Venezuela : Trump évoque des discussions avec Maduro mais n’exclut pas l’envoi de troupes
latribune.fr
L’USS Gerald R. Ford de la marine américaine, le plus grand porte-avions au monde, a été dépêché dans les Caraïbes pour faire pression sur le Venezuela (ici dans le fjord d’Oslo en septembre).
via REUTERS - Lise Åserud / NTB - Lise Aserud
Donald Trump a surpris tout le monde en se disant prêt à parler « à un moment donné » à Nicolás Maduro, qui a aussitôt accepté le « tête-à-tête ». Cette main tendue intervient pourtant en pleine escalade militaire, avec l’arrivée du porte-avions USS Gerald-Ford et des frappes ayant fait 83 morts, rappelant la vieille doctrine interventionniste américaine pour le contrôle des ressources.
La déclaration a pris de court les observateurs. Depuis le Bureau ovale, lundi, Donald Trump a lâché qu’il parlerait « à un moment donné » au président vénézuélien, tout en précisant que Nicolás Maduro « n’a pas été bon pour les États-Unis ». La réponse de Caracas fut immédiate. Maduro s’est dit prêt à discuter « en tête à tête », « sans aucun problème », mais a posé une ligne rouge : « Ce qu’on ne peut pas permettre (...) c’est que le peuple chrétien du Venezuela soit bombardé et massacré. » Interrogé pour savoir s’il excluait l’envoi de troupes américaines au Venezuela, Donald Trump a répondu : « Non, je n’exclus pas cette possibilité, je n’exclus rien. »
Cette menace est tout sauf rhétorique. Le déploiement militaire américain dans la région s’est considérablement renforcé avec l’arrivée récente du porte-avions USS Gerald-Ford, le plus grand au monde. Il vient appuyer une opération déjà en cours : ces dernières semaines, les États-Unis ont mené une vingtaine de frappes contre des embarcations, faisant au moins 83 victimes. L’accusation officielle est le transport de drogue, mais Washington n’a présenté aucune preuve.
Pour Donald Trump, la justification est simple : « Nous devons simplement nous occuper du Venezuela », accusant Caracas d’avoir « déversé des centaines de milliers de personnes issues des prisons dans notre pays ». La réplique vénézuélienne est tout aussi directe : Washington prend prétexte du narcotrafic « pour imposer un changement de régime » et « s’emparer de son pétrole ».
La doctrine du « Big Stick » n’a jamais disparu
L’histoire des relations entre Washington et l’Amérique latine donne du poids à l’analyse de Caracas. Il y a quelques jours, Trump validait l’idée de « frappes militaires » au Mexique pour cibler les cartels et affirmait vouloir utiliser « tous les moyens nécessaires pour garantir nos intérêts dans la zone ».
Ce retour au « Big Stick » réactive une longue tradition d’interventionnisme américain. C’est l’intérêt économique – pétrole et matières premières – plus que la guerre idéologique qui motive aujourd’hui encore Washington. De fait, l’interventionnisme américain a souvent servi les intérêts pétroliers américains au Venezuela, tout comme il a servi United Fruit au Guatemala dans les années 1950. Le coup d’État de 1954 au Guatemala contre le président Árbenz fut en effet organisé après lobbying intensif de l’United Fruit Company, qui craignait pour ses intérêts fonciers. À l’époque, le département d’État et la CIA étaient d’ailleurs contrôlés par d’anciens avocats ou actionnaires de l’United Fruit.
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Aujourd’hui, le nom aurait changé, mais pas la logique. Chevron est la seule grande compagnie pétrolière américaine à bénéficier d’une licence d’exploitation au Venezuela, malgré le régime de sanctions. Comme le rappelle leNew York Times,la pression exercée par l’administration Trump découle partiellement de la volonté de sécuriser ces actifs et de rouvrir le pays à l’investissement américain.
Une posture néoconservatrice, pas isolationniste
Cette stratégie agressive marque une rupture nette avec l’isolationnisme traditionnel du Parti républicain. Il s’agit plutôt d’une ligne durcie, unilatéraliste, tracée par les faucons néoconservateurs sous Bush, portée par le « Monsieur Amérique latine » de Donald Trump, le sénateur Marco Rubio, qui s’inscrit dans la continuité du hard power néoconservateur. L’ancien prétexte anticommuniste a simplement été remplacé par un « prétexte antiterroriste ».
En parallèle du déploiement militaire, Washington s’apprête ainsi à désigner plusieurs cartels de la drogue comme des « organisations terroristes étrangères », ciblant nommément le« Cartel des Soleils » au Venezuela.