La Banque mondiale a approuvé un financement de près de 260 millions d'euros destiné à moderniser le système éducatif du Ghana, qui connait une demande croissante dans l'enseignement secondaire. Au-delà de la construction d’infrastructures, l’enjeu est de mieux préparer les jeunes aux exigences d’un marché du travail en mutation.
Le gouvernement ghanéen poursuit sa stratégie de développement du capital humain. La Banque mondiale a annoncé, le mardi 16 juin, l’approbation d’un financement concessionnel de 300 millions USD soit environ 261,6 millions d'euros, en faveur du projet « Secondary Education Transformation for Access, Relevance and Results for Jobs » (STARR-J), destiné à renforcer l’accès à l’enseignement secondaire et à améliorer l’adéquation entre les compétences acquises à l’école et les besoins du marché de l’emploi.
Mis en œuvre par le ministère de l’Éducation, ce programme intervient dans un contexte où le système éducatif ghanéen est confronté à une pression sans précédent. Au cours des deux dernières décennies, le pays a considérablement élargi l’accès à l’enseignement secondaire, notamment grâce à la politique de gratuité du lycée et de la formation technique et professionnelle introduite en 2017. Cette réforme a permis à des centaines de milliers de jeunes supplémentaires d’accéder à l’éducation, mais elle a également révélé les limites structurelles du système.
Une massification qui met les infrastructures sous tension
L’augmentation rapide des effectifs a dépassé les capacités d’accueil des établissements scolaires et les ressources humaines disponibles. Pour absorber cette demande croissante, les autorités ont eu recours à un système dit « double flux » (double-track system), dans lequel les élèves alternent des périodes de cours et de longues pauses afin de partager les infrastructures existantes.
Si cette solution a permis d’éviter une saturation immédiate des établissements, elle a aussi soulevé des inquiétudes quant à la continuité pédagogique et à la qualité des apprentissages. Selon les estimations citées par la Banque mondiale, les établissements publics du secondaire pourraient faire face à un déficit de plus de 850 000 places effectives d’ici 2040 si les investissements nécessaires ne sont pas réalisés.
Le projet STARR-J prévoit ainsi des investissements ciblés dans la réhabilitation, l’extension et la construction de nouvelles infrastructures scolaires afin d’augmenter les capacités d’accueil sur l’ensemble du territoire. Une attention particulière sera portée aux zones rurales et périurbaines, où les besoins restent les plus importants.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Selon la Banque mondiale, près de 2,2 millions d’élèves, y compris des jeunes en situation de handicap, devraient bénéficier directement ou indirectement de ces investissements à travers environ 1 000 établissements publics.
Réduire le décalage entre école et emploi
Au-delà de la question des infrastructures, le projet s’attaque à un défi devenu central pour de nombreuses économies africaines : l’inadéquation entre les compétences acquises dans le système éducatif et les besoins du tissu productif.
Malgré les progrès enregistrés en matière de scolarisation, de nombreux diplômés du secondaire peinent encore à trouver un emploi stable. Les employeurs soulignent régulièrement les insuffisances en matière de compétences numériques, techniques et transversales, pourtant devenues essentielles dans un environnement économique marqué par la digitalisation et la transformation des métiers.
Le programme financé par la Banque mondiale prévoit ainsi un renforcement de l’enseignement des matières fondamentales, le développement des compétences numériques ainsi qu’une modernisation des filières techniques et professionnelles. L’objectif est de rapprocher davantage l’offre de formation des besoins réels des entreprises et des secteurs porteurs de l’économie ghanéenne.
« Ce projet contribuera à lever certaines des contraintes les plus urgentes de l’enseignement secondaire en élargissant les espaces d’apprentissage, en améliorant la qualité de l’enseignement et en renforçant l’alignement entre l’éducation, les compétences et les emplois », a déclaré Robert Taliercio, directeur de division de la Banque mondiale pour le Ghana, le Liberia et la Sierra Leone.
Le pari du capital humain
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement du capital humain, un levier considéré comme essentiel pour soutenir la croissance économique du Ghana dans les prochaines décennies.
Avec une population jeune en forte progression, le pays devra créer plusieurs millions d’emplois supplémentaires au cours des prochaines années pour absorber l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché du travail. Dans ce contexte, la qualité de l’éducation secondaire apparaît comme un maillon déterminant entre l’enseignement de base, l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle.
Pour le ministre de l’Éducation, Haruna Iddrisu, le projet constitue « un investissement majeur dans la jeunesse croissante du Ghana » et une contribution stratégique au développement du capital humain ainsi qu’à la compétitivité internationale du pays.
Au-delà du cas ghanéen, cette opération illustre un défi partagé par de nombreux pays africains. Alors que le continent devrait accueillir la plus importante croissance de sa population active au cours des prochaines décennies, la question n’est plus seulement de scolariser davantage de jeunes, mais de leur fournir les compétences nécessaires pour évoluer dans une économie de plus en plus technologique, connectée et concurrentielle.
Pour le Ghana, l’enjeu est désormais de transformer les gains enregistrés en matière d’accès à l’éducation en gains de productivité, d’innovation et d’emploi. Une équation qui déterminera en grande partie sa capacité à tirer profit de son dividende démographique plutôt qu’à en subir les contraintes.