LA TRIUNE AFRIQUE - Le Maroc s’arroge la première place du baromètre consacré à l’industrie, dépassant l’Afrique du Sud, longtemps en tête. Quelle stratégie a été mise en place pour atteindre cela ?
RYAD MEZZOUR - C’est un baromètre qui s’est construit sur certains indicateurs. Il tient compte d’abord des performances industrielles pures, de la valeur ajoutée des exportations, du climat des affaires, de l’articulation de la logistique avec la politique industrielle, des emplois, de la qualification de ces derniers. Donc en fait de toute la politique industrielle qui a été conduite par le souverain durant ces 25 dernières années. Une stratégie qui a mis en place l’ensemble de ces éléments pour que nous puissions arriver à ce niveau de performance.
Existe-t-il une méthode marocaine d’industrialisation ?
Clairement, il y une méthode marocaine, construite, pensée, établie, qui est partie d’un constat, d’une vision royale et d’un objectif et qui a fait énormément de sacrifices. Il y a une trajectoire marocaine, exceptionnelle avec la signature d’accords de libre-échange en prenant le risque de fragiliser le tissu industriel local, avec la mise en place d’infrastructures logistiques et des investissements majeurs dans ces infrastructures de classe mondiale qui font le succès de la politique industrielle marocaine. La tête de pont de ces infrastructures c’est le port de Tanger Med qui est notre porte ouverte vers le monde avec le nouveau port de Nador qui arrive et celui de Dakhla. Il a été très important de mener des politiques industrielles qui se sont succédées pour se compléter, pour s’alimenter. Parmi eux, le plan Émergence (appliqué de 2005 à 2009 dont l’objectif étant d’augmenter la compétitivité du pays notamment dans les filières automobile, aéronautique et agro-alimentaire, NDLR) en faisant des paris sur des secteurs. Il y a eu ensuite le plan d’accélération industrielle qui a porté la logique d’écosystèmes et d’intégration en profondeur. C’est ce qui a permis l’attractivité des équipementiers et des fournisseurs de rang 1 et rang 2 et cela a mieux ancré l’industrie marocaine. Il y a eu le plan de relance après la crise sanitaire et aujourd’hui nous déployons le Plan de souveraineté, Made in Marocco. L’objectif est de poursuivre l’ancrage industriel et répondre aux besoins locaux. En parallèle à cela, nous avons également mené un plan de formation professionnelle très large qui fait que nous certifions plus de 330 000 qualifications professionnelles par an. Nous avons également soutenu un vaste plan ciblant les ingénieurs. Nous en formions 3 000 par an, désormais nous en formons, ingénieurs et assimilés, plus 35 000 par an dont la moitié sont des femmes. C’est donc une vision à 360° du développement économique et industriel dans son ensemble.