Depuis près de trois mois, l'État français se démène pour sauver le soldat Eutelsat. A Paris, de l'Élysée à Bercy en passant par Matignon, on échafaude de façon très active des projets afin de remettre l'opérateur de satellites sur la bonne orbite, explique-t-on à La Tribune de sources concordantes. Et il y a urgence pour l'État français, qui compte fortement sur Eutelsat pour deux bonnes raisons : la France a besoin de cet opérateur de satellites pour disposer d'un acteur européen solide face à Starlink d'Elon Musk mais aussi pour lancer de façon définitive la constellation européenne IRIS². Un programme de la Commission européenne qui reste encore à risque jusqu'à la fin de cette année.
Contacté par La Tribune, Bercy confirme suivre attentivement ce dossier mais sans donner d'informations supplémentaires. Interrogée par La Tribune, la directrice générale d'Eutelsat Eva Berneke, qui confirme les discussions avec le gouvernement, se félicite de constater que l'État français considère l'opérateur comme « un actif stratégique fondamental pour la France et l'Europe » et « pour la constellation européenne IRIS² ». Toutefois, comme le souffle un observateur, l'opérateur français, aujourd'hui en difficulté financière, est jugé aujourd'hui comme « le maillon faible » de la constellation IRIS² cruciale pour la souveraineté de la France et de l'Europe en matière de communications spatiales sécurisées.
IRIS², un programme très onéreux, va coûter près de 11 milliards d'euros, dont deux milliards environ à la charge de l'opérateur de satellites dans le cadre d'un Partenariat Public Privé (PPP). Les pouvoirs publics européens (Union européenne et Agence spatiale européenne) financent plus de 60% de la constellation (soit plus de 6,3 milliards d'euros). Eutelsat doit également consentir de nouveaux investissements pour muscler sa constellation OneWeb (340 satellites supplémentaires en plus des 100 initialement commandés). Soit 2 à 2,2 milliards d'euros environ entre les exercices 2024-25 et 2028-29 qui se rajoute aux investissements pour IRIS². La directrice générale d'Eutelsat confirme que son groupe doit « investir beaucoup plus que ce qui était prévu ».