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Energie et Industrie

À Hanches, au cœur de la sablière qui équipe le Grand Paris

Photo de Julien Gouesmat

Julien Gouesmat

Publié le 16 mars 2026 à 10:45

Thomas Dupuy d’Angeac, PDG de Carrières de l’Ouest, devant des tas de sable de Fontainebleau à la carrière d’Hanches

Thomas Dupuy d’Angeac, PDG de Carrières de l’Ouest, devant des tas de sable de Fontainebleau à la carrière d’Hanches

Julien Gouesmat

Le Quotidien Numérique

19 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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REPORTAGE. Malgré un secteur du BTP en berne, le carrier indépendant Carrières de l'Ouest investit en Eure-et-Loir. Objectif : maîtriser la chaîne logistique jusqu'au cœur de la capitale. Pour cela, il mise sur une ambitieuse stratégie ferroviaire.

Les informations à retenir

Pourquoi le transport est-il l'enjeu majeur de l'industrie des carrières ?

  • Le prix des granulats double en moyenne tous les 50 kilomètres, limitant leur zone de chalandise économique à un rayon de 33 kilomètres.

  • Pour briser cette contrainte, Carrières de l'Ouest utilise des terminaux ferroviaires acheminant jusqu'à quatre trains de matériaux par jour.

  • Le modèle économique repose sur l'optimisation des flux : les wagons livrent des granulats à Paris et reviennent chargés de déblais pour le remblayage.

Il est aussi difficile de parler du val Drouette sans évoquer ses carrières de roches qui ont bâti Paris, que de rencontrer quelqu’un qui sache précisément situer cette vallée discrète. Vu du ciel, le petit territoire d’Eure-et-Loir, à la lisière des Yvelines, apparaît très vert, marquant les limites septentrionales de la Beauce. Mais en regardant de plus près, les plaines fertiles sont trouées. Des points jaunes et blancs se distinguent sur l’étendue verte.

On trouve, tout autour d’Épernon, et depuis le néolithique, une activité économique centrée sur les ressources minérales. Aujourd’hui, cette activité, qui apparaît depuis le ciel sous la forme de taches jaunes et blanches, se manifeste par des carrières.

Se rapprocher de Paris

En empruntant la route qui mène au village de Gas, rien ne laisse deviner la présence de tels sites : les champs qui bordent la chaussée semblent s’étirer à l’infini. Et pourtant, c’est bien là que se trouve la carrière d’Hanches. Cette sablière a connu une nouvelle étape en étant rachetée par le groupe Carrières de l’Ouest le 1er février dernier. L’entreprise mayennaise s’étend donc vers Paris.

La sablière de Hanches, récemment acquise par le groupe Carrières de l’Ouest
La sablière de Hanches, récemment acquise par le groupe Carrières de l’Ouest (Crédits : Julien Gouesmat)

« Nous comptons 180 salariés et 90 millions d’euros de chiffre d’affaires », annonce Thomas Dupuy d’Angeac depuis l’un des préfabriqués qui servent de bureaux. Voilà douze ans qu’il travaille pour Carrières de l’Ouest, dont quatre comme PDG. Mais le temps passe différemment au sein de cette société qui exploite depuis 170 ans la carrière de Voutré, en Mayenne.

Cette dernière est difficile à imaginer en raison de son immensité ; s’étendant sur 300 hectares, à cheval sur deux départements, elle accueille une ligne directe de chemin de fer. Incomparable donc avec la petite sablière d’Hanches dont on aperçoit, depuis le préfabriqué, la production sous forme de tas de sable. Malgré la longue histoire du groupe et ses récents investissements, « nous restons une PME », assure le dirigeant.

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« Un produit issu d’une carrière n’est expédié qu’à 33 kilomètres de cette dernière en moyenne, car son prix double tous les 50 kilomètres. »
Thomas Dupuy d’Angeac

Si Carrières de l’Ouest a conservé des dimensions modestes, son ancrage occidental a tendance à s’estomper à mesure que la société se développe. Après les acquisitions et créations de 14 sites en Bretagne et dans les Pays de la Loire, place désormais au développement vers la capitale.

« Le marché parisien est critique pour nous. La logistique est notre fer de lance », s’enthousiasme le PDG.

Le groupe ne se contente plus seulement d’accueillir un terminal ferroviaire dans la carrière de Voutré. Il achemine désormais trois à quatre trains par jour de granulats et de déchets, et propose même ses services de transport à d’autres entreprises.

Derrière cet axe de développement, un constat simple : « En raison du faible coût des matériaux que l’on produit, le transport peut représenter jusqu’aux deux tiers du prix final. Un produit issu d’une carrière n’est expédié qu’à 33 kilomètres de cette dernière en moyenne, car son prix double tous les 50 kilomètres », abonde Thomas Dupuy d’Angeac.

En investissant le champ logistique, la société conserve la maîtrise du prix de ses matériaux. D’autant plus qu’elle s’est déjà dotée d’une plateforme au Mans (Sarthe), qui sert de hub, et de deux en Île-de-France, à Trappes (Yvelines) et à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne). « Désormais, Paris n’est plus très loin », sourit le patron.

Contexte morose pour le BTP

Paradoxalement, le contexte n’est pas des plus propices aux investissements pour les entreprises du secteur. Près des trois quarts des carrières françaises extraient des granulats, des matériaux très variés mais essentiellement destinés à un secteur du BTP mal en point ces dernières années. Pour cette raison, « la production française de granulats est en baisse », confirme Thomas Dupuy d’Angeac, qui est également président du syndicat professionnel Unicem pour la région Pays de la Loire.

Lorsqu’il occupe la casquette de PDG de Carrières de l’Ouest, il peut compter sur le soutien de l’actionnariat familial derrière l’entreprise, en dépit de la conjoncture. La société appartient au groupe Basaltes. Avec ses 130 ans d’existence, qui lui permettent d’être aujourd’hui le premier carrier français indépendant, la maison mère permet « d’avoir une vision à long terme ».

Et heureusement ! Car, si la durée maximale d’exploitation d’une carrière est de 30 ans renouvelables, il faut également être patient pour obtenir le sésame. Ainsi du projet à Grand-Auverné (Loire-Atlantique), où Carrières de l’Ouest attend depuis dix ans de pouvoir exploiter une sablière.

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La stratégie de l’entreprise semble reposer sur la sagesse acquise par l’expérience : faire des gains sur le transport et surtout, surtout, rester patient. « Il y a un cycle habituel de construction et de déconstruction dans les grandes métropoles », analyse le PDG avec sérénité. Carrières de l’Ouest a déjà éprouvé les hausses et les baisses du nombre de chantiers en Île-de-France, avec tout de même de belles réussites.

Ces dernières années, la ligne 18 du Grand Paris Express a eu recours aux gravillons de l’entreprise, tout comme les pistes des aéroports d’Orly et de Roissy. Près d’un siècle plus tôt, au cours des grands travaux d’Haussmann, la carrière de Voutré a participé, avec celles du val Drouette, au pavement des nouvelles avenues de la capitale.

Le marché équestre

Dans ce secteur du val Drouette, où Carrières de l’Ouest vient d’acquérir la sablière d’Hanches, la géologie offre également d’autres marchés. Pour l’observer, il faut s’approcher de la fosse que les pelleteuses creusent sans relâche. Une fois la première couche de terre enlevée, elles peuvent mettre la main sur du sable. Jaune d’abord, consacré aux traditionnels secteurs du bâtiment et des travaux publics. Puis, à mesure que l’on s’enfonce dans le sol, le sable se fait plus clair, plus fin, plus siliceux. C’est le sable dit « de Fontainebleau ».

À la gare d’Épernon, où une exposition retrace l’histoire des carrières du Val Drouette
À la gare d’Épernon, où une exposition retrace l’histoire des carrières du Val Drouette (Crédits : Julien Gouesmat)

Difficile de s’imaginer qu’il y a 30 millions d’années, la région était recouverte par la mer stampienne, qui accumulait en ses fonds marins du quartz pur. Il n’en reste désormais que cette plage sans eau, cachée sous les forêts et sous une partie de la Beauce. La haute teneur en silice de ce sable le rend très recherché en verrerie, à l’image des vitres de la pyramide du Louvre qui en sont composées.

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À Hanches, une partie du sable blanc extrait du sol est destinée à un autre marché : les centres équestres. La Fédération équestre internationale recommande les sables siliceux pour leur résistance face à l’écrasement des sabots. Ce secteur économique, souvent méconnu et en proie à une baisse du cheptel, reste malgré tout dynamique. Les entreprises françaises en lien avec les chevaux génèrent plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Et l’Île-de-France pèse pour près de 13 % des licences. Voilà comment ce quartz, noyé dans une mer désormais disparue, piégé sous la terre durant des millions d’années, finit par retrouver sa liberté : au prix de devoir supporter les battements des galops.

Le remblaiement des carrières

Malgré ses qualités importantes pour conquérir le marché parisien, le transport combiné (fret ferroviaire et camions) nécessite l’acheminement minimal de centaines de milliers de tonnes pour être rentable. Après avoir livré les cargaisons, venues essentiellement de Voutré, les wagons de Carrières de l’Ouest repartent dans le sens inverse chargés de déblais issus des chantiers d’Île-de-France. En somme, des matériaux inertes, comme de la terre, du béton ou des gravats. Ces matériaux serviront à remblayer la carrière. Si certaines lois obligent de plus en plus au recyclage, une large partie de ces déchets sert au remblayage.

Julien Gouesmat

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