Agriculture : l’Afrique double son vivier de chercheurs en 20 ans, sans rattraper son retard d’investissement

Espoir Olodo, Agence Ecofin

L’Afrique a investi 3,3 milliards d’euros dans la recherche agricole en 2023.
Photo DR

Espoir Olodo, Agence Ecofin

L’Afrique a investi 3,3 milliards d’euros dans la recherche agricole en 2023.
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Le continent africain a consacré 3,83 milliards $ (3,3 milliards d'euros) à la recherche et développement (R&D) dans l’agriculture en 2023. C’est ce qu’indique le rapport « Agricultural science and technology indicators 2004–2023 : Global and regional trends », publié par l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) vers la fin avril.
Si ce niveau est en hausse de plus de 30 % par rapport au montant enregistré en 2004 (2,5 milliards d'euros), il ne représente que 8% des dépenses mondiales estimées à 43,5 milliards d'euros contre 48% pour l’Asie, 22% pour les Amériques et 20% pour l’Europe.
Dans ce tableau d’ensemble, les différences restent marquées. L’Afrique du Nord arrive en tête sur le continent avec 1 milliard d'euros dépensés en 2023, soit près du tiers du total, devant l’Afrique de l’Est (910 millions d'euros). Ces deux régions en tête ont affiché la même croissance annuelle sur les deux dernières décennies (2,2 %).
L’Afrique de l’Ouest, troisième pôle régional, est la seule sous-région qui a vu ses investissements publics dans la R&D reculer, passant de 920 millions d'euros à 890 millions d'euros sur la période. En revanche, l’Afrique australe ne comptabilise que 333 millions d'euros et l’Afrique centrale arrive dernière avec 93 millions d'euros.
D’après l’organisme onusien, le constat du sous-financement de la R&D agricole en Afrique tranche avec une tendance positive concernant les ressources humaines. En effet, l’Afrique a vu ses effectifs de chercheurs agricoles passer de 17 958 en 2004 à 41 022 en 2023.
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L’Afrique a plus que doublé son nombre de chercheurs agricoles en moins de vingt ans, affichant une croissance annuelle moyenne de 4,4%. Cette dynamique s’est traduite par un renforcement du poids du continent dans les effectifs mondiaux, sa part passant de 9% en 2004 à 13% en 2023. Si elle demeure derrière l’Asie, l’Europe et les Amériques en nombre de chercheurs, la région a néanmoins consolidé sa place dans le paysage mondial de la recherche agricole.
Les disparités régionales restent toutefois importantes. En 2023, l’Afrique du Nord concentrait à elle seule 17 344 chercheurs, loin devant l’Afrique de l’Est (11 587) et l’Afrique de l’Ouest (9 334). À l’autre extrémité du classement, l’Afrique centrale n’en comptait que 1 911, tandis que l’Afrique australe en recensait 846. À l’échelle mondiale, les systèmes publics de R&D agricole emploient désormais 316 358 chercheurs à temps plein, contre 204 744 en 2004, selon la FAO.
Au-delà des statistiques, le sujet touche à la souveraineté alimentaire du continent. En effet, rappelle la FAO, la R&D agricole génère des retombées économiques majeures. Elle permet de réduire les prix alimentaires, améliorer la productivité et rendre les systèmes agricoles plus innovants. Elle aide aussi à mettre au point des cultures mieux adaptées aux sécheresses, aux maladies et à la variabilité des saisons.
Dans les pays où les dépenses sont plus élevées, les systèmes de recherche disposent généralement de centres de recherche mieux dotés, d’un meilleur encadrement scientifique et d’une capacité plus forte à produire des innovations transférables aux exploitations. À l’inverse, les sous-régions moins financées peinent à développer des variétés améliorées, des solutions de gestion de l’eau ou des réponses adaptées aux stress climatiques.
Alors que les systèmes alimentaires africains sont confrontés à des défis croissants, notamment le changement climatique et la dégradation des sols, les analystes soulignent que l’enjeu de l'accroissement des investissements dans la R&D dépasse largement le cadre académique.
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