OPINION. « Déglobalisation : le vrai défi n’est pas la conformité, mais la création de valeur »

Mathieu Wallich-Petit
Nathalie Oundjian

Mathieu Wallich-Petit
Nathalie Oundjian
Par Mathieu Wallich-Petit, Associé KPMG en France, Membre du Comité Exécutif, Head of Clients & Markets (*)
La mondialisation telle que nous l’avons connue vivrait-elle ses dernières heures ?
Sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques, de la fragmentation réglementaire et des enjeux de souveraineté numérique, le commerce international se recompose à grande vitesse. Ce mouvement de « déglobalisation », renforcé avec l’après-Covid et la guerre en Ukraine, n’est plus une hypothèse : il redéfinit les règles du jeu pour les entreprises.
Les organisations font aujourd’hui face à des barrières tarifaires qui peuvent varier de 0 à 100 % selon les pays, à des normes locales qui prolifèrent et à une cybercriminalité devenue menace stratégique, comme l’attestent 79 % des dirigeants mondiaux (étude CEO Outlook 2025 de KPMG). Conscientes de leur multi-dépendance et des risques associés, elles doivent s’adapter aux spécificités de chaque marché, en adoptant une approche multi-locale. Plus qu’une tendance, c’est une condition de survie pour maintenir leur compétitivité.
Prenons l’industrie automobile : longtemps fondée sur des chaînes de production globalisées, elle doit désormais composer avec des réglementations environnementales divergentes, des droits de douane fluctuants et des exigences locales en matière de données embarquées. Résultat : les constructeurs réorganisent leurs usines, investissent dans des hubs régionaux et adaptent leurs modèles pour répondre aux attentes spécifiques des consommateurs chinois, européens ou américains. Ce virage illustre la nécessité pour les entreprises de repenser leur organisation en profondeur pour rester compétitives.
La question de la souveraineté des données est un autre facteur de « déglobalisation ». En dépit du désir des grandes plateformes cloud américaines de constituer des centres mondiaux de stockage et de traitement des données pour les multinationales, le projet pour une entreprise européenne de premier plan de stocker ses données dans un seul endroit du monde n’est plus concevable. Une réponse au moins à l’échelle du continent, si ce n’est du pays, n’est plus une option pour pouvoir protéger leurs données les plus sensibles. Et si l’UE est souvent critiquée pour son cadre réglementaire, elle n’en reste pas moins la meilleure option de protection de la valeur quand il s’agit de s’attaquer au nouvel « or noir » des entreprises. L’ESG suit la même logique : il n’est pas subi, il est choisi. En intégrant les spécificités locales dans leurs stratégies durables, les entreprises transforment ainsi la diversité des territoires en accélérateur d’innovation.
Le temps des “grands standards globaux” s’achève au profit d’une stratégie de proximité : plus intelligente, plus agile, plus robuste. Les entreprises qui réussiront ne seront pas celles qui se fragmentent, mais celles qui orchestrent la diversité des marchés - réglementaire, culturelle, technologique - pour en faire un avantage compétitif. Le multi-local demande des choix clairs : où décider ? Où investir ? où produire ? Mais il offre surtout l’opportunité de réinventer l’organisation et de capter de nouveaux relais de croissance. À l’heure où les dirigeants ont déjà ré-ajusté leur stratégie et investissent dans l’IA, la cyber-résilience et la conformité, la bascule vers le multi-local est la suite logique : répondre à l’enjeu de croissance durable.
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(*) Ingénieur diplômé des Arts et Métier et d’un master HEC, Mathieu Wallich Petit a fait toute sa carrière chez KPMG, dans la fonction Audit puis dans les métiers du Deal. Il a œuvré depuis plus de 20 ans auprès de grands groupes et fonds d’investissements dans le cadre d’opérations de fusions acquisitions complexes, en France et à l’international. Mathieu anime par ailleurs le segment du Private Equity pour KPMG France. Depuis février 2021, Mathieu a été nommé membre du Comité exécutif en tant que Head of Clients & Markets. Convaincu par le mode de collaboration de KPMG, profondément centré sur les valeurs humaines, Mathieu mobilise aujourd’hui tous les équipes à accompagner les grandes entreprises dans leurs enjeux de transformation pour devenir leur partenaire de confiance, capable d’impulser et de conduire le changement.