La hausse des prix alimentaires deviendra le prochain moteur de l'inflation en Afrique si le conflit se prolonge au Moyen-Orient.
CFAO
L’augmentation rapide des prix des engrais, née de la fermeture du détroit d'Ormuz, se transformera en inflation alimentaire d'ici fin 2026, avertit S&P Global Ratings. Mais tous les pays africains ne seront pas frappés de la même manière : le Nigeria souffre déjà, la zone CFA respire encore.
S&P Global Ratings a averti que la hausse des prix alimentaires deviendrait le prochain moteur de l'inflation dans les économies émergentes, prolongeant le choc déclenché par la guerre au Moyen-Orient. L'Afrique figure en première ligne. Le mécanisme tient à un décalage. La fermeture du détroit d'Ormuz a comprimé l'offre d'engrais, dont les prix ont bondi ; cette flambée se répercutera sur les prix alimentaires avec plusieurs mois de retard, le temps que les récoltes touchées atteignent les marchés, a indiqué l'agence dans une note publiée le 10 juin. Dans la plupart des économies africaines notées, l'alimentation pèse plus de 40 % du panier de consommation et la majorité des pays importent leur nourriture.
L'enjeu dépasse la facture d'épicerie. Lors du choc de 2022-2023, l'alimentaire fut le premier contributeur à l'inflation dans la plupart des pays africains et frontaliers, selon S&P. Une réapparition pèserait sur le pouvoir d'achat des ménages les plus pauvres et raviverait un risque social déjà éprouvé en 2008 et en 2022.
Effet décalé
La différence avec le choc énergétique tient au calendrier. L'énergie a frappé vite et visiblement et les marchés l'ont en partie absorbée : les écarts de crédit émergents sont revenus à leurs niveaux d'avant-guerre. L'engrais azoté, lui, est un dérivé du gaz naturel et le Golfe en concentre l'offre exportable. La fermeture d'Ormuz a immobilisé près de 35% de l'urée transportée par mer, selon des analyses reprises par la Banque mondiale. Son indice des engrais a progressé de plus de 12% au premier trimestre et l'urée a dépassé 850 dollars la tonne en avril, en hausse de 80% depuis février.
Les gouvernements réagissent surtout sur le carburant, plus facile à piloter que l'alimentaire. Après avoir supprimé sa subvention, le Nigeria a laissé filer les prix à la pompe, en hausse de 22,55% en un mois début 2026, selon le bureau national des statistiques. L'Égypte a réduit de 79% son enveloppe de subvention aux carburants dans son budget 2026-2027, sous programme du Fonds monétaire international.
Les marges sont étroites : au Nigeria, les économies de la réforme ont été absorbées par le service de la dette, et les taux directeurs restent à 26,5% à Abuja et à 19% au Caire, alors que plusieurs monnaies se déprécient.
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Photographie qui varie
La photographie varie d'un pays à l'autre. Au Nigeria, l'inflation alimentaire est repassée à 16,06% en avril, au-dessus de l'inflation globale pour la première fois en huit mois, selon le bureau national des statistiques. Dans l'UEMOA, les prix ont au contraire reculé l'inflation est ressortie à -0,2% au premier trimestre, portée par de bonnes récoltes locales et un franc arrimé à l'euro, qui s'est apprécié de 12% face au dollar en 2025, selon la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest le 10 juin. Pour un importateur à monnaie faible, le prix mondial monte et la facture locale s'enflamme d'autant ; la zone CFA, elle, est amortie par sa parité.
Tout report n'est pas acquis. La hausse des engrais reste inférieure aux pics de 2021 et 2022, quand les prix avaient plus que doublé après l'invasion de l'Ukraine, selon la Banque mondiale. Les producteurs de l'hémisphère Nord avaient déjà sécurisé une partie de leurs approvisionnements et une part des flux du Golfe a été réacheminée par voie terrestre. Le risque reste orienté à la hausse si la perturbation d'Ormuz se prolonge au-delà du troisième trimestre, selon la même source.
Pour les investisseurs, le risque de crédit paraît sous-évalué. Le modèle de risque de S&P tournait autour de 85 dollars le baril quand le marché s'échangeait entre 105 et 107, un écart d'environ 25 % qui calibre les notes sur un monde plus clément que le réel.
La vague alimentaire pourrait forcer ce rattrapage, alors que le Fonds monétaire international a déjà ramené sa prévision de croissance pour 2026 en Afrique subsaharienne à 4,3%, contre 4,5% en 2025.
Les arbitrages favoriseront les émetteurs peu dépendants d'intrants importés et générateurs de cash en devises, au détriment des souverains importateurs nets de denrées à réserves minces. Les comités monétaires d'Abuja, du Caire et de Pretoria se réunissent d'ici fin juillet ; leurs décisions diront si la région garde la moindre marge d'assouplissement.