Govsatcom : Rome et Berlin veulent s'asseoir sur la préférence européenne

Le programme européen GovSatcom sera gratuit piur les États membres de l'Union européenne
EUSPA/EU/ESA

Le programme européen GovSatcom sera gratuit piur les États membres de l'Union européenne
EUSPA/EU/ESA
Il y a les déclarations en faveur de l'autonomie stratégique de l'Europe, et puis il y a les faits. Les pays européens sont à ce titre exaspérants quand il s'agit de préférence européenne et/ou de souveraineté en dépit d'une situation géopolitique très préoccupante. Dernier exemple en date, l'Allemagne et surtout l'Italie veulent dévoyer le principe du programme Govsatcom, qui est pourtant une belle initiative lancée par la Commission européenne et soutenue par le commissaire en charge de la défense et de l'espace Andrius Kubilius, en faisant entrer des loups dans la bergerie, dont Starlink, selon plusieurs sources concordantes.
De quoi parle-t-on ? Le programme Govsatcom doit fournir gratuitement des communications sécurisées aux gouvernements des 27 pays de l'Union européenne à partir de satellites de télécoms militaires européens déjà en orbite géostationnaire (dont les deux satellites Syracuse IV) appartenant à cinq États membres (Espagne, France, Grèce, Italie et Luxembourg). Soit un partage et une mise en commun de moyens déjà existants (« Pooling & Sharing »). La Commission européenne a signé un accord avec les cinq pays, qui, en contrepartie d'un chèque de Bruxelles, s'engagent à fournir de la capacité. Le budget est évalué à environ 100 millions d'euros quand Govsatcom tournera en régime de croisière.
Après quelques péripéties pour lancer le programme, la première phase a été lancée et est actuellement en phase de tests (« Initial services ») depuis la mi-janvier en Espagne chez l'industriel GMV, qui a développé la plateforme sous le contrôle de l'agence de l'Union européenne (EUSPA). Jusqu'ici tout va bien. Plusieurs pays, notamment des pays scandinaves et ex-pays de l'est, sont en train de tester le système. Dans un second temps, la Commission souhaite élargir Govsatcom à des services gouvernementaux comme par exemple la sécurité civile (tremblements de terre, inondations...), en faisant entrer des opérateurs commerciaux pour disposer de plus de capacités et sans en perdre pour les armées européennes.
Et là c'est le drame... Car c'est dans cette seconde phase que Rome et Berlin veulent donner la possibilité à des opérateurs non européens de proposer des services de télécoms. Ou comment dévoyer une initiative européenne par deux pays qui comptent lancer leurs propres constellations de télécoms sécurisés. Ce qui agace prodigieusement la France mais aussi d'autres pays et provoque des discussions et des remous à très haut niveau en Europe. D'autant que Govsatcom hébergera la future constellation européenne IRIS², qui fournira des communications sécurisées au contraire de Starlink. L'Allemagne et l'Italie, qui veulent ouvrir le service à des opérateurs non européens, ne s'y prendraient pas autrement pour torpiller IRIS², qui est encore en suspens.
En Europe, Eutelsat, qui possède à ce jour la seule constellation européenne avec OneWeb, est logiquement et surtout légitimement, très intéressé par Govsatcom. « Aujourd'hui la seule constellation européenne qui vole et qui fonctionne, c’est celle d'Eutelsat. Elle s'appelle OneWeb. C'est la seule, les autres sont des projets de papier pour l'instant », a rappelé le ministre en charge de l’Espace Philippe Baptiste sur l'émission Air & Defense BFM Business en partenariat avec La Tribune.
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En novembre, le directeur général de l'opérateur Jean-François Fallacher avait annoncé en marge d'une conférence de presse consacrée à l'augmentation de capital du groupe, qu'Eutelsat allait participer à Govsatcom. « On est très engagé et, ce d'ores et déjà, sur la participation à Govsatcom avec nos satellites de communications géostationnaires. (...) On est effectivement en discussion pour que notre constellation OneWeb participe à ce programme. C'est très bien engagé », avait-il précisé.
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