FSD Africa s'implique de plus en plus dans des domaines aux besoins techniques et financiers importants.
Photo DR
Alors que plusieurs pays réorganisent leurs budgets dédiés à l’aide, les institutions de développement doivent adapter leur fonctionnement pour maintenir leurs interventions sur les marchés africains. La réorientation engagée par FSD Africa illustre cette nouvelle phase où capital philanthropique, finance privée et objectifs climatiques se croisent.
FSD Africa, l’agence de développement des marchés financiers fondée par le Royaume-Uni, prévoit que la moitié de ses financements proviendra en 2026 de sources privées, contre environ 15% cette année, indique son directeur général Mark Napier lors d'un entretien accordé à cette semaine à Bloomberg. Longtemps financée presque exclusivement par le Foreign Commonwealth & Development Office (FCDO), l’agence a commencé depuis deux ans à diversifier ses bailleurs de fonds face à l’évolution de ses activités, mais aussi à la contraction des budgets d’aide de plusieurs pays occidentaux.
Dans le détail, l’organisation basée à Nairobi au Kenya a déjà obtenu des engagements de la Bill & Melinda Gates Foundation, la Quadrature Climate Foundation, Norfund ou encore de la Children’s Investment Fund Foundation (CIFF), entre autres. Elle prévoit également de renforcer les marchés de capitaux en incitant les banques multilatérales de développement à céder des prêts arrivés à maturité, qui pourraient ensuite être titrisés et vendus à des investisseurs africains, notamment des fonds de pension.
Un portefeuille d’activités en expansion
Cette sortie survient dans un contexte où FSD Africa multiplie les initiatives dans des domaines où les besoins techniques et financiers sont importants. Plusieurs annonces publiées ces derniers mois illustrent cette montée en régime. En novembre dernier, l'agence a ainsi lancé un fonds d’investissement Insurtech de 25 à 30 millions USD (environ 21,5 à 25,9 millions €), destiné à soutenir des start-up actives dans la micro-assurance, la résilience climatique, la santé et l’assurance inclusive. Le fonds s’appuie sur le programme BimaLab, déjà déployé dans 28 pays où il accompagne le développement de technologies d’assurance destinées aux populations à faibles revenus.
Avant cela, FSD Africa engageait en septembre dernier 10 millions de livres soit environ 11,4 millions d'euros dans un fonds géré par ARM-Harith, pour aider à l’investissement des fonds de pension du Nigeria dans les infrastructures vertes. L’opération introduit un mécanisme conçu pour permettre des distributions anticipées aux investisseurs institutionnels, et réduire leur exposition au risque de change grâce à une contribution majoritairement en monnaie locale.
Plus tôt encore, en juillet, FSD Africa a annoncé son premier investissement direct dans une « solution fondée sur la nature », via un engagement d'environ 2,15 millions d'euros dans un projet de protection et de restauration de 94 000 hectares de mangroves en Sierra Leone. Selon l’organisation, l’objectif est de démontrer la faisabilité de mécanismes de financement adossés aux revenus carbone, et de réduire les risques pour attirer ultérieurement des capitaux privés.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
En 2024, l’agence a lancé le Carbon Accelerator Programme for the Environment (CAPE), destiné à combler le manque de financements dans les projets carbone à un stade précoce. Les premiers projets sélectionnés s’étendent sur plus d’un million d’hectares au Kenya, en Tanzanie, en Zambie et au Nigeria, avec des actions de restauration forestière, de réhabilitation de pâturages et de protection de mangroves.
La même année, elle a mis sur pied avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et la CIFF, un programme d’appui aux bureaux de gestion de la dette (DMO) à travers le continent. L’initiative vise à intégrer des considérations de durabilité dans les stratégies d’endettement souverain, à soutenir la structuration d’instruments de financement innovants et à renforcer les capacités institutionnelles des États, notamment dans un contexte de pressions accrues sur les finances publiques.
Une évolution de modèle face à un recul de l’aide occidentale
Si les activités de FSD Africa continuent donc de s’étendre, ce qui implique des besoins de financement accrus, la réorientation que vient d’annoncer son directeur général est évoquée dans un contexte où plusieurs pays occidentaux ont réduit leurs allocations d’aide publique au développement. Aux États-Unis, une initiative lancée par le président Donald Trump a conduit à la fermeture de l’agence USAID, qui constituait depuis plus de soixante ans l’un des principaux instruments de coopération bilatérale du pays.
Au Royaume-Uni, le gouvernement a annoncé en février 2025 que le budget de l’aide serait progressivement ramené de 0,5% à 0,3% du revenu national brut d’ici 2027. Les documents transmis au Parlement précisent que cette diminution doit contribuer à financer une hausse des dépenses de défense et de sécurité, programmées pour atteindre 2,6 % du PIB. Selon le journal Le Monde, des réductions d’ampleur variable ont également été engagées en France, en Suède, aux Pays-Bas et en Allemagne, dans le cadre d’ajustements budgétaires nationaux.
Dans ce contexte, FSD Africa devra mobiliser des ressources au sein d’une architecture de financement plus fragmentée. Sa capacité à attirer des investisseurs locaux et internationaux, et à structurer des projets compatibles avec les contraintes de marché, sera déterminante pour la poursuite de ses programmes.