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Au Burkina Faso, la transformation de la noix de cajou s’accélère

Photo de Espoir Olodo

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Publié le 10 juin 2026 à 16:20

En 2024, les volumes de noix de cajou transformés n’ont atteint que 16 000 t, soit environ 10 % de la production nationale.

En 2024, les volumes de noix de cajou transformés n’ont atteint que 16 000 t, soit environ 10 % de la production nationale.

Photo DR

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Deuxième produit agricole d’exportation du Burkina Faso derrière le coton, la noix de cajou est devenue une source de revenus clé pour des dizaines de milliers de ménages dans le pays ouest-africain. La filière cherche à se renforcer sur le volet transformation.

Au Burkina Faso, le paysage de la transformation de l'anacarde s’est étoffé ce 6 juin, avec une nouvelle usine lancée par la filiale locale du groupe suisse Gebana (Gebana Faso). Installée à Péni, dans la région du Guiriko au sudouest du pays, l'unité présente une capacité de traitement de 10 000 tonnes de noix de cajou par an.

Intégrée à un complexe agroindustriel d'une superficie de 7,2 hectares, l’installation dépendra pour son approvisionnement en matières premières brutes, d’un réseau de 7 200 producteurs.

Un segment en développement

Cette nouvelle unité industrielle vient s’ajouter à « Burkina Cajou », une autre usine inaugurée en décembre 2025 à BoboDioulasso, pour un investissement global de 9,74 milliards FCFA (environ 14,85 millions d'euros) et une capacité annoncée de 150 000 tonnes par an.

Plus tôt, en mai 2025, le gouvernement avait également lancé la construction d’une unité de transformation de pomme de cajou dans la région des HautsBassins. D’un coût de 6,65 milliards FCFA (environ 10,1 millions d'euros), ce projet, porté par le Conseil burkinabè des filières agropastorales et halieutiques (CBF), doit traiter 5 000 tonnes de pommes par an et produire plusieurs dérivés, dont du jus, du vin, du vinaigre et de l’alcool.

Prises ensemble, ces différentes initiatives illustrent l’ambition affichée par le gouvernement de capter davantage de valeur ajoutée via la transformation locale. Comme de nombreux fournisseurs de la sous-région ouest-africaine, le Burkina Faso ne veut plus de se limiter à l’exportation de noix brutes, et promeut depuis quelques années les investissements privés dans la filière anacarde.

Cette dernière génère déjà plus de 10 000 emplois directs au Burkina Faso, et impliquerait plus de 45 000 ménages ruraux, selon les chiffres officiels. Elle a généré à l’export 67,5 milliards FCFA (environ 102,9 millions d'euros) en 2024, d’après les données de la Direction générale du commerce. Mais si la récolte nationale fluctue entre 140 000 et 160 000 tonnes par an, les volumes transformés n’ont eux, atteint que 16 000 t de noix en 2024, soit environ 10 % de la production, selon les données publiées en début d’année par le service indépendant de conseil commercial N’kalô.

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Le Comité interprofessionnel de l’Anacarde du Burkina Faso (CIAB) veut porter la part de la production nationale transformée localement à 50 % d’ici 2033, ce qui devrait permettre non seulement de réduire la vulnérabilité liée à la dépendance aux marchés internationaux de la noix brute, mais aussi de renforcer l’impact socio-économique de l’industrie.

La sécurisation de la matière première, un enjeu central

Malgré ces progrès, le segment de la transformation de l’anacarde au Burkina Faso reste confronté à plusieurs défis de fond, au premier rang desquels figure la sécurité de l’approvisionnement en matières premières. Avec l’exportation de noix brutes, souvent mieux rémunérée à court terme pour les producteurs et les traders grâce aux prix offerts sur le marché international, les usines locales ont fait face ces dernières années à une forte concurrence pour satisfaire leurs besoins.

Pour limiter cette fuite de matière première, le gouvernement a suspendu en mars 2025 les exportations de noix de cajou brutes, le temps de permettre aux usines locales de constituer leurs stocks. Cette interdiction a été levée le mercredi 20 mai 2025, une fois l’approvisionnement jugé suffisant.

A ce casse-tête s’ajoute le phénomène de la contrebande, alimenté par les différences de politiques tarifaires dans la sous-région. Les noix de cajou du Burkina Faso, comme celles en provenance du Mali et de la Côte d’Ivoire, sont ainsi acheminées illégalement vers le Ghana, principalement via le port de Tema, afin de bénéficier de l’absence de taxes à l’exportation sur le cajou. Pour les autorités, il s’agit d’autant d’obstacles à surmonter pour assurer la durabilité des investissements dans une industrie encore naissante.

Espoir Olodo, Agence Ecofin

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