Ericsson en Zambie : derrière l’ouverture du bureau, une stratégie numérique ambitieuse
Muriel Edjo, Agence Ecofin

Inauguration du nouveau bureau d'Ericsson à Lusaka, en Zambie, pour stimuler le développement de la 5G dans le pays.
Photo DR
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Inauguration du nouveau bureau d'Ericsson à Lusaka, en Zambie, pour stimuler le développement de la 5G dans le pays.
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Le groupe technologique suédois Ericsson a officiellement inauguré un bureau à Lusaka, vendredi 14 novembre 2025. Présent en Zambie depuis près de vingt ans, Ericsson transforme ainsi une présence principalement commerciale en un ancrage physique et stratégique au cœur de l’écosystème numérique du pays.
Le choix de la Zambie repose sur plusieurs facteurs. L’entreprise vient se positionner au cœur d’un cycle d’investissements massifs dans les réseaux nationaux. Le ministre zambien de la Technologie et des Sciences, Félix Chipota Mutati, a présenté une stratégie en trois piliers pour renforcer la disponibilité du réseau télécoms : sécurité énergétique des sites, mutualisation des infrastructures et accélération de la construction de tours télécoms. Cette stratégie prévoit la construction de 998 nouvelles tours sur la base d'une analyse de 2022, ainsi que 300 tours supplémentaires dans le cadre du projet d'accélération numérique de la Zambie financé par la Banque mondiale.
Parallèlement, la Zambie a obtenu une subvention de 120 millions de dollars du groupe Banque mondiale pour étendre la couverture haut débit, renforcer les infrastructures numériques publiques et développer les compétences digitales des jeunes. Pour un équipementier comme Ericsson, cela se traduit par des centaines de nouveaux sites 4G/5G à équiper, des réseaux à moderniser chez les opérateurs existants et des marchés publics liés à l’identité numérique, aux services en ligne et à la cybersécurité.
Le bureau de Lusaka veut saisir ces opportunités. Lors de la cérémonie d’inauguration, Ericsson a souligné qu’il renforce son « engagement auprès de ses clients et partenaires en Zambie, en les accompagnant dans leur transformation numérique grâce à une collaboration continue, en leur fournissant les dernières avancées technologiques et en contribuant au développement des talents locaux. Ericsson ambitionne également d'étendre sa présence opérationnelle en proposant ses produits et solutions de pointe, moteurs de la croissance technologique nationale et de l'inclusion numérique ».
Le bureau d’Ericsson concrétise également une collaboration plus étroite avec l’État, au cœur de la stratégie nationale de transformation numérique 2023-2027. Lors de l’inauguration, Félix Mutati a présenté un « Pacte numérique » associant le gouvernement, Ericsson et la population, reposant sur quatre principes : agilité et innovation, solutions adaptées aux besoins locaux, procédures plus rapides et opérations fluides, responsabilité et opportunités partagées. Ce partenariat fait d’Ericsson bien plus qu’un fournisseur : il devient un véritable co-architecte de la stratégie numérique du pays, impliqué directement dans les discussions sur la régulation, l’énergie ou encore la cybersécurité. En somme, un partenaire doté d’une expertise multidisciplinaire.
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Cet ancrage politique est précieux alors que la Zambie se positionne comme futur hub numérique régional et que les bailleurs de fonds soutiennent une digitalisation profonde de l’économie : infrastructures, services publics, agriculture, santé, éducation. Pour Ericsson, cela représente une opportunité de renforcer son influence sur la feuille de route numérique du pays et, donc, sur la conception des projets nécessitant demain ses équipements et services.
Un autre enjeu pour Ericsson en Zambie consiste à rééquilibrer la concurrence avec Huawei, déjà bien implanté. Depuis 2022, la 5G zambienne est étroitement liée à Huawei : MTN a réalisé le premier pilote national de 5G avec le groupe chinois, faisant de la Zambie l’un des dix premiers pays africains à expérimenter cette technologie. MTN a ensuite lancé la 5G commerciale, suivi par Airtel en juillet 2023. Depuis, MTN et Huawei ont multiplié les annonces : essais de nouvelles antennes 5G et, récemment, solution d’alimentation de secours pilotée par l’IA pour maintenir le réseau lors des coupures d’électricité.
Ericsson n’arrive pourtant pas en terrain inconnu. En 2016, il avait modernisé le réseau d’Airtel Zambia et mené des pilotes 4G avec Zamtel dès 2013. Mais l’ouverture d’un bureau à Lusaka change l’échelle : le groupe peut désormais revendiquer une présence physique comparable à celle de son rival, se positionner comme partenaire naturel pour les futures étapes de la feuille de route 5G et 6G du pays, et se présenter aux opérateurs comme une alternative crédible à Huawei, dans un contexte où certains régulateurs africains s’inquiètent de plus en plus de la sécurité des infrastructures. En clair, Ericsson cherche à consolider sa position sur la nouvelle génération de réseaux mobiles, dans un pays déjà engagé dans la 5G et en pleine expansion de ses infrastructures 4G/5G.
Ericsson souligne enfin que l’ouverture de ce bureau marque « une étape importante vers le renforcement de sa présence locale et régionale », conformément à sa vision #AfricaInMotion, qui promeut l’inclusion numérique et l’exploitation du potentiel de l’Afrique via la connectivité et l’innovation. Située au carrefour de la RDC, de la Tanzanie, du Malawi, du Zimbabwe, du Mozambique et de l’Afrique du Sud, la Zambie offre une base idéale pour coordonner des projets dans plusieurs marchés d’Afrique australe, rapprocher les équipes d’ingénieurs, de support et de vente des grands opérateurs régionaux et mieux répondre aux appels d’offres des bailleurs qui pensent souvent en corridors régionaux plutôt qu’en frontières nationales strictes. Pour Ericsson, l’objectif est de créer un hub opérationnel centralisant la gestion de projets dans la sous-région, réduisant les coûts logistiques et permettant de réagir plus rapidement que des concurrents basés à Johannesburg ou Nairobi.
Au fil des prochaines années, les performances du bureau de Lusaka permettront de mesurer l’efficacité des différentes approches de l’entreprise. Cela devrait se traduire par la confiance des acteurs publics et privés envers Ericsson pour la conduite de projets télécoms et numériques, avec des retombées concrètes pour la population zambienne.
Muriel Edjo, Agence Ecofin
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