Hommage à Philippe Labarde : l'héritage d'un patron de presse exigeant et mentor pour toute une génération

Philippe Labarde
J.Rosselin

Philippe Labarde
J.Rosselin
La disparition de Philippe Labarde a suscité l'hommage de nombreux confrères et consœurs qui dessine, en creux, le portrait d'un patron de presse exigeant, chaleureux, ombrageux parfois, mais resté pour beaucoup une référence professionnelle et morale. Fondateur de La Tribune et figure marquante de la presse économique, il est mort le 16 juin à Paris à l'âge de 86 ans.
Romaric Godin (Mediapart, ancien de La Tribune) le décrit comme « un homme de presse rare » qui « ne se couchait ni devant les économistes, ni devant les politiques, ni devant les actionnaires ». Éric Walther évoque lui aussi « un homme de presse, un vrai ».
Plusieurs témoignages insistent sur la même alliance de rudesse et de droiture. Olivier Milot célèbre « sa rigueur journalistique », « sa plume acérée », « son intégrité morale » et « son refus du compromis », quand Jean-Christophe Chanut rappelle qu'il fut « un modèle pour toute une génération de journalistes économiques ».
Au sein de La Tribune, les messages disent moins une nostalgie abstraite qu'un héritage très concret. Ludovic Desautez rappelle que celui-ci fut l'artisan d'« une certaine — et généreuse — idée de la presse » et qu'il avait contribué à placer l'économie « au cœur du débat public ».
Le président de La Tribune, Jean-Christophe Tortora, a lui aussi salué l'un des « pères fondateurs emblématiques » du titre, en soulignant l'héritage laissé à la rédaction. Philippe Mabille, rend hommage à un « truculent patron de presse » et ravive, avec la chanson « À la santé du confrère », tout un folklore de rédaction qui dit bien d'où il parle : depuis la continuité assumée de l'esprit du journal.
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Les souvenirs personnels montrent un rédacteur en chef qui formait en exigeant beaucoup. Pascal Riché, qui parle comme ancien jeune journaliste dont Labarde fut le premier rédacteur en chef, raconte ainsi avoir appris auprès de lui que « rien n'est impossible quand on fait un journal » : une leçon de bouclage, de souplesse et d'ambition éditoriale.
Daniel Vigneron parle d'un « père spirituel », tandis que Maurice Lévy, lecteur fidèle de presse, salue « un formidable homme de presse » qui avait « à cœur d'enseigner aux jeunes ce formidable métier d'informer ». Mathieu Viviani, depuis la génération plus récente des journalistes de La Tribune, dit pour sa part se sentir dépositaire d'un héritage reçu sans l'avoir connu directement.
Au-delà des fonctions, les hommages font revivre une allure et une voix. Les témoins évoquent sa moustache, ses bretelles, ses manches retroussées au bouclage, sa « faconde de légende », ses coups de gueule, ses éclats de rire et sa curiosité intellectuelle.
Stéphane Distinguin retient son autorité « qu'on ne porte pas impunément » avec une telle moustache ; Jean Stern, qui parle en pair attaché à la liberté intellectuelle, salue « la marque d'un vrai patron de presse ».
Les témoignages les plus personnels complètent encore le portrait. Jean-Bernard Magescas parle depuis l'amitié et les souvenirs de vie, entre coinche et chansons de Brassens. Isabelle Croizard et Dominique Thiebaut, anciennes collaboratrices de La Tribune sur les changes et les taux, racontent un chef de journal capable d'arriver après déjeuner en lançant : « Les cocos, j'ai pas de Une, inventez moi donc une petite crise des changes... » Jean-Pierre Tuquoi, en confrère du Monde, imagine quant à lui que ces hommages lui feraient encore « frémir la moustache ».
D'autres voix dessinent des cercles plus personnels ou plus périphériques, mais convergents. Jean-Marc Manach parle depuis l'expérience partagée du journal Vendredi et du passage de la presse au numérique ; Patrick Vallée s'inscrit dans une fraternité de confrères en reprenant le chant de rédaction ; Dominique Chevé parle depuis l'amitié et les conversations nourries de culture politique et historique...
L'ensemble compose un portrait de fondateur, patron, passeur, styliste de la presse et homme de caractère. Les mots employés pour le saluer changent d'un témoignage à l'autre, mais ils reviennent presque toujours à la même idée : celle d'une exigence sans cynisme, d'une autorité sans froideur, et d'une fidélité profonde à l'idée même de journal.