Sodas : pourquoi le suisse Coca-Cola HBC parie à nouveau 1 milliard d'euros en Égypte

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

La nouvelle ligne PET de Coca-Cola HBC à Alexandrie peut produire plus de 65 000 bouteilles par heure.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

La nouvelle ligne PET de Coca-Cola HBC à Alexandrie peut produire plus de 65 000 bouteilles par heure.
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Le groupe Coca-Cola HBC a inauguré le 7 juin une nouvelle ligne de production à Alexandrie, un investissement de 35 millions de dollars (30 millions d'euros) lancé en présence du Premier ministre égyptien Moustafa Madbouly. Cette unité s'inscrit dans un programme de 1,28 milliard de dollars (1,11 milliard d'euros) que l'embouteilleur basé en Suisse prévoit d'investir dans le pays d'ici à 2030, après avoir déjà engagé 1,1 milliard de dollars (950 millions d'euros) sur la période 2022-2025.
Dans l'écosystème Coca-Cola, les rôles sont répartis. The Coca-Cola Company détient les marques et fournit le concentré, tandis que des embouteilleurs indépendants comme HBC produisent, conditionnent et distribuent les boissons sur leurs marchés respectifs. Coca-Cola HBC est entré en Égypte fin 2021 en rachetant environ 94,7% de Coca-Cola Bottling Company of Egypt. Le pays constitue aujourd'hui le deuxième marché africain des boissons non alcoolisées en volume, derrière le Nigeria.
Installée dans le quartier d'Amreya, l'usine d'Alexandrie de Coca-Cola HBC s'étend sur 98 000 mètres carrés et compte désormais cinq lignes de production fabriquant neuf marques du groupe. La nouvelle unité, dédiée aux bouteilles en plastique PET, affiche une capacité de plus de 65 000 bouteilles par heure et une production annuelle de 33 millions de caisses.
La décision d'augmenter les capacités de production intervient sur un marché profondément remodelé depuis octobre 2023. Le boycott des marques associées aux États-Unis, sur fond de guerre à Gaza, a durement affecté les ventes du géant d'Atlanta. Selon les données de Coca-Cola HBC, les volumes vendus en Égypte ont reculé à deux chiffres au premier semestre 2024. À l'échelle régionale, les marques occidentales ont perdu 7 % de leurs ventes sur la même période, selon le cabinet NielsenIQ.
Des acteurs locaux ont occupé l'espace laissé vacant. La marque V7, fondée par un ancien cadre de Coca-Cola, a triplé ses exportations en 2024 et enregistré une progression de 40 % en Égypte. De son côté, la centenaire Spiro Spathis a vu ses ventes locales bondir jusqu'à 350 % au plus fort du mouvement.
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L'élan s'est toutefois essoufflé. En juin 2025, le directeur général de Coca-Cola HBC, Zoran Bogdanovic, a indiqué que le boycott commençait à s'atténuer en Égypte. Sur l'exercice 2025, les marchés émergents du groupe ont enregistré une croissance organique de leurs revenus de 13,2%, portée par une forte progression des volumes en Afrique. Le moment semble donc propice pour accélérer les investissements.
L'enjeu dépasse largement la consommation intérieure. Le programme quinquennal et le projet d'extension du site d'Alexandrie avaient déjà été présentés en janvier 2026 lors du Forum de Davos, à l'occasion d'une rencontre entre Zoran Bogdanovic et les ministres égyptiens des Finances et de l'Investissement. Le groupe y a présenté l'Égypte comme un centre névralgique de ses opérations régionales.
Au-delà des usines, Le Caire accueille l'un des trois pôles technologiques de Coca-Cola HBC, aux côtés de Sofia et d'Athènes. Ce centre pilote le développement des logiciels qui soutiennent les opérations du groupe dans 27 marchés. Ses effectifs doivent passer d'environ 170 à 450 personnes d'ici à 2027.
Les investissements prévus visent également à faire de l'Égypte une base industrielle tournée vers l'exportation, notamment vers le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Europe. Le pays n'est toutefois qu'une pièce d'un dispositif continental plus vaste. En octobre 2025, Coca-Cola HBC a annoncé le rachat de 75% de Coca-Cola Beverages Africa, premier embouteilleur du continent présent dans 14 pays, pour 2,6 milliards de dollars (2,2 milliards d'euros). Une fois l'opération finalisée, le groupe contrôlera près des deux tiers des volumes du système Coca-Cola en Afrique et couvrira plus de la moitié de la population du continent. En réinvestissant en Égypte, l'embouteilleur suisse renforce le maillon nord de cet ensemble en cours de constitution.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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