Le groupe hispano-américain Ferroglobe, principal fabricant de silicium en Europe, a annoncé suspendre sa production pour au moins trois mois en raison d'une surabondance en provenance de Chine et d'une baisse de la demande. Le groupe, sorti d’un PSE il y a trois ans, prévoit de mettre 450 salariés au chômage partiel en France. Il demande des mesures de sauvegarde au niveau européen.C'est une nouvelle alerte, qui arrive à l'aune d'un climat de plus en plus morose pour l'industrie chimique : le groupe hispano-américain Ferroglobe, qui produit du silicium métal pour les industries sidérurgiques, la chimie et les cellules photovoltaïques, va suspendre l'ensemble de sa production de silicium métal dans ses sites français et européens à partir de la fin du mois de septembre. Soit la mise à l'arrêt pour au moins trois mois des sites d'Anglefort (Ain), de Clavaux (Isère) et de Montricher (Savoie), représentant 450 salariés sur 950 en France, qui basculeront en chômage partiel, a précisé le groupe la semaine dernière. Son site de Sabón, en Espagne (Galice), est lui aussi concerné depuis la fin du mois d'août.
Une annonce « choc » alors que le groupe a clôturé un deuxième trimestre 2025 en forte hausse de son chiffre d'affaires (+26 %) à 387 millions d'euros. Malgré une hausse de 6 % du prix des matières premières, la société a réalisé un Ebitda de 22 millions d'euros, qui contraste avec les 27 millions d'euros de perte accusés au premier semestre. Pourtant, Marco Levi, PDG de Ferroglobe, soulignait, en août dernier, l'incertitude du marché.
Surcapacités en Chine et droits de douane
Élément très abondant dans le globe et la croûte terrestre, peu cher à produire, mais particulièrement énergivore, le silicium métal est inscrit dans la liste des matériaux critiques et stratégiques sur le continent européen. Il répond à trois grands usages, à savoir les silicones, les alliages, mais aussi les cellules photovoltaïques.
L'annonce est tombée alors que la pression se fait de plus en plus pesante sur la chimie européenne, qui fournit des marchés eux-mêmes en proie à une baisse de la demande (aluminium et silicones pour l'automobile, les batteries, les panneaux photovoltaïques, les semi-conducteurs ou encore la défense). Ce, alors que la concurrence chinoise se veut de plus en plus vive. Pékin produisait, en 2019, 71 % du silicium métal mondial, devant la Norvège (6,4 % en 2022), le Brésil (6,1 %), les États-Unis (4 %) et la France (2,6 %). Soit vingt points de plus en l'espace de dix ans.
Emma Rodot et Anne Taffin