Les transmissions entre générations de PME et d’ETI familiales sont appelées à se multiplier dans les prochaines années. Mais prendre la suite de ses ascendants ne s’improvise pas. Plusieurs dirigeants ayant franchi le pas se sont confiés à La Tribune.C’est une autre conséquence du papyboom, moins visible mais pas moins tangible que la pression qu’il exerce sur le système de retraite. Dans les huit à dix ans qui viennent, plus de la moitié des entreprises françaises vont changer de mains. Trois fois plus qu’au cours de la décennie précédente. Environ un cinquième des transmissions se feront en famille.
Souvent promesses de pérennité, ces passages de témoins d’ascendants à descendants peuvent être semés d’embûches. Les témoignages recueillis par La Tribune livrent quelques clés pour éviter de se prendre les pieds dans le tapis.
De l’importance de l’affect
Charles et Anne-Sophie Alland sont les rejetons de la sixième génération à la tête du groupe familial normand Alland & Robert, spécialisé dans la transformation de la gomme d’acacia. En 2023, ils ont pris la suite de leur père, tout en douceur. Deux ans plus tard, ils se flattent de ne pas avoir éludé les aspects émotionnels souvent négligés dans les transmissions familiales. « C’est sans conteste ce qu’il y le plus délicat, soulignent-ils. Assurer l’avenir du modèle économique sans trahir les liens de sang, l’équation est complexe ». Pour la résoudre, eux se font accompagner depuis l’origine par un consultant indépendant -toujours en place. Un passage obligé à les entendre. « Son approche impartiale et objective dépassionne les débats avec la famille. Résultat, le dialogue est transparent et honnête, pas limité à une discussion le dimanche sur un coin de table ».
Aux commandes depuis 2022 du verrier Riou Glass fondé dans l’Eure par son père, Christine Riou partage, peu ou prou, l’analyse. « Le juridique et le fiscal, c’est facile, constate-t-elle. Les choses deviennent moins simples et moins fluides dès lors qu’on touche à l’affect ». Elle aussi a fait appel à un tiers, l’entreprise For Talents. Dirigée par un petit-cousin de la famille Mulliez, celle-ci a investi au capital du groupe et l’a soutenu avant et pendant la passation de pouvoir. « Les juristes sont impuissants dans ce genre de situation. Eux nous ont permis de laisser la place aux sujets émotionnels, se félicite Christine Riou, à postériori. Lorsqu’il a malheureusement fallu fermer l’un de nos sites, on a pu poser les mots sans rien glisser sous le tapis ».