Pétrole : avec le raffinage de son propre brut, le Ghana relance un pari déjà ancien

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

À Tema, la modernisation des installations industrielles reste au cœur du défi énergétique du Ghana.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

À Tema, la modernisation des installations industrielles reste au cœur du défi énergétique du Ghana.
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Le Ghana s’apprête à raffiner son propre pétrole brut. Le président John Dramani Mahama a annoncé qu’une cargaison de brut ghanéen, issue des champs offshores du pays, sera livrée à la raffinerie de Tema (TOR) en juin 2026 pour y être traitée. Le geste se veut historique, mais il répète une expérience déjà menée sans lendemain sous le premier mandat du dirigeant.
L’annonce a été faite le 31 mai, dernier lors d’une rencontre avec la diaspora ghanéenne à Londres. « Nous sommes sur le point de faire l’histoire à nouveau. Nous l’avons fait lors de mon premier mandat, mais après notre départ du pouvoir, cela n’a pas continué », a déclaré le chef de l’État. John Dramani Mahama a dénoncé un système où le pays exporte son brut puis réimporte à prix élevé les produits finis. Le Ghana consacre chaque année plus de 8,5 milliards d’euros à l’achat de produits pétroliers.
Cette ambition exprimée par le chef de l’État ghanéen se heurte d’abord à la manière dont TOR a redémarré. En décembre 2025, la raffinerie a repris ses opérations après plusieurs années d’arrêt, mais sur du brut importé. Elle tourne aujourd’hui à environ 28 000 barils par jour, loin de sa capacité nominale historique de 45 000 barils, que l’intégration de l’unité F61 devrait permettre de rétablir.
Son fonctionnement repose sur le raffinage à façon, dit « tolling ». Des compagnies tierces lui livrent du brut importé contre une redevance et récupèrent les produits raffinés, sans que la raffinerie maîtrise l’approvisionnement ni la distribution. C’est sous ce régime qu’elle a reçu un million de barils de brut nigérian Bonga. Raffiner du brut ghanéen relèverait d’une logique inverse, plus souveraine, mais aussi plus exigeante.
Le brut ghanéen pose toutefois un problème de configuration. En mars dernier, Yussif Sulemana, conseiller technique au ministère de l’Énergie, a affirmé que TOR ne pouvait pas le traiter aux normes nationales. Il manque deux équipements, une unité d’hydrotraitement du gazole pour abaisser la teneur en soufre et une unité d’isomérisation pour relever l’indice d’octane jusqu’à la norme ghanéenne. Sans eux, les carburants tirés du brut local ne peuvent être vendus à la pompe.
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La direction de la raffinerie conteste cette lecture. Dans un communiqué, son chargé des affaires extérieures, Godwin Mahama Ayaba, affirme que des analyses techniques confirment la compatibilité du brut léger ghanéen des champs Jubilee et TEN avec l’outil existant. Il s’appuie sur un précédent de 2016, sous le premier mandat de Mahama, lorsque environ un million de barils du champ TEN avaient été livrés à TOR.
Ce différend éclaire la portée réelle de l’annonce. La « première » revendiquée par le président est en fait une reprise, et Mahama le reconnaît, l’expérience de 2016 n’a pas survécu à son départ. L’enjeu n’est donc pas de raffiner une cargaison, mais de pérenniser la démarche, alors que TOR a déjà connu un nouvel arrêt début 2026, faute de brut.
Au-delà de la technique, l’obstacle est économique. Le brut ghanéen, un pétrole léger doux de qualité supérieure, se vend cher à l’export et ces recettes peuvent dépasser les économies qu’offrirait un raffinage local. Yussif Sulemana l’admet, c’est d’abord l’économie qui dicte le choix d’exporter le brut national et d’en importer d'autres à traiter.
Les financements annoncés ne lèvent pas entièrement cette contrainte. Le gouvernement a signé pour 3,5 milliards de dollars (3,01 milliards d’euros) d’investissements supplémentaires dans l’amont, dont 2 milliards de dollars pour le champ Jubilee et 1,5 milliard de dollars pour le projet OCTP, opéré par l’italien Eni. Ces montants visent la production, pas l’installation des unités manquantes côté raffinerie, dont le financement n’est pas précisé.
La cargaison de juin reste donc un geste ponctuel. La transformer en filière durable suppose un approvisionnement local régulier, la modernisation technique de Tema et un arbitrage entre recettes d’exportation et raffinage domestique.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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