Les vœux aux armées d'Emmanuel Macron . Philippe Magoni/Pool via REUTERS - French President Emmanuel Macron visits the Istres military air force base - FRANCE-POLITICS/MACRON-ARMY
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La France doit consentir « des efforts à la mesure de notre rude époque », a averti Emmanuel Macron. Le chef de l’État estime nécessaire un budget supplémentaire de 36 milliards d'euros pour les armées d'ici à 2030 pour « accélérer le réarmement » de la France.
36 milliards d'euros supplémentaires pour la loi de programmation militaire (LPM), qui consacre déjà 413,3 milliards sur la période 2024-2030 ! « Notre effort de défense va continuer parce que l’accélération des périls commandent d'accélérer le réarmement de la France », a rappelé à nouveau Emmanuel Macron, qui reste déterminé mais avec l’œil droit rougi (« une référence non volontaire à l’œil du tire », selon les propos du Chef de l’État). En matière de défense, il est vrai qu'il a toujours été très constant. Dès son arrivée en 2017, il a augmenté de façon régulière le budget des armées, avec l'objectif d'atteindre un effort de défense à hauteur de 2% du PIB en 2025 pour réparer un outil de défense fortement dégradé par plusieurs décennies d'économies drastiques et répondre aux nouvelles menaces.
Pour le président, cet objectif a été atteint huit ans plus tard. Et le budget des armées va doubler au cours de ses deux mandats, passant de 32,3 milliards d'euros en 2017 à 64 milliards en 2027, l'année de son départ si bien sûr l'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) est votée d'ici le 14 juillet par le Parlement comme il l'a demandé à la ministre des Armées, Catherine Vautrin. La somme de 36 milliards d'euros, dont deux milliards seront consacrés au projet de service national, est loin d'être anodine dans le cadre catastrophique des finances publiques françaises. A ce titre, le budget 2026, qui doit en principe flécher 57,3 milliards d'euros pour les armées, dont une surmarche de 3,6 milliards) n'est toujours pas voté par les parlementaires. « Tous ces efforts concourent à nous rendre prêts à la hauteur des périls », a-t-il estimé.
Des augmentations prévues après 2027
En dépit de la situation budgétaire française, Emmanuel Macron a toutefois raison de vouloir poursuivre le réarmement de la France au moment où les conflits, les tensions et les crises internationales se multiplient dans le monde. L'outil militaire français montre encore des lacunes capacitaires à combler. « Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. Et pour être si puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et plus fort », a rappelé Emmanuel Macron. Il demande au pays de consentir à ces efforts « à la mesure de notre rude époque ». On verra si le Parlement répond à cette nécessité majeure. Seul bémol, un grande partie des montants consacrés à l'actualisation de la LPM devrait arriver après le départ du Chef de l’État en 2027. Le 13 juillet dernier, Emmanuel Macron avait annoncé que le ministère des Armées pourrait dépenser 10 milliards d'euros supplémentaires sur la période 2026-2027.
Ces efforts budgétaires supplémentaires de 36 milliards d'euros devront être consacrés à trois grandes priorités pour préserver la crédibilité opérationnelle des armées et « faire face si nous devions y être confronté à un engagement majeur d'ici trois à quatre ans », a fait observer le président : augmenter les stocks de munitions de tout type, renforcer sur le plan quantitatif et qualitatif la préparation opérationnelle des armées, se doter ou renforcer des capacités opérationnelles souveraines (alerte avancée, frappe dans les très grandes profondeurs, renforcer les capacités de défense sol-air avec le programme franco-italien SAMP/T Nouvelle Génération et accélérer dans le spatial).
Le SCAF aux oubliettes ?
Sans citer une seule fois le système de combat aérien du futur (SCAF), le président a pourtant plaidé une nouvelle fois pour des coopérations en Europe, notamment avec l'Alemagne. C'est le cas avec l'initiative franco-allemande JEWEL, un système d'alerte avancée qui combine plusieurs systèmes (alerte spatiale, radars de surveillance terrestre et des expérimentations). C'est également le cas du projet ELSA, un système de frappe dans la profondeur proposé « tout particulièrement à nos partenaires allemand et britannique ». Cette initiative « prend tout sens alors que nous venons d'observer pour la deuxième fois le tir d'un missile de très longue portée dit Orechnik par la Russie sur l'Ukraine. Ce tir est un signal très clair d'une puissance dotée qui a décidé de se doter de telles capacités », a précisé le président. « Nous sommes à portée de ces tirs », a réagi le Chef de l’État. Il souhaite avancer « avec force sur ces capacités de feu dans la très grande profondeur, capacité qui vient accroitre notre crédibilité et épauler notre dissuasion nucléaire ».
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Dans le spatial, l'ambition de la France doit être notamment associée à celles de l'Allemagne et de l'Italie pour « renforcer l'autonomie stratégique européenne et inciter les autres à suivre notre propre stratégie qui est de réduire les dépendances à tous ce qui est non européen » et « améliorer la résilience de notre segment spatiale et de sa protection ». Emmanuel Macron poursuit son soutien à la constellation IRIS², en estimant que la France « doit accélérer sur l'utilisation de constellations satellitaires en orbite basse pour améliorer la connectivité et l'acquisition de renseignement ». La France doit organiser dans les prochains mois un sommet spatial, qui aura un volet civil et un volet militaire.
Les « surmarches » vont permettre de financer les commandes en matière de défense sol-air, notamment du SAMP/T NG. « Nous avons vu avec l'Ukraine la nécessité d'aller plus vite, plus fort dans les besoins », a-t-il expliqué. La France avec l'Italie via le missilier MBDA a développé le SAMP/T Nouvelle génération qui le « meilleur au monde » et « est plus efficace que le système Patriot » fabriqué par le groupe américain Raytheon, selon Emmanuel Macron. Au-delà, il a ciblé des efforts à réaliser dans des domaines clés comme la lutte anti-drones, la guerre dans le champ électro-magnétique et les drones, un domaine dans lequel la France a du retard, a-t-il rappelé. Enfin, il a appelé les industriels à investir dans des innovations de rupture comme le quantique et l'intelligence artificielle.
Une place dans l'Histoire
Avec tous les efforts qu'il demande pour les armées, Emmanuel Macron souhaite laisser une trace dans l'histoire en étant le président qui a préparé militairement la France à faire face à un possible conflit majeur de haute intensité au 21e siècle : « l'Histoire ne pardonne ni l'impréparation ni la faiblesse. Nos armées et toutes nos armées - l'ensemble des services de soutien aussi et tout particulièrement -, sont notre assurance vie, la dissuasion nucléaire tout autant, elle en est la clé de voute ». Une référence à l'ouvrage de l'historien Marc Bloch « l'étrange défaite » qui explore l'« impréparation » de la France face au Blitzkrieg allemand par des faiblesses militaires (matériel, commandement) et des tares sociétales (démographie, politique d'apaisement).
L’ARMÉE FRANÇAISE AU GROENLAND Pour défendre le Groenland contre les appétits de Donald Trump, la France a déjà déployé « une première équipe de militaires » dans le cadre d'une mission militaire européenne, et va dépêcher « dans les prochains jours » de nouveaux « moyens terrestres, aériens et maritimes » sur le territoire autonome danois, a annoncé Emmanuel Macron. Pour le Chef de l’État, c'est clair et net, « la France et les Européens doivent continuer, partout où leurs intérêts sont menacés, d'être là, sans escalade, mais intraitables sur le respect de la souveraineté territoriale ». Au Groenland, territoire autonome du royaume de Danemark, les Européens ont une responsabilité particulière car ce territoire appartient à l'Union européenne, car ce territoire est aussi celui d'un de nos alliés de l'OTAN », a expliqué Emmanuel Macron. Dans ce cadre, la France a décidé de se joindre à l'exercice qui a été programmé et lancé par le Danemark de manière souveraine et indépendante dans le cadre d'Arctic Endurance. Dans ce cadre, le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandona rapidement pris contact avec son homologue pour organiser l'arrivée de militaires français précurseurs. L'armée française a « su répondre présent aux demandes très concrètes qui étaient formulées ». Pour Emmanuel Macron, « c'est le rôle que la France doit jouer, celui d'être disponible, face à l'évaluation de la menace de savoir s'adapter et d'être aux côtés d'un État souverain pour protéger son territoire. L'Europe de la défense est une réalité ».