Livret A fléché vers le nucléaire : faut-il s’inquiéter pour le logement social ?

Le site de la centrale nucléaire du Bugey (Ain), pressenti pour accueillir deux des six nouveaux réacteurs EPR2 prévus par l'exécutif.
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Le site de la centrale nucléaire du Bugey (Ain), pressenti pour accueillir deux des six nouveaux réacteurs EPR2 prévus par l'exécutif.
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Neutralité technique : La Caisse des Dépôts (CDC) maintient ses prêts au logement social (20,9 milliards d'euros en 2024) en puisant dans sa poche d'investissements financiers.
Garantie d'État : Le prêt à EDF repose sur une garantie publique et un prix de l'électricité plafonné à 100 euros le mégawattheure.
Risque d'éviction : L'UFC-Que Choisir redoute néanmoins une concurrence indirecte sur la ressource si la collecte globale reste atone.
L'épargne réglementée change de dimension. L'exécutif a, en effet, choisi de mobiliser le fonds d'épargne pour bâtir le nouveau parc nucléaire français. Les chiffres donnent la mesure du basculement. Fin janvier 2026, les Français détiennent 447,8 milliards d'euros sur le livret A. Le livret de développement durable et solidaire (LDDS) pèse 165,2 milliards d'euros. Le livret d'épargne populaire (LEP) complète l'édifice avec 83,8 milliards d'euros. La Caisse des dépôts (CDC) gère 60 % de cette masse monétaire.
Jusqu'ici, le fonds pouvait financer les PME, mais pas une entreprise de la taille d'EDF. Le projet porte sur six nouveaux réacteurs EPR2. Le coût total atteint 72,8 milliards d'euros. L'épargne populaire couvrirait 60 % de ce besoin de financement. Ce prêt à très long terme s'accompagne d'un prix de l'électricité plafonné à 100 euros le mégawattheure. L'État apporte sa garantie financière. La Commission européenne doit encore valider ces taux préférentiels au nom de la concurrence.
La CDC divise habituellement sa manne en deux parts égales. Une moitié finance des prêts d'intérêt général. L'autre moitié s'investit sur les marchés financiers. Pour intégrer le nucléaire, l'institution prévoit de réduire ses placements de marché. Elle assure que l'impact restera minime face aux sommes gérées. Le logement social demeure le premier bénéficiaire historique avec 20,9 milliards d'euros empruntés en 2024. Le secteur public local suit avec 7,6 milliards d'euros.
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, promet le maintien de la mission prioritaire du fonds : le logement social. Les bailleurs sociaux de l'Union sociale pour l'habitat (USH) affichent leur sérénité sur l'accès à la ressource. Pourtant, l'UFC-Que choisir s'inquiète d'un effet d'éviction indirect sur les HLM. Pour l'épargnant, l'opération est transparente. Le rendement du livret A obéit à une formule liée à l'inflation et aux taux d'intérêt. Il ne dépend pas de la rentabilité des investissements d'EDF.
Le contexte de collecte rend l'arbitrage délicat. Le taux du livret A est descendu à 1,5 % le 1er février. En janvier, les retraits ont dépassé les dépôts de 1,87 milliard d'euros. C'est un record à la baisse depuis 2009. La géopolitique pourrait inverser la tendance. La guerre en Iran rebat les cartes de l'inflation. Une hausse des prix pourrait relever la rémunération du livret dès le mois d'août. Cela inciterait les ménages à reconstituer leurs dépôts.
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Le choix du nucléaire est plus consensuel que celui de la défense. Des députés souhaitaient flécher l'épargne vers l'industrie de l'armement, sans succès. L'atome bénéficie d'un récit de décarbonation et d'indépendance énergétique. L'exécutif utilise ici la stabilité des dépôts des ménages pour sécuriser des chantiers sur 80 ans. C'est la force du modèle français de centralisation de l'épargne.
L'État transforme donc un produit de précaution en outil de politique industrielle massive. Ce mouvement exige une validation lors du vote d'une loi de finances. La réussite du plan dépendra de la capacité d'EDF à tenir ses coûts de construction.
Ce choix de l'Élysée vise à impliquer les épargnants dans la relance du nucléaire en France. L'intérêt est à la fois financier et politique, tant il est vrai que les réticences du citoyen peuvent s'effacer dès qu'il s'agit de ses propres deniers. Car, dans ce futur dispositif, l'épargne réglementée devient le premier banquier de la relance de la filière nucléaire.
En outre, le taux du livret A pourrait remonter dès août 2026 sous la pression des prix de l'énergie.
(Avec AFP)