Claire Thoury devient la première femme à présider le Conseil économique, social et environnemental, avec la promesse de défendre une institution contestée sur son utilité et son coût.
Le Conseil économique, social et environnemental ouvre un nouveau chapitre. La responsable associative Claire Thoury a été élue mercredi présidente de l’institution, devenant la première femme à en prendre la tête, avec la tâche de défendre une chambre consultative régulièrement contestée pour son coût et son utilité. À l’issue d’un vote à bulletins secrets, elle a réuni 97 voix contre 74 pour son adversaire, l’entrepreneuse Dominique Carlac’h. Elle dirigera le Cese jusqu’en 2031.
Dans la foulée de son élection, le président de la République Emmanuel Macron l’a félicitée sur X, estimant qu’elle porterait « la voix de la société civile, au service de l’intérêt général et de la République ».
La prise de fonction intervient dans un climat de défiance récurrent envers cette troisième chambre du Parlement, dont le rôle consultatif est régulièrement remis en cause. Aux critiques sur ses rapports jugés trop consensuels s’ajoute une pression sur les finances publiques. Le Cese est notamment accusé par certains élus de peser sur le budget de l’État, même si ses défenseurs rappellent un coût limité d’ « à peine 0,006% du budget de l’Etat ».
Maîtrise des coûts
En juillet, la commission des Finances de l’Assemblée nationale et la Cour des comptes ont pointé son fonctionnement. Quelques mois plus tôt, le député LR Philippe Juvin avait déposé une proposition de loi visant à le supprimer, estimant qu’il « fait partie de ces dépenses que l’État ne peut plus assumer, au regard de la situation de ses finances publiques ». Des élus du Rassemblement national ont également plaidé pour sa suppression.
Son président sortant Thierry Beaudet avait défendu une trajectoire de maîtrise des coûts, rappelant que « Il y a cinq ans, le budget du Cese était de 44 millions d’euros, au moment où je pars, il est de 34 millions d’euros » malgré une inflation supérieure à 15 % sur la période.
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Une nouvelle présidente qui assume la confrontation
Âgée de 36 ans, Claire Thoury dirige depuis cinq ans le Mouvement associatif, qui fédère plus de 700.000 associations. Sociologue spécialiste des questions d’engagement, elle a été élue avec un large soutien des syndicats, du monde associatif et de l’économie sociale et solidaire.
Dès son discours de victoire, elle a donné le ton en évoquant un contexte qu’elle juge préoccupant. Elle a souligné que « les temps sont graves », pointant la montée des « attaques contre les libertés fondamentales ».
Elle a notamment cité les tensions autour des enjeux sociétaux : « Droits des femmes », « politiques d’égalité », science contestée, « backlash » subi par les acteurs de la transition écologique : « cela se traduit par des reculs dans les combats que nous portons chaque jour dans les organisations de la société civile ».
Elle a également alerté sur les pressions exercées sur le monde culturel : « Le monde de la culture et de la création est aussi visé par des attaques répétées contre la liberté artistique (...), comme l’atteste la récente prise de position du directeur de Canal+, qui a annoncé dimanche qu’il ne travaillerait plus avec les 600 signataires d’une récente tribune contre Vincent Bolloré », a-t-elle pointé.
Face aux critiques sur l’utilité de l’institution, elle a promis de ne pas fuir le débat interne, mais au contraire de l’organiser. Elle réunira le 1er juillet les responsables des organisations représentées au Cese afin de « identifier ensemble les grands chantiers sur lesquels le Conseil travaillera dans la perspective de l’élection présidentielle et des élections législatives de 2027 ».
Un débat sur le rôle de la « chambre de la société civile »
Réformé en 2021 pour devenir une chambre de la participation citoyenne, le Cese a notamment organisé trois conventions citoyennes — sur le climat, la fin de vie et les temps de l’enfant — dont les retombées concrètes sont jugées limitées par certains observateurs.
Face à cette critique, la concurrente de Claire Thoury, Dominique Carlac’h, plaidait pour une transformation plus offensive de l’institution, avec la création d’un « observatoire des tensions », une « production réactive avec suivi d’impact » et une « stratégie de rayonnement » pour améliorer sa visibilité.
De son côté, la nouvelle présidente entend assumer une ligne plus conflictuelle sur le fond. Interrogée sur les critiques récurrentes visant les 140 avis rendus en cinq ans, elle avait répondu vouloir « assumer la divergence quand elle est constructive ».