L'Egypte veut créer un réseau ferroviaire reliant les ports maritime et secs aux zones industrielles et aux nouvelles villes développées ces dernières années.
L’Égypte accélère la modernisation de son rail, pour connecter ports, ports secs, villes nouvelles et zones industrielles. Derrière les derniers contrats du français Alstom se dessine une stratégie plus large, aussi portée par l'allemand Siemens, des groupes locaux et plusieurs bailleurs de fonds.
Alstom a annoncé la signature de quatre contrats avec Egyptian National Railways (ENR), dans le cadre d’une nouvelle phase de modernisation du rail égyptien. L’obtention de ces contrats par un consortium comprenant aussi les entreprises égyptiennes Rowad Modern Engineering et Concrete Plus, illustre la multiplicité des acteurs locaux et internationaux impliqués dans la transformation ferroviaire du pays, au service de l'interconnexion entre infrastructures économiques et utilitaires importantes.
D’un montant global d’environ 690 millions d’euros, les contrats concernent notamment le corridor 6 octobre – Alexandrie, et la ligne Belbes – 10e Ramadan (B10). Ils prévoient des travaux de signalisation, de modernisation des infrastructures et d’amélioration des capacités opérationnelles du réseau. La part de l’équipementier ferroviaire français dans ce deal s’élève à environ 300 millions d’euros.
Acteurs locaux et internationaux
Ces nouveaux contrats s’inscrivent dans une stratégie plus vaste de transformation du système ferroviaire égyptien. Pour les autorités, l’objectif ne consiste pas seulement à moderniser des lignes existantes, mais à créer un réseau capable de relier efficacement les grands ports maritimes, les ports secs et plateformes logistiques intérieures, les zones industrielles et les nouvelles villes développées ces dernières années.
Cette ambition mobilise une diversité d’acteurs dont les rôles sont complémentaires.
Alstom occupe une place centrale en tant qu’intégrateur technologique. Le groupe français est chargé de fournir et de déployer des systèmes de signalisation, de télécommunications, d’alimentation électrique et de contrôle du trafic destinés à améliorer la sécurité, la fluidité et les capacités du réseau. Son implication en Égypte ne date pas d'hier.
Depuis quelques années, l’entreprise participe en effet à divers programmes de modernisation ferroviaire aux côtés d’ENR, notamment sur des corridors stratégiques pour le transport de marchandises. Celui reliant Alexandrie au port sec de 6 Octobre doit en l’occurrence faciliter les échanges entre le principal port du pays et les zones logistiques situées à l’intérieur des terres. Quant à la ligne Belbes – 10e Ramadan, elle dessert l’une des principales zones industrielles du pays, appelée à jouer un rôle croissant dans les exportations manufacturières.
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Siemens Mobility joue un rôle différent dans la stratégie ferroviaire. Le groupe allemand est au cœur du projet de réseau ferroviaire rapide électrifié, aux côtés des égyptiens Orascom Construction et Arab Contractors. Le contrat qu'il a obtenu représente environ 8,1 milliards d’euros, pour un réseau qui doit atteindre près de 2 000 kilomètres de lignes à grande vitesse, permettant de relier 60 villes.
À l'épreuve de l'exécution
Les bailleurs de fonds internationaux acompagnent ce dispositif avec plusieurs accords de financement. La Banque mondiale soutient ainsi le projet Cairo - Alexandria Trade Logistics Development Program à travers un financement de 400 millions USD (environ 349,2 millions d'euros). Ce prêt annoncé en 2022 vise à améliorer les flux de fret entre le port d’Alexandrie, le Grand Caire et le port sec de 6 Octobre, en finançant des infrastructures ferroviaires et des équipements logistiques, entre autres.
La Banque africaine de développement (BAD) intervient aussi dans le programme de modernisation ferroviaire égyptien, avec un prêt d’environ 145 millions d’euros approuvé en 2022. Ces différents acteurs convergent vers un même but : faire du rail la colonne vertébrale reliant Alexandrie, le Grand Caire, les ports secs, les zones industrielles et les villes nouvelles. À court terme, la modernisation du corridor 6 octobre – Alexandrie et de la ligne B10 doit aussi abaisser les coûts logistiques supportés par les exportateurs.
Reste la question du calendrier. Les éléments disponibles ne fixent pas de date de mise en service, ni pour ces deux lignes, ni pour le réseau à grande vitesse de près de 2 000 kilomètres confié à Siemens.