Le Rwanda cherche le chaînon manquant de son autosuffisance sucrière

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

L’objectif de Kigali est de porter la production locale à un niveau susceptible de couvrir jusqu’à 50 % de la demande nationale.
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Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

L’objectif de Kigali est de porter la production locale à un niveau susceptible de couvrir jusqu’à 50 % de la demande nationale.
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Le gouvernement rwandais discute avec plusieurs investisseurs pour développer de nouvelles capacités sucrières dans le pays. C’est ce qu’a indiqué Prudence Sebahizi, ministre du Commerce et de l’Industrie, lors d’une présentation de la Politique industrielle 2024-2034 devant la Chambre des députés. Parmi les entreprises citées figure le groupe kényan Rai, acteur industriel déjà présent dans le sucre en Afrique de l’Est. « Nous travaillons avec différentes entreprises pour nous assurer d’avoir deux ou trois producteurs. L’une d’elles est une entreprise kényane, Rai », a déclaré Prudence Sebahizi.
Selon le ministre, l’un des investisseurs pourrait signer un accord avec le gouvernement et obtenir l’accès à des terres dans le district de Nyagatare, dans l’est du pays, pour une culture de canne à sucre à grande échelle et la transformation industrielle. La société concernée aurait demandé environ 11 000 hectares.
L’objectif affiché par le Kigali est de porter la production locale à un niveau susceptible de couvrir jusqu’à 50 % de la demande nationale. Au-delà du sucre destiné aux ménages, l’exécutif met en avant d’autres retombées possibles, notamment la création d’emplois, la transformation de sous-produits et la production d’éthanol ou d’énergie à partir des déchets d’usine.
Avant cette sortie du ministre, les autorités rwandaises avaient déjà fait savoir en mars 2025 qu’elles envisageaient d’allouer 8 000 hectares de terres agricoles à la culture de la canne à sucre. Cette annonce s’inscrivait dans une stratégie visant à attirer environ 50 millions USD (environ 43,35 millions d'euros) d’investissements privés dans l’industrie sucrière.
À l’époque, Prudence Sebahizi avait déjà posé le problème en termes de capacité foncière et industrielle. Le Rwanda, pays de petite superficie et à forte densité de population, dispose de marges limitées pour développer une agriculture de grande échelle. Or la canne à sucre fait partie des cultures qui exigent des surfaces importantes pour approvisionner une usine de manière régulière.
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Les efforts accrus du pays dans ce secteur s’expliquent par la forte dépendance aux importations, malgré l’existence d’un producteur national. Kabuye Sugar, seule grande sucrerie en activité au Rwanda, ne couvre plus qu’environ 10% des besoins du marché, contre près de 45% par le passé, selon les données citées par le ministre.
Le Rwanda a pourtant enregistré un recul marqué de ses importations de sucre en 2025. Selon les données du ministère du Commerce et de l’Industrie, les volumes importés sont passés de 308 000 tonnes en 2024 à 195 610 tonnes en 2025, soit une baisse de 36,5%. En valeur, la facture a également diminué, passant d’environ 238 millions de dollars à près de 145 millions USD (environ 125,7 millions d'euros).
Si cette baisse peut être lue comme un signal positif, elle ne suffit cependant pas à invalider le diagnostic d’une dépendance structurelle. D’abord parce que les volumes importés restent élevés. Ensuite parce que le recul observé en 2025 s’explique par plusieurs facteurs, et pas uniquement par une transformation durable de l’appareil productif national.
Prudence Sebahizi a par exemple évoqué une baisse de la consommation locale de sucre raffiné, une amélioration de la production nationale et une diminution des réexportations de sucre brut destiné à être transformé dans la région. Dans ce contexte, les nouveaux plans exposés par le ministre soulèvent plusieurs questions. La première concerne le foncier.
Le gouvernement devra concilier les besoins d’un projet agro-industriel de grande taille avec les usages existants des terres, les contraintes environnementales et les attentes des populations locales. Même si les autorités assurent que les terres identifiées ne gêneront pas d’autres projets, l’allocation de milliers d’hectares à une culture industrielle reste un sujet sensible dans un pays où la terre est rare.
L’autre inconnue porte sur l’exécution industrielle. Attirer des investisseurs, même expérimentés, ne garantit pas à lui seul la réussite du projet. Il faudra sécuriser les financements, construire l’usine, organiser la production de canne, former la main-d’œuvre, mettre en place les infrastructures nécessaires et assurer l’écoulement de la production. Pour Kigali, le test sera donc de bâtir, autour d’eux, une filière capable de produire régulièrement, à coût compétitif et à grande échelle.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin
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