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ÉconomiePolitique internationale

Conflit en Iran : le pari risqué de Trump à l’approche des midterms

Margot Ruault

Publié le 04 mars 2026 à 02:00

Une manifestation contre le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran devant la Trump Tower aux États-Unis, le 2 mars 2026.

Une manifestation contre le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran devant la Trump Tower aux États-Unis, le 2 mars 2026.

REUTERS - Shannon Stapleton

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

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En frappant l'Iran, Donald Trump prend le risque de déstabiliser l'économie américaine à quelques mois des élections de mi-mandat. Sur fond de menace inflationniste avec la hausse des cours du pétrole et de possibles tensions sur les obligations d'État, le président joue sa survie politique.

À quelques mois des midterms, Donald Trump joue gros. Le président américain est au plus bas dans les sondages à mesure que les Américains se plaignent du coût de la vie. Électricité, loyer, courses, assurance maladie… Les ménages moyens ont de plus en plus de mal à sortir la tête de l’eau. La seule variable qui joue en faveur du président, ce sont les prix à la pompe qu’il a réussi à maintenir à la baisse. Un atout clé à l’approche des élections de mi-mandat de novembre qu’il vient pourtant de mettre à mal ce week-end en décidant de frapper l’Iran.

Les cours du pétrole ont pris plus de 5 % ce mardi en raison de la fermeture quasi complète du détroit d’Ormuz par lequel circulent 20 % de la production mondiale d’or noir. Le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en avril, gagnait 7,36 % à 76,47 dollars ce midi. Une hausse encore modérée des cours qui risque de se répercuter sur les prix des carburants. Mais tout dépendra de la durée du conflit à venir. S’il s'éternise plusieurs semaines, les barils pourraient continuer leur ascension. Un scénario à éviter pour le président américain qui a pourtant prévenu que la guerre pourrait durer un mois, voire plus.

« Les graphiques montrent une corrélation entre le prix du gallon et la popularité des présidents américains car ils forgent la perception de l’inflation chez les consommateurs », argumente Ruben Nizard de Coface.

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Le gaz est aussi concerné. Le cours des contrats à terme sur le gaz naturel américain pour livraison en avril a pris 5 % en une journée. Bien loin des 40 % des prix de référence du gaz néerlandais et britannique car les États-Unis sont de gros producteurs de gaz naturel. Les prix ont tout de même été tirés ces derniers mois par les exportations. « La situation au Moyen-Orient pourrait aussi avoir des conséquences à terme sur le prix du gaz américain », estime Ruben Nizard.

Augmentation des bons du Trésor

Une autre variable économique pourrait inciter Donald Trump à mettre fin plus rapidement au conflit en Iran : les bons du Trésor américain. Le président se montre particulièrement attentif à ce que les T-bonds ne flambent pas. Car une hausse des taux des obligations d’État américaines pourrait avoir des conséquences sur le financement des ménages et des entreprises. Un mauvais signal pour les électeurs avant les élections de mi-mandat qui détermineront la majorité au Congrès. Et ce, alors que les taux hypothécaires, sensibles aux T-bonds, viennent tout juste de commencer à baisser.

Avec l’augmentation des cours du pétrole et du gaz, les investisseurs craignent une montée de l’inflation, voire un risque de stagflation qui combine une croissance faible et une inflation élevée. D’autres anticipent que l’administration Trump emprunte davantage. Si les rendements des obligations américaines à 10 ans ont joué leur rôle d'actifs sûrs et sont descendus sous les 4 % samedi après les frappes, autour de 3,96 %, ils sont remontés à 4,07 % ce mardi.

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Par ailleurs, l’inflation provoquée par le conflit pourrait même retarder une possible baisse de taux cette année de la Réserve fédérale américaine (Fed). Voire pourrait encourager la Fed à augmenter les taux.

Mise à mal de l’« America first »

Au-delà des considérations purement économiques, les Américains se montrent particulièrement hostiles à l’intervention américaine en Iran. D’après un sondage IPSOS USA pour Reuters, seulement 27 % des Américains approuvent les frappes. Et plus de la moitié (54 %) « serait moins enclins à soutenir l'action militaire si elle entraînait des pertes humaines américaines ». Depuis le début de l’assaut, six soldats américains sont décédés, selon l'Armée américaine.

Donald Trump va à l’encontre des déclarations qu’il a pu tenir notamment lors de sa campagne présidentielle. « Je ne vais pas commencer de guerre, je vais mettre fin aux guerres », avait-il ainsi déclaré.

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Encore dans son discours sur l’état de l’Union la semaine dernière, il s’est vanté d’avoir mis fin à de nombreux conflits. S’il reçoit des soutiens au sein de sa base Maga, certains républicains ou commentateurs politiques sont désormais plus réticents, regrettant que le président ne privilégie pas, selon eux, l'« America First », c’est-à-dire l’Amérique d'abord. « Ce n'est pas ce que nous pensions que MAGA était censé être », s’est même indignée l'ex-trumpiste et figure de la droite radicale, Marjorie Taylor Greene. « Nous avons voté pour l'Amérique d'abord et ZÉRO guerre », a-t-elle publié sur les réseaux sociaux. De leur côté, les démocrates ont demandé un vote sur les pouvoirs attribués au président. Ils se plaignent que de telles décisions militaires n’aient pas été discutées en amont au Congrès, comme cela devrait être le cas pour toute autorisation de guerre dans une situation non urgente.

Plus le conflit s’éternise et plus l’économie américaine sera touchée. Les conséquences économiques négatives sur les États-Unis sont « un argument qui plaiderait pour mettre fin le plus vite possible à l’intervention américaine », estime Ruben Nizard. L’Iran joue aussi la montre. D’après un article du New York Times, prolonger le conflit et déstabiliser la région, notamment les installations pétrolières et gazières des pays du Golfe, serait leur stratégie pour fragiliser l’agenda politique du président américain et le forcer à reculer. Sur Truth Social, Donald Trump n’a pas l’air inquiet : « Leur défense aérienne, leur armée de l'air, leur marine et leur commandement sont anéantis. Ils veulent discuter. J'ai dit : ‘Trop tard !’ » a-t-il écrit.

Margot Ruault

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