Le programme pays vise d’abord à traiter les contraintes industrielles sud-africaines, préalable à une intégration commerciale régionale plus efficace.
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Confrontée à des tensions persistantes sur son appareil productif, l’Afrique du Sud s’adosse à Afreximbank pour renforcer ses capacités industrielles et sécuriser de nouveaux relais de financement. L’adhésion à la banque panafricaine, assortie d’un programme de 8 milliards de dollars, vise aussi à mieux positionner les entreprises du pays dans la dynamique du commerce intra-africain.
L’adhésion officielle de l’Afrique du Sud à Afreximbank le 04 février dernier, marque une étape institutionnelle majeure pour le pays, mais aussi un repositionnement assumé de sa stratégie économique dans un contexte de fragmentation du commerce mondial. En rejoignant la banque panafricaine spécialisée dans le financement du commerce, l’économie la plus industrialisée du continent se dote d’un nouvel outil financier pour soutenir son appareil productif, renforcer ses capacités d'exportation et consolider, de manière indirecte, mais structurante, sa place dans le commerce intra-africain.
Levier de transformation
Cette entrée s’accompagne d’un programme pays conçu comme un levier de transformation économique nationale. Loin d’être exclusivement dédié aux échanges intra-africains, ce paquet vise d’abord à traiter les contraintes industrielles sud-africaines, condition préalable à une intégration commerciale régionale plus profonde. Dans son communiqué, Afreximbank situe clairement cette adhésion dans une conjoncture internationale en recomposition, évoquant « un contexte financier mondial en pleine fragmentation en raison des politiques protectionnistes et de la réorganisation des blocs commerciaux ». Pour Pretoria, l’enjeu est de sécuriser des sources de financement adaptées à ses priorités industrielles, alors que les circuits traditionnels de capitaux deviennent plus sélectifs et plus coûteux.
Le président de la banque, le Dr. George Elombi, qualifie cette adhésion de « décisive », estimant qu’elle permet de « placer l’Afrique du Sud au cœur de la vision d’Afreximbank et de ses aspirations à promouvoir le changement tant souhaité dans la structure du commerce africain ». Si la portée continentale est assumée, le point d’entrée reste résolument national : renforcer la base productive locale pour lui permettre de mieux s’insérer dans les chaînes de valeur régionales.
6,8 milliards d'euros pour renforcer l’appareil productif national
Le programme de 8 milliards USD (environ 6,8 milliards d'euros) annoncé par Afreximbank constitue le socle opérationnel de ce partenariat. Construit avec le Department of Trade, Industry and Competition (DTIC), il est, selon le Dr. Elombi, « aligné sur le Plan national de développement 2030 et sur les priorités nationales en matière d’industrie et de commerce ». L’objectif affiché est d’approfondir l’impact développemental de la banque à travers des investissements ciblés dans des secteurs jugés stratégiques.
Afreximbank précise que son pipeline de projets en Afrique du Sud dépasse déjà les 6 milliards USD (environ 5,1 milliards d'euros), couvrant notamment l’énergie, la santé, les services financiers, l’industrie manufacturière, ainsi que les secteurs minier et industriel. Cette profondeur de portefeuille illustre une approche de long terme, dans laquelle le financement du commerce stricto sensu s’articule avec des instruments plus larges de financement de projets, de garanties et d’appui à l’industrialisation.
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Un levier supplémentaire pour l’intégration régionale
Le lien avec le commerce intra-africain se construit moins par l’affectation directe des fonds que par la logique économique sous-jacente. Bien qu’impactée par une croissance atone (autour de 1 % en 2025), l’Afrique du Sud représente déjà 19,1 % du commerce intra-africain et est appelée à jouer un rôle majeur dans des projets continentaux structurants comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont l’objectif est de créer un marché unique pour tous les pays membres.
L’un des objectifs pour les autorités de la nation arc-en-ciel sera également d’augmenter le soutien aux industries nationales, qui, bien que toujours performantes par rapport à d’autres pays, ont vu leur part dans l’économie reculer ces dernières années. Selon la Banque africaine de développement (BAD), la part de l’industrie dans le PIB sud-africain est passée de 36% en 1990 à environ 25% en 2023, alors que la part de l’industrie manufacturière spécifiquement a diminué de moitié, tombant de 24 % du PIB en 1990 à 12 % en 2023. Faut-il le rappeler, le poids de Pretoria dans le commerce africain repose sur la densité de son tissu industriel et sur sa capacité à exporter des biens transformés.
En renforçant les fondamentaux de l’économie sud-africaine, le programme Afreximbank vise ainsi à accroître la compétitivité des entreprises du pays sur les marchés régionaux. Le président Cyril Ramaphosa, inscrit d’ailleurs clairement cette adhésion dans une vision d’intégration économique progressive. « L’adhésion de l’Afrique du Sud à la Banque africaine d’Import-Export confirme notre engagement en faveur du développement industriel africain et de l’approfondissement du commerce, de l’investissement et du développement sur l’ensemble du continent », a-t-il déclaré. Il souligne aussi que le programme pays soutiendra « une série de projets stratégiques dans le secteur du commerce et de l’industrie », avec une attention particulière portée à l’inclusion économique.
Dans la phase de mise en œuvre, plusieurs instruments sont appelés à jouer un rôle clé : programmes de promotion des échanges Afrique du Sud - Afrique, garanties Afreximbank, financement de parcs industriels et de zones économiques spéciales, appui à la préparation de projets ou encore financement du commerce et des actifs productifs. Autant de mécanismes qui viseront à fluidifier les échanges régionaux, en traitant en amont les goulots d’étranglement industriels et financiers.