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Défense et AérospatialeDéfense

« Un petit peu en 1918 » : la course contre la montre de l’armée française pour maîtriser l'IA

Djallal Malti

Publié le 12 juin 2026 à 16:17

Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral AI et Guillaume Faury, PDG d'Airbus.

Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral AI et Guillaume Faury, PDG d'Airbus.

Djallal Malti/LT

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Lors du Paris Air Forum, l’état-major et les industriels (Airbus, Thales, Mistral AI) ont tracé la feuille de route numérique des armées. Face à la Chine et la Russie, la France intensifie l’usage de la donnée et des drones pour accélérer la décision tactique et préserver sa supériorité.

L’intelligence artificielle et, plus largement, le numérique représentent un défi pour les forces armées et l’industrie françaises. Ces dernières doivent explorer leur potentiel et apprendre à les maîtriser pour assurer la souveraineté et la défense nationales.

L’IA « est au cœur de ce que l'on va pouvoir développer en termes de connectivité de nos plateformes habitées et non habitées », résume le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l’Espace, lors du Paris Air Forum. « C'est plus qu'une transformation, c'est une véritable révolution qu'on n'a pas le droit de rater », ajoute-t-il. « Sinon nous ne serons plus capables d’assurer » notre supériorité opérationnelle. Le haut gradé compare l’arrivée de l’IA à celle de la radio, « qui nous a permis de coordonner toutes nos manœuvres aériennes, terrestres et maritimes. »

Le saut technologique de la donnée

« Globalement, notre époque, en termes de technologie, on est un petit peu en 1918 » avec le début de la mécanisation, complète par une autre analogie le général de corps d’armée Bruno Baratz, ou encore 1940, où « on voit le différentiel tactique entre la combinaison chars-avions-transmission. »

« Aujourd'hui, globalement, on est à peu près dans les mêmes ruptures, c’est-à-dire qu'on a le combat qui est centré sur la donnée avec le numérique, la connectivité qui va de plus en plus vite, qui permet de détecter l'adversaire, de le traiter plus rapidement. »

Face à des mastodontes comme les États-Unis ou la Chine, mais aussi à de grandes puissances hostiles comme la Russie, l’armée française doit donc s’adapter, innover et maîtriser l’IA si elle ne veut pas être déclassée. Dans un conflit, « il faut déjà encaisser le premier choc, mais après, celui qui prend l'ascendant, c'est celui qui est capable d'innover plus rapidement et d'adapter plus rapidement les capacités de saisir les opportunités », reprend le général Baratz. Selon lui, la proximité entre militaires, chercheurs et industriels s'avère cruciale pour bâtir « des écosystèmes innovants qui permettent de s’adapter. »

L'Amiad et Mistral AI prônent l'apprentissage de terrain

Cette révolution progresse pas à pas, de manière itérative, afin de permettre aux militaires de s’approprier l’IA et de la déployer dans leurs opérations. « On a un enjeu à tous monter en compétences sur ce sujet », souligne Bertrand Rondepierre, directeur de l'Agence ministérielle de l'intelligence artificielle de défense (Amiad). « On est dans une démarche d’apprentissage commune » afin de mieux comprendre comment un C2 (centre de commandement et de contrôle) « pourrait fonctionner » et lui amener « des outils de plus en plus évolués », poursuit-il.

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« Il faut partir des cas d'utilisation et de la réalité concrète des process sur le terrain pour comprendre comment l'IA générative peut aider », abonde Arthur Mensch, le cofondateur et PDG de Mistral AI.

« Ça ne s'explore pas de manière abstraite. Il faut travailler avec les forces armées, comprendre comment elles s'engagent, comment elles travaillent et faire des cas d'utilisation et extraire de ces cas d'utilisation la plateforme pour pouvoir la répliquer à différents endroits », souligne le dirigeant.

Traitement des cibles : de vingt minutes à quelques secondes

Car le combat de demain sera infiniment plus complexe que ce que l’on connait aujourd’hui. La guerre en Ukraine a marqué l’arrivée des drones sur le champ de bataille et celle au Moyen-Orient a démontré les effets de saturation qu’ils apportent. Les prochains conflits verront sans doute s’imposer le recours à l’IA pour emporter la décision.

Bruno Baratz, commandant du combat futur et Patrice Caine, PDG de Thales.
Bruno Baratz, commandant du combat futur et Patrice Caine, PDG de Thales. (Crédits : Djallal Malti/LT)

« On observe une accélération des technologies (...) notamment avec la poussée de l'IA et du numérique qui transforme énormément les choses », observe le général Baratz. « Le champ que l'IA ouvre est absolument énorme dans le domaine de la défense », abonde Guillaume Faury, le patron d’Airbus. « On utilise déjà de l'IA aujourd'hui dans le domaine militaire pour faire de la reconnaissance d'images », rappelle-t-il.

« Ce qui change, c'est qu'on est maintenant capable d'utiliser de l'IA sur de la donnée qui va contribuer à de l’engagement », poursuit l'avionneur. Elle va permettre « d'élaborer et de digérer beaucoup plus d'informations pour faire de l'aide à la décision ou pour aller tout simplement beaucoup plus vite. »

Le « spectre des menaces s'est élargi vers le bas », complète Patrice Caine, le PDG de Thales. Pour lui, l’enjeu n’est pas capacitaire mais consiste à disposer d’un outil de production « capable de monter très rapidement en puissance » le jour où on en aurait besoin. Thales s’appuie sur l’IA pour développer des algorithmes. Le but est d'accroître nettement la précision des radars ou celle des pods de reconnaissance des avions. Cela permettra de réduire à quelques dizaines de secondes la capacité d’identifier des cibles d'intérêt, contre une vingtaine de minutes sans l’IA.

Vers une armée « datacentrée » et interopérable

Dans l’armée de l’Air, l’arrivée de l’IA se traduira demain par la cohabitation d’avions de combat pilotés avec des drones de différentes tailles en fonction de la mission. « On ne peut plus opposer plateforme habitée, non habitée, etc. », affirme le général Bellanger qui insiste : « on aura surtout une connexion entre ces plateformes. C'est vraiment ça le sujet. »

Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace et Bertrand Rondepierre, directeur de l'Agence ministérielle de l'intelligence artificielle de défense.
Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace et Bertrand Rondepierre, directeur de l'Agence ministérielle de l'intelligence artificielle de défense. (Crédits : Djallal Malti/LT)

La question « n'est pas tant de remplacer ou d'enlever les pilotes, c'est plutôt de leur donner plus de capacités grâce à l’IA » dans un cockpit, au sol ou les deux, complète Bertrand Rondepierre. « Cet enjeu de massification, il est clé, et c'est ça que l'IA nous permet de faire. » Au sol, cela signifie d’avoir une armée « datacentrée [axée sur les données] », affirme le général Bellanger. « Notre outil de combat doit avoir des data hub » pour exploiter rapidement les données issues du champ de bataille, indique-t-il.

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Enfin, l’interopérabilité entre les alliés doit être assurée par des « architectures de référence pour que tous les systèmes puissent se parler entre eux », souligne le général Bellanger. Reste une question : quel rang tient la France aujourd’hui ? « On est vraiment dans la course », assure Patrice Caine. « L'enjeu, il est plutôt comment on fait pour y rester », estime-t-il en insistant sur la ressource humaine, « clé » à ses yeux.

Djallal Malti

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