Le 1er octobre 2025, les Galeries Lafayette ont inauguré les 2 500 m2 de surfaces de ventes du nouveau magasin franchisé de Nîmes, le premier à être inauguré en France depuis 2019.
Concomitamment à l’inauguration d’un magasin de l’enseigne Galeries Lafayette affilié à Nîmes le 1er octobre, Shein a annoncé son installation dans les murs d’un autre franchisé français… Une décision qui provoque l’ire de la direction de l’enseigne.
C’est un format de poche. Avec ses présentoirs étalés sur un demi-étage, et non sur plusieurs niveaux comme c’est la norme aux Galeries Lafayette, les 2 500 mètres carrés de surfaces de ventes du nouveau magasin de Nîmes, inaugurés le 1er octobre, détonnent parmi les 57 autres établissements du réseau.
Appartenant aux affiliés Nicolas Chambon et Philippe Sempéré (déjà franchisés à Béziers et Avignon), « le plus petit des grands magasins » de l’enseigne est le premier à être inauguré en France depuis 2019.
Si l’entreprise s’est déployée à l’étranger (Luxembourg, Moyen-Orient, Chine), en France, c’est au travers de ce modèle de franchise que le groupe Galeries Lafayette prospère majoritairement, avec 38 magasins affiliés contre 19 intégrés.
« Shein n’a rien à faire aux Galeries Lafayette »
Dans l’histoire des Galeries, la relation franchiseur/franchisés n’est cependant pas un long fleuve tranquille, quand bien même ces derniers se comptent sur les doigts d’une seule main. Illustration en direct lors de la conférence de presse d’inauguration des dernières-nées nîmoises. Alors qu’Alexandre Liot, directeur général adjoint du groupe, affichait un discours et plaidoyer offensif pour un commerce de qualité dans les centres-villes, le président exécutif de Shein, marque reine de l’ultra fast fashion en ligne à bas prix, annonçait dans une interview au Figaro qu’elle faisait son entrée dans cinq des sept Galeries Lafayette exploitées par le Groupe SGM, lequel avait par ailleurs repris le BHV au groupe Galeries Lafayette en 2021.
Mine dépitée du directeur général adjoint de l’enseigne à la lecture de son smartphone. Alexandre Liot n’a pas caché sa colère : « Je suis très irrité. Shein n’a rien à faire aux Galeries Lafayette. Nous ne sommes absolument pas en ligne avec leurs valeurs. Nous avons des dispositions contractuelles avec les affiliés. Soit le franchisé revient en arrière sur sa décision, soit nous entamerons les démarches nécessaires. Je vais immédiatement appeler son dirigeant. Nous empêcherons la mise en œuvre de cette décision ».
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Une heure plus tard, un communiqué de presse précisait que « le dialogue reste constant entre les deux parties pour lever ce malentendu ».
« S’adapter aux réalités du commerce »
Les Galeries Lafayette peuvent-elles se permettre de couper net les ponts avec un franchisé exploitant sept magasins ? Ce dernier peut-il lui aussi se voir priver de la puissance commerciale de l’enseigne et de son savoir-faire ? Dans un passé récent, Michel Ohayon, propriétaire d’Hermione Retail - le plus important franchisé Galeries Lafayette, avec une vingtaine de magasins - a connu des problèmes judiciaires et financiers, mais il a pu conserver l’exploitation de ses Galeries Lafayette. Leurs fermetures auraient porté un coup dur à la marque, et malgré une relation tumultueuse (le groupe a accepté d’effacer 70 % de la dette de son franchisé), Alexandre Liot veut voir au travers de cette sauvegarde « un modèle solide » véhiculé par l’attractivité de l’enseigne.
Quant à l’annonce de la fermeture de trois magasins à Marseille (deux succursales) et Roissy (franchise), il élude : « Il faut s’adapter aux réalités du commerce : dans un parc, il y a des ouvertures et des fermetures ».
Bien qu’il n’y ait « pas d’ouverture nouvelle prévue en France », l’avenir des Galeries Lafayette réside-t-il dans les formats réduits tels que celui à l’essai à Nîmes ? Alexandre Liot, manifestement séduit par la proposition formulée par ses affiliés Occitans, avance que « c’est un modèle unique mais peut-être pas le dernier ».
Une locomotive
La Ville de Nîmes, elle, croit dur comme fer à la réussite des Galeries Lafayette. Franck Proust (LR), premier adjoint au maire et président de la communauté d’agglomération Nîmes métropole, estime que « c’est une locomotive, la puissance des Galeries Lafayette est considérable ».
Cela fait une dizaine d’années au moins que l’installation de l’enseigne, aujourd’hui devenue réalité, joue les serpents de mer dans la Rome française.
Elle a dû, pour cela, beaucoup investir : quelque 2 millions d’euros pour refaire les voiries jouxtant directement le centre commercial La Coupole. Son propriétaire, la foncière Socri Limited (elle-même détenue par Nicolas Chambon) a dû, elle aussi, investir plusieurs millions d’euros dans la refonte du bâtiment dessiné par l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Sans la combinaison d’une réfection urbaine et commerciale, les Galeries Lafayette le concèdent, elles n’auraient probablement pas signé pour Nîmes. L’établissement table sur un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros dans deux à trois ans suivant son ouverture.