Le drôle d'effet psychologique des droits de douane américains
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Selon la Fed, les hausses de tarifs engendrent surtout une incertitude économique significative.
/FW1HFS/Muhammad Tasim Zahid - REUTERS - Elizabeth Frantz
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Selon la Fed, les hausses de tarifs engendrent surtout une incertitude économique significative.
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Il faut bien l'avouer : l’augmentation spectaculaire des droits de douane américains au printemps 2025, la plus importante depuis près d’un siècle, n’a finalement pas provoqué l’emballement inflationniste redouté par de nombreux économistes. Rien de bien étonnant au final, quand on scrute avec attention la grande histoire économique américaine.
Selon une analyse historique menée par la Fed de San Francisco et publiée ce 5 janvier, les effets directs sur les prix des droits de douane américains se sont révélés, une fois de plus, relativement limités. Depuis l’annonce des tarifs par l’administration américaine, la hausse des prix s’est inscrite dans une trajectoire modérée, en dépit d’un contexte général déjà marqué par une inflation supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la Réserve fédérale. En revanche, pour d'autres indicateurs économiques l'évolution est bien moins favorable : embauches au ralenti, recul de certains indices manufacturiers, et intervention répétée de la Réserve fédérale sur les taux d’intérêt pour soutenir la croissance.
L’étude de la Fed de San Francisco, qui dresse ce constat, se fonde sur une analyse des changements de tarifs aux États-Unis entre 1886 et 2017. Au plan historique, le rapport constate ainsi que « les hausses de droits de douane sont souvent suivies d’une baisse de l’inflation plutôt que d’une hausse ». Cette règle, contre-intuitive, est même chiffrée : « une hausse d’un point de pourcentage des tarifs est associée à une baisse de 0,6 point de pourcentage de l’inflation au cours de l’année suivante ».
Selon la Fed, les hausses de tarifs engendrent surtout une incertitude économique. Entreprises et ménages, confrontés à la volatilité des coûts et à la perspective d’une contraction de l’activité commerciale, réduisent leurs dépenses et leurs investissements. Comme le notent les auteurs de l’étude, « les hausses de tarifs tendent à réduire la demande globale en diminuant la consommation et l’investissement, ce qui peut compenser les effets directs sur les prix liés à l’augmentation du coût des importations ». Cette « prudence collective » tend à neutraliser l’effet inflationniste initial lié à des importations plus coûteuses. En d’autres termes, les droits de douane frappent avant tout le climat économique plutôt que le niveau général des prix.
L'année 2025 n'échappe pas à cette règle : si l’on considère l’économie américaine dans son ensemble, les signes de fragilisation sont visibles. Le marché de l’emploi a montré un ralentissement depuis avril dernier, et l’indice de l’activité manufacturière est tombé à son plus bas niveau depuis 14 mois en décembre. Selon la Fed, qui enfonce le clou, « les chocs tarifaires sont associés à de légères mais persistantes baisses de la production industrielle et de l’emploi ».
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D’autres facteurs atténuent l’impact direct sur les prix constate l'étude. Les entreprises ne paient souvent qu’une fraction des tarifs annoncés, en raison d’exemptions ou de contournements légaux. Ainsi, le taux de douane effectif moyen reste inférieur à celui affiché publiquement. Cette distorsion contribue à expliquer pourquoi la flambée de l’inflation tant redoutée ne se matérialise pas. Comme le résument les auteurs, « les données historiques suggèrent que l’impact inflationniste des tarifs est généralement limité en raison de la baisse compensatrice de la demande ».
Mais à long terme, le scénario pourrait évoluer. Les entreprises risquent de répercuter progressivement les coûts supplémentaires sur les consommateurs, et certaines filières pourraient ressentir plus fortement le choc protectionniste.
Cette analyse historique offre à ce titre une leçon essentielle : les mesures protectionnistes ne sont pas un levier direct pour contrôler les prix, mais un facteur influent sur le climat de confiance et la dynamique économique.
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