Menace de rupture commerciale avec l’Espagne, refroidissement avec Londres : Trump ouvre de nouveaux fronts
latribune.fr
"L'Espagne a été terrible", a notamment indiqué Donald Trump, reprochant au gouvernement socialiste de Pedro Sanchez son refus de laisser l'aviation américaine utiliser des bases situées en Andalousie.
/FW1FP/Clarence Fernandez - REUTERS - Elizabeth Frantz
En menaçant de « cesser tout commerce avec l'Espagne » et en s’en prenant frontalement au Royaume-Uni, Donald Trump fait monter la pression sur deux alliés clés et fait planer un risque inédit sur la stabilité des relations économiques transatlantiques.
Les tensions commerciales et stratégiques entre Donald Trump et deux alliés historiques de Washington ont franchi un nouveau palier. Mardi, le président américain a menacé de « cesser tout commerce avec l’Espagne » et multiplié les attaques contre le Royaume-Uni, ouvrant une séquence d’incertitude pour les entreprises des deux côtés de l’Atlantique.
Depuis la Maison Blanche, où il recevait le chancelier allemand Friedrich Merz, le locataire du Bureau ovale a lancé une charge d’une rare virulence contre Madrid. « Nous allons cesser tout commerce avec l’Espagne. Nous ne voulons pas entendre parler de l’Espagne », a-t-il déclaré.
« L’Espagne a été terrible », a-t-il ajouté, reprochant au gouvernement socialiste de Pedro Sanchez son refus de laisser l’aviation américaine utiliser des bases situées en Andalousie dans le cadre de la campagne militaire contre l’Iran. « C’est le seul pays de l’Otan qui n’a pas accepté de consacrer 5 % » de son PIB aux dépenses militaires, a-t-il encore souligné, en référence au nouvel objectif budgétaire défendu par Washington. « L’Espagne a été très, très peu coopérative », a insisté le président.
Désamorcer l’escalade
Pour les milieux d’affaires, la menace est lourde. Les États-Unis constituent l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Espagne hors Union européenne, tant pour les exportations industrielles que pour les investissements croisés dans l’énergie et les infrastructures. Une suspension des échanges, même partielle, bouleverserait des chaînes de valeur intégrées, notamment dans l’automobile, l’agroalimentaire et les services.
Madrid a cherché à désamorcer l’escalade. Dans un communiqué, le gouvernement assure que l’Espagne est « un partenaire commercial fiable pour 195 pays dans le monde », dont les États-Unis. Il précise que, « si l’administration américaine souhaite revoir (sa relation commerciale avec l’Espagne), elle devra le faire dans le respect de l’autonomie des entreprises privées, de la légalité internationale et des accords bilatéraux entre l’Union européenne et les Etats-Unis ». Le texte ajoute : « Notre pays dispose des ressources nécessaires pour contenir d’éventuels impacts, aider les secteurs qui pourraient être affectés et diversifier les chaînes d’approvisionnement ».
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« Non à la guerre ! »
Quelques heures plus tôt, le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, assurait n’avoir « eu aucune conversation avec aucun représentant nord-américain » ni « reçu aucune plainte » concernant les bases de Rota et Morón, rappelant qu’elles sont utilisées « conjointement avec les États-Unis » et demeurent « sous souveraineté espagnole ».
« Non à la guerre ! », a répondu pour sa part mercredi le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à Donald Trump. « Nous sommes opposés à ce désastre », a-t-il poursuivi dans une allocution, estimant que cette position était partagée par « de nombreux autres gouvernements » et « des millions de citoyens et de citoyennes qui, dans toute l'Europe, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient, ne demandent pas pour demain plus de guerre ou plus d'incertitude ». « Nous ne serons pas complices par peur de représailles », a-t-il ajouté.
« Ce n’est pas à Winston Churchill »
Au Royaume-Uni, la pression est tout aussi vive. Donald Trump a vertement critiqué le Premier ministre Keir Starmer, accusé de manquer de soutien dans la guerre au Moyen-Orient. « Ce n’est pas à Winston Churchill que nous avons affaire », a-t-il lancé, se disant « mécontent de Londres ».
Au cœur du différend figure la base stratégique de Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos. Londres a d’abord refusé son utilisation pour les frappes contre l’Iran. « Le Royaume-Uni s’est montré très, très peu coopératif », a fulminé le président américain, se disant aussi « très déçu » par Keir Starmer. « C’est très triste de voir que la relation n’est manifestement plus ce qu’elle était », a-t-il déclaré au Sun. Il a également accusé le dirigeant travailliste d’avoir mis « beaucoup trop de temps » à donner son feu vert.
Londres a finalement autorisé l’usage de bases britanniques, dont celle de Fairford, et annoncé l’envoi d’un navire de guerre en Méditerranée orientale. Keir Starmer a toutefois défendu sa ligne au Parlement, affirmant avoir agi dans « l’intérêt national du Royaume-Uni » et soulignant que Washington avait exprimé « son désaccord avec notre décision de ne pas participer aux frappes initiales ».
Au-delà des frictions militaires, les propos de Donald Trump résonnent comme un avertissement économique. Le Royaume-Uni, qui se targuait d’avoir obtenu un traitement plus favorable que d’autres pays dans les discussions commerciales avec Washington, redoute désormais un durcissement. Les investisseurs scrutent l’évolution de cette « relation spéciale » vieille de 250 ans, pilier des échanges financiers et industriels transatlantiques.