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Nucléaire, renouvelables : la nouvelle PPE va définir l’horizon énergétique de la France pour dix ans

latribune.fr

Publié le 11 février 2026 à 16:55

La nouvelle PPE vise à porter la part des énergies décarbonées à 60 % de la consommation finale d’ici 2030, contre 40 % actuellement. Pour y parvenir, elle mise sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, le "repowering" de l’éolien...

La nouvelle PPE vise à porter la part des énergies décarbonées à 60 % de la consommation finale d’ici 2030, contre 40 % actuellement. Pour y parvenir, elle mise sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, le "repowering" de l’éolien...

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Le Premier ministre acte ce jeudi 11 février la nouvelle feuille de route énergétique de la France. Ce document stratégique officialise la relance massive du nucléaire et ajuste les objectifs des énergies renouvelables. L’ambition est de porter la part des énergies décarbonées à 60 % de la consommation finale pour réduire la dépendance aux hydrocarbures.

Après trois ans de blocages politiques, d’incertitudes industrielles et de tensions parlementaires, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’apprête à signer, jeudi 11 février, le décret portant sur la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Ce document stratégique, véritable boussole de l’économie française jusqu’en 2035, devrait acter le retour massif au nucléaire et un réajustement des énergies renouvelables.

À quoi sert concrètement la PPE ?

La programmation pluriannuelle de l’énergie, ou PPE, est le document de pilotage qui définit les priorités d’action des pouvoirs publics pour la gestion de l’ensemble des formes d’énergie sur le territoire métropolitain. Elle détermine la façon dont la France va produire, consommer et planifier son énergie. Concrètement, il s’agit de déterminer des cibles pour chaque filière : nucléaire, éolienne, solaire, hydraulique, ou encore les gaz verts et la géothermie.

Le diagnostic actuel révèle une fragilité structurelle : les énergies fossiles (pétrole et gaz) représentaient encore environ 60 % de la consommation énergétique totale du pays en 2024. La facture des importations d’hydrocarbures atteignait alors 64 milliards d’euros.

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« L’urgence est d’en sortir le plus rapidement possible », martèle Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement. Il s’agit désormais de porter la part des énergies décarbonées à 60 % de la consommation finale à l’horizon 2030, contre environ 40 % aujourd’hui. Pour y parvenir, l’exécutif mise sur une électrification massive des usages alors que le système électrique tricolore est déjà décarboné à 95 % grâce au nucléaire, à l’hydraulique et aux renouvelables.

Un pari financier entre 115 et 35 milliards d’euros

Depuis la crise énergétique de 2022 à la suite de la guerre en Ukraine, la question énergétique est devenue un sujet de souveraineté et de compétitivité industrielle. Sébastien Lecornu promet que « le prix de l’électricité n’augmentera pas en France », grâce à une « stratégie ambitieuse d’offre » visant à lisser les coûts. Pourtant, le coût global de cette trajectoire pour les finances publiques dépendra de la volatilité des marchés. Si les prix de marché restent bas, la PPE représenterait un investissement net de 115 milliards d’euros pour l’État sur 45 ans, selon les calculs de Matignon. Mais si les prix remontent durablement, la stratégie deviendrait rentable, dégageant un gain estimé à 35 milliards d’euros.

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Pourquoi le gouvernement a-t-il tant tardé ?

La gestation de cette troisième PPE a duré plus de trois ans. Initialement prévue sous forme de loi début 2024, elle a été décalée en raison des divisions politiques sur l’équilibre entre nucléaire et renouvelables. Face à une Assemblée sans majorité claire et après la dissolution de l’été 2024, le gouvernement a opté pour la voie du décret.

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Ce choix est politiquement sensible. Marine Le Pen, patronne des députés RN, a prévenu que la publication par décret serait « une lourde faute du Premier ministre ». Le RN exige un débat législatif et critique une place jugée trop favorable aux renouvelables. À l’opposé, les écologistes dénoncent un « verrouillage » du nucléaire. Sébastien Lecornu assume : « Les débats ont largement eu lieu. » Une clause de revoyure est prévue en 2027 pour ajuster la trajectoire si nécessaire.

Le grand retour de l’atome

La rupture la plus nette avec la précédente programmation (qui prévoyait de fermer 14 réacteurs) se situe sur le nucléaire. Le programme EPR2 confirmé par le Premier ministre prévoit de relancer la filière avec six réacteurs fermement inscrits dans la PPE, et huit en option, conformément aux annonces d’Emmanuel Macron en février 2022, à Belfort.

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Cette relance doit sécuriser un socle de production pilotable bas carbone pour les prochaines décennies. Reste que la filière doit relever des défis de compétences (250 000 emplois à mobiliser) et de financement massifs, alors que les premiers réacteurs ne seront pas opérationnels avant la fin des années 2030.

Un ralentissement sélectif pour les renouvelables

Côté énergies renouvelables (EnR), le gouvernement assure qu’il n’y aura « pas de moratoire ». Toutefois, les futurs objectifs de la PPE organisent un ralentissement par rapport aux ambitions initiales pour le solaire et l’éolien terrestre.

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Dans l’éolien terrestre, souvent source de conflits locaux, la priorité sera donnée au « repowering » (remplacement des turbines par des modèles plus puissants sur les sites existants) pour éviter de multiplier les nouvelles implantations. Pour le solaire, les filières s’inquiètent d’objectifs qui seraient inférieurs à la dynamique actuelle (6 GW installés l’an dernier). Un niveau trop bas pour 2030 serait assimilé à un moratoire déguisé. En revanche, il est attendu que l’État maintienne des investissements renforcés dans l’éolien en mer, la géothermie et les gaz verts (biométhane).

Le paradoxe de la surcapacité

L’un des enjeux de cette PPE est de répondre à une situation inédite : la France dispose d’un système électrique en surcapacité car la demande d’électricité stagne. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a reconnu un réajustement : « On consomme moins d’électricité que ce qu’on avait prévu. » Pour sortir de cette impasse, le gouvernement prépare un « grand plan d’électrification des usages » qui sera associé à la PPE mais dont les détails arriveront après les municipales. L’objectif est d’accélérer le basculement vers les véhicules électriques et les pompes à chaleur pour absorber les capacités futures tout en réduisant les importations de gaz et de pétrole.

Sans cette relance de la demande, la stratégie d’offre risque de fragiliser les modèles économiques des producteurs et de renchérir les coûts du système électrique global. Ce qui pèsera, in fine, sur les consommateurs et les contribuables. EDF redoute ainsi qu’un trop fort déploiement des renouvelables dans un contexte de demande atone entraîne près de 4 milliards d’euros de surcoûts annuels pour le système électrique par rapport à une trajectoire plus modérée, selon un document interne qu’a pu consulter La Tribune.

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Pour les industriels de l’énergie et des réseaux, la signature de ce décret est avant tout un acte de clarification. Elle doit donner une visibilité sur dix ans pour orienter les recrutements et les investissements dans les gigafactories de batteries, l’hydrogène bas-carbone ou le stockage. Le Haut Conseil pour le climat a déjà souligné que la PPE doit mieux articuler objectifs climatiques et investissements nécessaires pour ne pas manquer la neutralité carbone à l’horizon 2050. Plus le cadre sera stable, plus le coût du capital pour financer cette transition sera soutenable. En somme, cette PPE 2025-2035 entérine le retour de l’État planificateur dans une version prudente et révisable. Elle cadre le débat énergétique pour quelques années, en attendant le verdict du terrain et les arbitrages de la présidentielle de 2027.

(Avec agences)

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