Le rapport d'experts sur le Smic révèle la double peine des travailleurs modestes, piégés dans des « trappes à bas salaires ».Le gouvernement prévoit de déposer d’ici à la fin de l’année un projet de loi pour accélérer la création d'une allocation sociale unique, fusionnant RSA, prime d’activité et aides au logement. Dans ce contexte, le dernier rapport du groupe d’experts sur le Smic, publié fin novembre, met en garde contre un phénomène préoccupant : le développement des « trappes à bas salaires ».
Les salariés modestes, situés entre 1,2 et 2 Smic, sont confrontés à ces plafonds de verre invisibles, ces « trappes » qui maintiennent leur salaire vers le bas. Toute promotion peut même leur coûter plus qu’elle ne leur rapporte, car elle peut s’accompagner d’une baisse des aides sociales, comme la prime d’activité. Du côté des employeurs, la situation n’est pas meilleure : plus le salaire de leur employé augmente, moins l’entreprise bénéficie d’allègements de cotisations sociales.
Quel lien existe-t-il entre les trappes à bas salaires et l’allocation sociale unique ? Pour le comprendre, il suffit de regarder vers le Royaume-Uni, qui a lancé dès 2012 la réforme de l’Universal Credit, son allocation sociale unique, pour mettre justement fin à ces « trappes à pauvreté ». La France fait aujourd’hui face à un phénomène comparable qui contribue à la paupérisation d’une partie de la population.
Quand 100 euros de l’employeur ne rapporte que 25 euros au salarié
Les experts du Smic illustrent le phénomène avec un exemple concret. Pour 100 euros de rémunération supplémentaire versés par l’employeur, le salarié ne touche en réalité que 20 à 25 euros nets. Pour que le salarié voit son revenu disponible réellement augmenter de 100 euros, l’entreprise doit supporter une hausse du coût du travail de plus de 400 euros. Dans ces conditions, l’employeur est peu encouragé à accorder des augmentations, et le salarié n’est guère incité à se former pour monter en compétences dans l’entreprise.