Comment combler le fossé entre le concept et le succès commercial ? Si la question vaut pour tous les secteurs, elle est particulièrement prégnante pour celui de la santé numérique. « On a longtemps dit que le problème de l’e-santé résidait dans son modèle économique. Il me semble qu’aujourd’hui la principale difficulté se place plutôt dans l’accès au marché », relève Emilie Royère, directrice générale d’Eurobiomed. Pôle de compétitivité mondial basé en région Sud et en Occitanie, il est l’une des portes d’entrée du projet européen Tiger (pour FosTering eHealth and Social Innovation Gamechangers in Elderly and Remote care) financé par le programme Interreg Espace Alpin. Celui-ci mobilise 2,67 millions d’euros pour encourager l’émergence de solutions numériques en santé, les tester et les déployer à l’échelle des territoires engagés. Et ainsi, favoriser l’accès aux soins dans les zones rurales et isolées de l’arc alpin.
Autour de la table, cinq pays (l’Allemagne, l’Autriche, la France, l’Italie et la Slovénie) et autant de règles et de mécanismes de financement, autant de manière d’appréhender le marché et les solutions. Autrement dit, autant de méandres dans lesquels PME et start-up se perdent facilement. Lancé mi-septembre, jusqu’à la fin du mois d’octobre, le premier appel à manifestation d’intérêt du projet Tiger s’attache justement à éclairer ces différents chemins. « Rien qu’en France, les processus d’accès au marché sont très différents selon que les produits soient destinés aux établissements de soin, aux médecins libéraux, aux patients, aux aidants, sachant qu’une même solution peut adresser plusieurs cibles. » L’exemple le plus parlant étant celui des plateformes de télémédecine, certaines développées à destination du patient à l’image de Qare, qui revendique le leadership en France avec plus de 7 millions de téléconsultations réalisées. Et d’autres, qui se positionnent sur le volet téléexpertise, le professionnel de santé donc, comme la marseillaise Rofim qui vient de lever 10 millions d’euros pour accélérer son développement technologique et géographique. « Or, reprend Emilie Royère, pour l’une comme pour l’autre, on est sur un système de dialogue à distance entre un besoin médical et une expertise médicale. »