement le commerce africain à l'économie mondiale », a commenté Olugbenga Agboola, cofondateur et PDG de Flutterwave.
Un canal de transfert important
La prise de participation de Ripple intervient alors que l’usage des stablecoins progresse sur le continent. Au Nigeria, par exemple, le Fonds monétaire international indique que les ménages et les petites entreprises nigérianes utilisent de plus en plus ces jetons numériques pour envoyer ou recevoir de l’argent à l’international.
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D’après le FMI, relayé cette semaine par Reuters, le Nigeria a reçu environ 59 milliards USD (environ 50,9 milliards d'euros) de flux crypto entre juillet 2023 et juin 2024. Le pays représenterait aussi près de 60% des entrées de stablecoins en Afrique subsaharienne.
Les stablecoins intéressent les utilisateurs pour deux raisons principales. D’abord, ils permettent des transferts quasi instantanés via des téléphones mobiles et des portefeuilles numériques. Ensuite, parce qu’ils sont souvent liés au dollar, ils peuvent servir de réserve de valeur dans un pays où la monnaie locale connait une forte volatilité.
Le FMI rappelle aussi que les transferts d’argent vers l’Afrique subsaharienne restent coûteux. Selon les données de la Banque mondiale citées par l’institution, envoyer 200 dollars vers la région coûte en moyenne environ 9% du montant transféré, contre 6 % au niveau mondial.
Une opportunité qui soulève aussi des questions
Pour Flutterwave, qui opère dans une trentaine de pays africains, l’enjeu est de renforcer sa position dans les paiements internationaux, un marché stratégique pour les entreprises africaines, les commerçants en ligne, les diasporas et les PME qui travaillent avec des partenaires étrangers.
De son côté, Ripple qui fournit des solutions liées aux cryptomonnaies à des entreprises dans plus de 90 pays, renforce progressivement sa présence sur le continent. Avant cet investissement dans Flutterwave, la société avait déjà conclu des partenariats avec la banque sud-africaine Absa et le prestataire de paiement Chipper Cash. Avec cette nouvelle opération, elle pourra appuyer le développement de son stablecoin RLUSD, lancé fin 2024 pour concurrencer des acteurs déjà bien installés comme USDT de Tether ou USDC de Circle.
L’impact réel du partenariat pour chacune des entreprises dépendra de plusieurs facteurs, parmi lesquels l’évolution de la réglementation, le niveau d’adoption de ces solutions sur le continent, les coûts effectivement observés par les utilisateurs et leur intégration aux systèmes financiers existants.