« Si notre pays poursuit des choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l’avenir », prévient le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dans sa lettre au président de la République, publiée lundi 4 mai.Durant la campagne présidentielle, le débat sur l’état des finances publiques sera-t-il sérieux ? Posera-t-il un diagnostic lucide sur la situation ? Si tel est le cas, il devra lever un tabou : ces 15 dernières années, la France a fléché les dépenses publiques vers les seniors en creusant la dette. Un choix qui s’est opéré à bas bruit, au détriment de dépenses d’avenir comme l’éducation. Et que pointe le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dans sa lettre au président de la République, Emmanuel Macron, dévoilée lundi 4 mai. Ce courrier revêt une importance particulière puisque le patron de l’institution s’apprête à quitter son poste en juin. Il pourrait être remplacé par l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Emmanuel Moulin (2025-2026).
« Nos arbitrages collectifs ont été jusqu’à présent en faveur des seniors : dépenses de retraite et de santé, et financement par le déficit… Si notre pays poursuit de tels choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l’avenir », alerte le gouverneur de la Banque de France.
Un système de retraite « généreux »
Depuis 2010, les dépenses de retraite représentent plus de 14 % du PIB — 14,8 % en 2024, soit 445 milliards d’euros environ. C’est 2,3 points de PIB en plus par rapport à la moyenne européenne (12,5 %). Surtout, c’est nettement supérieur aux trois pays les plus performants sur le sujet en Europe : la Suède (11,1 % du PIB), le Danemark (7,2 %) et les Pays-Bas (6,1 %). Des pays du nord de l’Europe où « l’âge effectif de la retraite y est aujourd’hui proche de 65 ans », souligne l’institution financière.
Il faut toutefois noter que les Pays-Bas et le Danemark disposent d’un système de retraite qui accueille une composante privée, ce qui fait mécaniquement baisser la dépense publique de ces pays. En France, une étude Elabe pour l’Association française de la gestion financière (AFG) soulignait, en juin 2025, que la moitié des Français se montraient séduits par la capitalisation.