Du « grand incendie » de 1949 aux mégafeux de 2026 : l’histoire des feux révèle le dérèglement du climat français
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Un pompier lutte contre les incendies en Gironde.
DAMIEN_REMBERT ©SDIS33 - Service Communication
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Un pompier lutte contre les incendies en Gironde.
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La France métropolitaine comptait, en 2024, 17,5 millions d’hectares de forêt, soit 32 % du territoire, un couvert boisé en hausse qui étend mécaniquement les zones exposées aux feux de végétation. Dans un climat qui se réchauffe, Météo-France souligne que des températures plus élevées, des sécheresses plus fréquentes et une baisse des pluies estivales augmentent le risque météo d’incendies, en particulier sur les régions méditerranéennes et atlantiques. Le ministère de la Transition écologique rappelle que ces feux pèsent sur la biodiversité, les sols, le tourisme et les infrastructures, et qu’ils deviennent un enjeu national d’adaptation.
1949. Le « grand incendie » des Landes de Gascogne : Parti le 19 août d’une scierie au sud de Bordeaux, un feu ravage environ 50 000 hectares de pins et tue 82 personnes, principalement des forestiers, des pompiers bénévoles et des militaires. Cet incendie reste le plus meurtrier de l’histoire moderne française et sert encore aujourd’hui de référence pour la gestion de crise.
1976. L’été de la sécheresse historique : Dans un contexte de déficit hydrique extrême, la forêt de La Palmyre (Charente-Maritime) est transformée en brasier, obligeant des centaines de vacanciers coincés entre flammes et océan à être évacués par la mer. Cet été-là, environ 80 000 hectares brûlent en France, un record national qui ne sera dépassé qu’avec la multiplication des mégafeux dans les années 2020.
1989. Canicule et embrasements en Gironde et Provence : Un mois de juillet particulièrement chaud et sec favorise un gigantesque incendie qui ravage 5 000 hectares de pins près de l’étang de Lacanau en Gironde, entraînant l’évacuation de milliers de vacanciers. Fin août, la montagne Sainte-Victoire, près d’Aix-en-Provence, perd elle aussi 5 000 hectares en moins de 24 heures, dans un Sud-Est où la combinaison sécheresse-vent rend les feux explosifs.
1990. Un été redoutable entre Marseille et Nice : Du 21 au 25 août, les incendies détruisent 23 000 hectares de végétation sur la façade méditerranéenne, alors que le massif des Maures enregistre seul 12 500 hectares brûlés. Ces épisodes forgent l’image d’un risque surtout « méridional », concentré sur la Provence, le Var et la Corse, avant qu’il ne s’étende dans les décennies suivantes.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

2003. Maures et Estérel, l’été criminel : Fin juillet, plusieurs feux d’origine volontaire ravagent le massif des Maures, entraînant la mort de quatre personnes et l’évacuation d’environ 6 000 vacanciers et résidents. Un mois plus tard, à Cogolin (Var), trois pompiers périssent dans leur camion cerné par les flammes ; au total, 20 100 hectares sont détruits dans les Maures et l’Estérel, soit 20 % de ces massifs, auxquels s’ajoutent environ 13 000 hectares brûlés en Corse.
2009. La Corse sous sécheresse : La combinaison déficit de pluie-fortes températures rend les incendies particulièrement redoutables fin juillet sur l’île, avec plus de 5 300 hectares partis en fumée dans la vallée de la Gravona et les régions de Sartène et Aullène. Cette répétition d’épisodes majeurs consacre la Méditerranée comme zone à risque structurel, à la fois pour les forêts, les villages et les infrastructures touristiques.
2016. Les flammes aux portes de Marseille : Attisés par le mistral, plusieurs incendies se propagent rapidement au nord de la métropole, détruisant 3 300 hectares, 25 immeubles, un groupe scolaire et un lycée le 10 août, heureusement déserts. L’épisode marque les esprits en montrant qu’un grand port méditerranéen peut être directement menacé par des feux de forêt.
2017. Bormes-les-Mimosas évacuée : Fin juillet, des incendies alimentés par des vents violents en Haute-Corse, Vaucluse, Bouches-du-Rhône et Var réduisent en cendres plus de 7 000 hectares de végétation. Le 26 juillet, les flammes menacent directement la station balnéaire de Bormes-les-Mimosas, imposant l’évacuation d’environ 10 000 personnes, entre résidents et touristes.
2019. L’anomalie des « feux d’hiver » : Cette année-là, plus de 43 000 hectares brûlent en France, dont 36 000 hectares dès les deux premiers mois (1er janvier-26 février), une spécificité relevée par le système européen Effis. Cette précocité des feux hors de la saison traditionnelle illustre la façon dont des hivers plus doux et secs peuvent ouvrir une nouvelle fenêtre de risque, là où les politiques publiques étaient calibrées sur l’été.
2021. Drame dans les Maures : Un violent incendie, attisé par un vent tourbillonnant, embrase une partie du massif dans l’arrière-pays de Saint-Tropez, détruisant plus de 6 000 hectares et entraînant l’évacuation d’environ 10 000 personnes. Deux corps calcinés sont retrouvés dans une maison, rappel brutal que l’intensité et la rapidité de certains feux peuvent surprendre populations et secours.
2022. Un été de mégafeux : Sous l’effet de fortes chaleurs et d’une sécheresse exceptionnelle, l’année enregistre plus de 70 000 hectares de forêt et de végétation brûlés pour plus de 22 700 feux au niveau national. En Gironde, plusieurs mégafeux détruisent environ 30 000 hectares, imposent 48 000 évacuations et montrent que le risque ne se limite plus au pourtour méditerranéen mais touche aussi durablement l’Atlantique.
2026. Les flammes aux portes de Bordeaux : Parti de Saumos (Gironde) en juillet, un incendie progresse très rapidement dans des forêts de pins densément plantées autour du bassin d’Arcachon, ravageant 42 000 hectares en quelques jours et entraînant l’évacuation d’environ 220 000 personnes jusqu’aux abords de Bordeaux. En parallèle, dans les Landes, un autre feu parcourt 3 600 hectares près de Biscarrosse et impose l’évacuation de 30 000 personnes supplémentaires, illustrant la vulnérabilité des territoires littoraux boisés.
Depuis le début de l’année 2026, les autorités indiquent que plus de 50 000 hectares ont été parcourus par les flammes sur l’ensemble du territoire, un chiffre qui dépasse la barre symbolique atteinte en 1949. Météo-France prévient que malgré les orages, le danger reste « élevé à très élevé » sur de nombreuses zones, avec des indices de sécheresse et de vent défavorables.
Une saison des feux qui s’étire : Les travaux sur l’adaptation au changement climatique montrent que la durée de la période propice aux incendies tend à augmenter d’un à deux mois dans certaines régions françaises, sous l’effet conjugué de sécheresses plus longues et d’épisodes de chaleur précoce. À moyen terme, cela signifie des contraintes accrues pour les services de secours, les communes forestières, les gestionnaires d’infrastructures et la filière bois, qui doivent intégrer ces nouvelles conditions dans leurs investissements et leurs plans de prévention.
Du Sud méditerranéen au Sud-Ouest, puis au reste du pays : Les données institutionnelles confirment que le risque de feux de forêt, longtemps concentré sur la façade méditerranéenne, s’étend vers l’Atlantique et progressera vers le nord au fil du siècle. Pour les entreprises et collectivités, cela signifie que des territoires historiquement peu concernés (Bretagne, Pays de la Loire, Centre) voient leur exposition augmenter, avec des conséquences sur les coûts d’assurance, l’aménagement et la gestion des forêts.
Cette chronologie raconte une trajectoire où les événements extrêmes deviennent plus fréquents, plus intenses et plus étendus. À l’échelle mondiale, les feux de forêt ont déjà libéré 1 940 mégatonnes de CO₂ en 2024, soit environ cinq fois les émissions annuelles de la France, relève l'ONG Oxfam, ce qui renforce la nécessité de réduire les causes du réchauffement et d’investir dans l’adaptation.
Au-delà des chiffres, chaque épisode d’incendie majeur touche directement des habitants évacués, des infrastructures endommagées, des activités économiques interrompues et des paysages bouleversés pour des décennies. Cette autre histoire du climat français, vue par les feux, résume une tension centrale pour les prochaines années : protéger davantage une forêt devenue indispensable à la transition écologique, tout en composant avec un risque physique qui s’amplifie.
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