Moins de 3 % des flux mondiaux dédiés à la nature sont actuellement dirigés vers l'Afrique, malgré le rôle clé du continent dans les équilibres écologiques planétaires.
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Face à l’écart entre l’importance écologique de l’Afrique et les financements disponibles pour préserver cet atout, les acteurs financiers expérimentent de nouveaux instruments pour orienter durablement les capitaux privés vers la protection des écosystèmes et l’économie réelle.
L’Afrique concentre environ un quart de la biodiversité mondiale, mais reste structurellement sous-financée pour sa protection. Ce déséquilibre alimente depuis plusieurs années une recherche de nouveaux mécanismes capables de relier les marchés financiers et les enjeux écologiques sur le continent. Dans ce contexte, Ecobank Group a levé ce 3 juin, 450 millions USD, soit environ 386,6 millions d’euros, à travers un Nature Bond inédit émis dans le cadre établi par l’Association internationale des marchés de capitaux (ICMA).
L’opération, cotée à la Bourse de Londres, ouvre une nouvelle voie de financement dédiée à la biodiversité, à l’agriculture durable et aux infrastructures hydriques dans 24 marchés africains. Ce montage financier se distingue des obligations vertes classiques. En effet, les fonds du Nature Bond doivent générer des résultats directement liés à la protection et à la restauration de la nature, ainsi qu’à la transformation des activités économiques qui contribuent à sa dégradation.
L’objectif est de corriger une faiblesse structurelle du financement climatique et environnemental en Afrique, où moins de 3% des flux mondiaux dédiés à la nature sont actuellement dirigés, malgré le rôle central du continent dans les équilibres écologiques planétaires.
Une finance tournée vers l’économie réelle de la nature
Le dispositif mis en place par Ecobank cible trois segments clés de l’économie réelle. D’abord, les petits exploitants agricoles engagés dans des pratiques plus durables. Ensuite, les entreprises agro-industrielles capables de monter des chaînes d’approvisionnement traçables et sans déforestation. Enfin, les infrastructures liées à l’eau, essentielles à la préservation des écosystèmes et à la sécurité des populations.
Le choix de cette approche traduit une évolution importante de la finance durable : le financement ne vise plus uniquement des projets de conservation isolés, mais des acteurs économiques dont les décisions quotidiennes influent directement sur l’état des écosystèmes.
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Le programme sera déployé dans 24 pays africains, avec une concentration sur les zones à forte biodiversité comme la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Ghana. Selon Ecobank, 81 % du portefeuille de prêts éligibles sera dirigé vers des pays où l’expansion agricole constitue le principal facteur de dégradation des habitats naturels. Pour garantir la crédibilité du dispositif, chaque prêt devra respecter sept conditions de durabilité vérifiées de manière indépendante.
Ces exigences incluent notamment des mécanismes de contrôle de la déforestation et des systèmes de traçabilité des chaînes de valeur agricoles.
Une opération largement portée par la demande des investisseurs
Sur le plan financier, l’opération a largement dépassé les attentes initiales. Lancée avec un objectif de 350 millions USD (environ 300,7 millions d’euros), elle a finalement été portée à 450 millions USD après avoir suscité une demande de 1,36 milliard USD (environ 1,168 milliard d’euros), soit 3,9 fois le montant recherché. Cette forte sursouscription a permis d’améliorer les conditions de financement, avec une réduction de 50 points de base du coût final.
L’émission a également obtenu la meilleure notation possible en matière de durabilité, avec un score SQS1 attribué par Moody’s, renforçant sa crédibilité auprès des investisseurs institutionnels internationaux et africains. « Nous ne sommes pas une banque qui se contente d’apposer des labels sur des obligations (…) Nous avons passé quatre ans à construire les systèmes, la gouvernance et les mécanismes de redevabilité nécessaires pour rendre la finance de la nature crédible et scalable en Afrique. Cette obligation concerne avant tout les agriculteurs, les coopératives et les communautés dont les moyens de subsistance dépendent d’écosystèmes sains. », a commenté le Directeur général du groupe Ecobank, Jeremy Awori.
Au-delà de la performance de marché, cette opération survient dans un contexte où les instruments de financement de l'écologie se multiplient, mais restent encore en phase de test à grande échelle. Les États, les banques multilatérales et les institutions financières expérimentent différentes structures pour attirer davantage de capitaux privés vers la biodiversité.
C’est précisément sur sa capacité à produire des résultats mesurables que le Nature Bond d’Ecobank sera évalué. L’enjeu ne réside pas uniquement dans la mobilisation de capitaux, mais aussi dans la capacité à transformer ces financements en impacts vérifiables sur le terrain, au niveau des exploitations agricoles, des chaînes de valeur et des bassins hydriques. Si cette approche s'avère efficace, elle pourrait contribuer à installer un nouveau standard de financement de la biodiversité en Afrique, à la croisée des marchés financiers internationaux et des économies rurales locales.