Selon le rapport African Trade Heatmaps 2026 d'Afreximbank, l'Afrique est devenue, en 2025, son propre troisième partenaire commercial, derrière l'Asie et l'Union européenne. Le constat nuance l'idée reçue d'un continent où les pays échangeraient peu entre eux. Mais il reste beaucoup à faire.
Selon le rapport African Trade Heatmaps 2026 publié mi-juin par Afreximbank, la banque africaine de financement de l'import-export basée au Caire, l'Afrique a été, en 2025, son troisième partenaire commercial. Elle se situe derrière l'Asie et l'Union européenne, mais devant l'Amérique, le Moyen-Orient et le Golfe. Ce positionnement atténue l'image, souvent répétée, d'une Afrique qui ne commercerait pas suffisamment avec elle-même. De plus, les données fournies ne tiennent compte que des flux enregistrés par les statistiques officielles. Or, une part importante du commerce entre pays voisins emprunte des corridors historiques à l'intérieur des frontières régionales, sans être déclarée. L'Union africaine estime que ces échanges non enregistrés peuvent représenter jusqu'à 60% du commerce intra-africain. La réalité des échanges sur le continent est donc supérieure à ce que révèlent les chiffres.
Derrière ce résultat se trouvent des champions de l'intégration commerciale. En valeur, l'Afrique du Sud échange le plus avec le reste du continent.
Rapporté à leur commerce total, ce sont surtout de petites économies comme le Lesotho, l'Eswatini, le Botswana, mais aussi le Mali, la Namibie ou Djibouti, qui réalisent l'essentiel de leurs échanges en Afrique, le plus souvent avec un voisin immédiat. À l'échelle des régions, l'Afrique australe et l'Afrique de l'Ouest sont les plus intégrées : la majeure partie de leur commerce africain demeure au sein de leur propre zone. L’Afrique centrale avec seulement 11,3% de part d’échange internes, est celle ou existe la plus importante marge de progression vers une intégration commerciale .
Une dynamique réelle, mais des volumes encore modestes
Si on peut saluer cette dynamique, il est tout aussi constructif de réaliser le chemin qu'il reste à parcourir. Le commerce extérieur total du continent est estimé à près de 1 470 milliards de dollars en 2025, et les échanges entre pays africains n'en représentent encore qu'une fraction. Pour peser réellement sur ces volumes, l'Afrique devra capter une partie de la demande aujourd'hui satisfaite par l'Asie et l'Europe.
L'obstacle est d'abord structurel. L'architecture du commerce extérieur africain reste dominée par les exportations de ressources naturelles et, pour une minorité de pays, de produits manufacturés. Ces flux sont le plus souvent tournés vers un marché unique : la Chine est le premier partenaire du continent pris isolément, et plusieurs pays dépendent d'un seul grand client pour l'essentiel de leurs ventes. Cette concentration expose les économies exportatrices à un simple retournement de la demande ou des prix chez ce client.
L'industrie et les infrastructures, deux conditions du changement
La demande intérieure existe. C'est l'appareil productif qui devrait y répondre. La Banque africaine de développement (BAD), le constate dans son Indice africain de l'industrialisation 2025, publié en collaboration avec l'Union africaine et l'ONUDI. Les 230 zones économiques spéciales réparties dans 43 pays, censées produire localement, fonctionnent en deçà de leur potentiel : selon une enquête de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), à peine 15% tournent à pleine capacité. Faute de production locale suffisante, le continent importe : ses achats de produits manufacturés et de biens de moyenne et haute technologie ont dépassé 500 milliards de dollars en 2023, soit environ la moitié de ses importations.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre des perspectives. En abaissant les droits de douane entre les pays africains, elle peut favoriser l'émergence de chaînes de valeur régionales et réduire la dépendance aux marchés extérieurs. Mais elle avance lentement : la plupart des pays ont ratifié l'accord, les négociations butent encore sur des secteurs comme l'automobile et le textile, et la mise en œuvre reste inégale d'un pays à l'autre. Surtout, les infrastructures qui doivent relier le continent demeurent fragiles et coûteuses. C'est pourtant à cette condition, davantage qu'au seul abaissement des tarifs, que l'Afrique pourra davantage commercer avec elle-même autant qu'elle le fait aujourd'hui avec le reste du monde.