Retraites : pendant que le conclave s’embourbe, près de la moitié des Français séduits par la capitalisation

Le conclave sur les retraites n’a pas abouti mardi 17 juin.
LTD/Firas Abdullah/ABACAPRESS

Le conclave sur les retraites n’a pas abouti mardi 17 juin.
LTD/Firas Abdullah/ABACAPRESS
Le Premier ministre François Bayrou était trop optimiste. Depuis le 27 février, syndicats et patronat travaillaient chaque semaine pour tenter d'améliorer la dernière réforme des retraites adoptée en 2023. Mais le conclave, impulsé par le locataire de Matignon, n'a pas abouti mardi 17 juin lors de la dernière séance de travail.
Pour tenter de faire atterrir les négociations, l'animateur du conclave, Jean-Jacques Marette, a proposé une ultime réunion lundi 23 juin. Reste à savoir si syndicats et patronats accepteront ce nouvel effort.
Dans le détail, les mesures favorisant la retraite des femmes semblent faire consensus autour de la table. En revanche, les exigences des syndicats sur la pénibilité ou l'âge de départ sans décote font toujours débat. Sur ce dernier point, les syndicats veulent abaisser l'âge de départ à 66 ans contre 67 ans aujourd'hui. Une solution intermédiaire, proposée par Jean-Jacques Marette, pourrait être trouvée à 66 ans et demi.
Concernant l'équilibre financier du régime, le compte n'y est pas selon le Medef. La possibilité d'une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) pour les retraités aux revenus moyens et supérieurs est évoquée. Il ne serait plus question en revanche de la prime senior proposée la semaine dernière par le Premier ministre François Bayrou.
Pendant que le conclave s'enlise, les ménages, eux, semblent avoir pris conscience des difficultés pour pérenniser le système de retraite par répartition. En témoigne l'étude Elabe réalisée pour l'Association française de la gestion financière (AFG) dévoilée mardi sur « Les Français et l'éducation financière ».
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Près de la moitié des Français - 47 % précisément - répondent oui à la généralisation de plans d'épargne retraite par capitalisation en complément du système de retraite par répartition. Les « cadres » sont même favorables à cette idée à 65 %, tout comme les ménages avec « une forte capacité d'épargne » à 64 % et les « investisseurs » à 56 %.
À l'inverse, seules 18 % des personnes interrogées se montrent réfractaires à l'idée. Tandis qu'un bloc d'indécis (35 %) ne se prononce pas et doit, sans doute, encore être convaincu du bien-fondé d'une telle mesure.
Le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (Cor) pourrait les amener à réfléchir à cette idée « En 2024, le solde du système de retraite est déficitaire de 1,7 milliard d'euros », écrivent les experts dans le document publié en juin. Pire, le déficit devrait se creuser à 6,6 milliards d'euros en 2030, et jusqu'à 1,4 point de PIB en 2070.
Ce printemps, c'est Edouard Philippe, candidat à l'élection présidentielle de 2027 qui s'est vivement emparé du sujet. L'ancien Premier ministre plaide pour « mettre en place un système de capitalisation qui n'a pas vocation à remplacer complètement la répartition, mais qui doit venir compléter le système par répartition ». Dans le système philippiste, la capitalisation représenterait environ 15 %.
Même la CFDT s'est montrée ouverte à la discussion. « Je suis prête à discuter de la capitalisation avec les organisations patronales », si elles expliquent qu'il n'y aura « pas de hausse de cotisations », a récemment déclaré la numéro un du syndicat Marylise Léon sur BFM TV.
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« Le modèle par répartition est bien plus risqué que le modèle par capitalisation, expliquait Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste à La Tribune début juin. Le risque, c'est qu'à terme l'État n'ait plus les moyens et verse de toutes petites pensions à l'avenir, faute d'avoir introduit un peu de capitalisation. »
Aujourd'hui, le versement des retraites représente une charge de 400 milliards d'euros pour l'État. C'est un quart de la dépense publique annuelle (1 600 milliards d'euros).
(Étude menée sur un échantillon 1 025 personnes représentatif des résidents de France métropolitaine âgés de 18 ans et plus. Interrogation menée par Internet du 6 au 10 mars 2025.)