OPINION. « Le régime iranien n’est pas capable de paix »

Hamid Enayat
DR
Par Hamid Enayat, politologue spécialiste de l’Iran
C’est précisément ce qu’avait affirmé Maryam Radjavi, dirigeante de l’opposition du Conseil national de la Résistance iranienne, ce 26 mars. Par ailleurs, en mettant en avant le fils de Khamenei comme successeur du guide suprême tué dans la guerre récente, le régime des mollahs a clairement montré sa volonté de poursuivre la même ligne politique.
L’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique et figure dotée d’un fort charisme auprès de ses partisans, avait qualifié l’acceptation du cessez-le-feu dans la guerre avec l’Irak, après des revers militaires répétés et un manque de forces, de « boire le calice de poison ». Pour compenser ce recul — en contradiction avec son slogan maintes fois répété, « nous combattrons jusqu’à la dernière maison à Téhéran » — il a émis une fatwa ordonnant l’exécution d’environ 30 000 prisonniers politiques en 1988, restés fidèles à leur opposition acharnée contre le régime. Près de 90 % d’entre eux étaient membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, principale force de la résistance.
Issu de dogmes d’un autre âge, ce régime s’est montré incapable, au XXIe siècle, de répondre aux aspirations de sa population et a, dès son origine, recouru à la répression. Pour dissimuler cette réalité, il a constamment fabriqué des ennemis extérieurs ou provoqué des crises aux frontières. Dans ce contexte, la paix apparaît non pas comme une opportunité, mais comme une menace existentielle pour sa survie.
Aujourd’hui, avec le régime dépourvu d’une figure charismatique telles que Khomeini, la paix — et même un simple cessez-le-feu — pourrait représenter un danger bien plus grand pour le régime que ce qui était envisagé à l’époque de Khomeini. La principale inquiétude des autorités semble être que la population iranienne profite de cette accalmie pour relancer un soulèvement national, dans un contexte de grande fragilité du régime. Gholamreza Ghasemian, un religieux proche du pouvoir, a ainsi averti, dans un discours prononcé le 8 avril 2026, que toute réduction de la présence sécuritaire dans les rues pourrait conduire à une « sédition ». Il a déclaré : « Nous ne sommes optimistes sur rien, même pas sur ces deux semaines… Si les rues et les espaces publics se vident, l’ennemi en profitera et la “fitna” des “Monafeghin” commencera et évoluera progressivement. » Le terme « Monafeghin » (« hypocrites ») est une appellation péjorative utilisée par le régime pour désigner les Moudjahidine du peuple.
Sous couvert de guerre, le régime a pu transformer les rues des villes en véritables garnisons militaires. Le porte-parole de la police a indiqué que plus de 129 000 agents sont mobilisés en permanence pour des patrouilles et des contrôles. Un tel niveau de déploiement sécuritaire montre que la principale préoccupation du pouvoir reste le contrôle de la situation intérieure.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Mohammadreza Tourani, une figure proche du régime, a également averti, dans un entretien accordé à l’agence Fars, liée aux Gardiens de la révolution, que les autorités devaient rester vigilantes face aux Moudjahidine du peuple. Il a déclaré : « La position des Monafeghin pendant les 40 jours de guerre — contrairement aux monarchistes — a été très calculée et habile. Ils sont restés silencieux pendant la guerre et soutiennent désormais le cessez-le-feu ; deux attitudes exactement opposées à celles des monarchistes. »
La crainte des « rues vides » traduit la peur du régime de ne plus pouvoir invoquer la guerre pour maintenir ses forces en état d’alerte permanent dans l’espace public.
Cette inquiétude intervient alors que l’économie iranienne traverse une crise profonde et que deux tiers de la population vivent dans la pauvreté. Par ailleurs, les blessures causées par la mort de milliers de personnes en très peu de temps, ainsi que l’exposition de leurs corps dans des sacs noirs à travers différentes villes, restent encore ouvertes.
Mohammad Akbarzadeh, adjoint politique de la marine des Gardiens de la révolution, a évoqué les menaces passées en déclarant : « Si Trump pensait pouvoir entrer par le nord, le sud ou l’ouest, il aurait dû se souvenir de la manière dont les ennemis ont été traités lors de l’opération Mersad (allusion à l’opération Forough Javidan)… Notre puissance militaire est aujourd’hui bien plus grande. » L’opération « Forough Javidan », menée en juillet 1988 par l’Armée de libération nationale d’Iran, affiliée aux Moudjahidine du peuple, visait à marcher sur Téhéran, mais s’est soldée par un échec.
Le 8 avril 2026, Roozbeh Alamdari, un analyste proche du pouvoir, a averti sur le réseau X : « Ne nous laissons pas emporter par le récit de la victoire ! Il n’y a aucune confiance à accorder à l’ennemi. Nous ne devons pas perdre de vue le risque d’un “Forough Javidan 2”. »
OPINION. « Guerre en Iran : il faut savoir arrêter une guerre »
OPINION. « Comment l'Europe peut désarmer les réseaux sociaux »
OPINION. Économie russe : « Le silence de Nabiullina » (Michel Santi)
OPINON. « Autonomie technologique : oui, une troisième voie est possible » (Piyush Goyal et Anne Le Hénanff)