Avec les normes de l’UE sur la déforestation, le Ghana veut une prime pour son cacao durable
Espoir Olodo, Agence Ecofin

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Alors que le Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (RDUE) doit entrer en vigueur d’ici fin 2025, les autorités du Ghana ont invité les entreprises européennes à prendre leurs responsabilités et à sortir… le chéquier. Selon des propos relayés par Bloomberg le 22 octobre, Barnett Quaicoo, le directeur général adjoint de la Cocoa Marketing Company, filiale d’exportation du régulateur de la filière cacao ghanéenne (Cocobod), a affirmé que le pays cherche à obtenir 200 $ (172 euros) par tonne de fèves.
Ledit règlement veut interdire l’arrivée sur le sol européen de produits de base comme le cacao, le café, le soja, l’huile de palme, le bois et la viande, s'ils proviennent de terres déboisées. Si le responsable ne remet pas en cause le bien-fondé de cette mesure, il souligne que son respect entrainera des coûts supplémentaires en termes de traçabilité et de suivi au niveau de filière. « Le Ghana a investi dans des équipements et un réseau de communication permettant de scanner les fèves de cacao dès les plantations et de téléverser les données sur une plateforme électronique » explique-t-il, ajoutant que son pays est prêt à répondre aux exigences du RDUE.
Cette revendication est dans la même veine que les précédentes demandes formulées par la direction du Cocobod. Avec la triple injonction de lutter contre la déforestation, bannir le travail infantile et assurer des revenus décents aux agriculteurs, Joseph Boahen Aidoo, le directeur exécutif de l’organisme, avait déjà appelé à une meilleure reconnaissance des efforts du Ghana. « Nous voulons produire du cacao responsable et durable. Cela engendre une certaine qualité et un coût que le consommateur devra être préparé à payer » avait-il indiqué en 2023.
La prime pour conformité au RDUE voulue par le Ghana vient s’ajouter à d’autres éléments de coûts pour les acheteurs du cacao ghanéen. Jusqu’ici, le prix payé par les importateurs comprenait le cours du marché international fixé à Londres, le différentiel d’origine qui est une prime associée à la qualité du produit, et le différentiel de revenu décent de 400 $ (344 €) par tonne instauré depuis 2020/2021 pour améliorer la condition des producteurs.
Si le plaidoyer de Barnett Quaicoo n’a pas encore suscité de réaction dans le rang des entreprises, il veut croître que les acheteurs choisiront de payer ce montant au lieu de risquer des amendes imposées par la loi. Le règlement qui oblige les entreprises à collecter les coordonnées géographiques des territoires où ils s’approvisionnent afin de garantir la traçabilité de leurs achats prévoit en effet des sanctions pour les acteurs contrevenant à ces dispositions, comme des amendes pouvant représenter jusqu’à 4% du chiffre d’affaires réalisé dans un pays de l’UE.
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Plus globalement, la nouvelle revendication du Cocobod survient dans un contexte de marché sensible pour le cacao. Si les prix mondiaux ont quasiment été divisés par deux par rapport à leur niveau record de plus de 12 000 USD la tonne à fin 2024, la demande reste au ralenti pour le principal ingrédient du chocolat. Par ailleurs, les prévisions dans l’industrie tablent sur un surplus d’ici la fin de la saison, avec la reprise de la production en Afrique de l’Ouest et en Amérique latine.
D’un autre côté, des incertitudes continuent de planer quant aux répercussions du RDUE sur les entreprises. Ces dernières bénéficieront d’après la Commission européenne, de 6 mois avant la mise en place complète des contrôles et de l'application des sanctions. Pour rappel, l’UE est la principale destination du cacao ghanéen, absorbant plus de 60 % des expéditions annuelles.
Espoir Olodo, Agence Ecofin
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